Grâces et disgrâces en Argentine …

Du tango à l’asado

Pour notre dernier soir à Rosario, nous avons la chance de nous rendre dans un des « bars à tango » des plus typiques de la ville. Concept simple : danser le tango tout en se délectant de cervezas. Cette danse est évidemment immanquable à notre passage en Argentine. Mouvements harmonieux et danseurs rapprochés, c’est admiratif que nous regardons ces couples évoluer dans une ambiance 100 % argentine.

Après cette bonne soirée, nous retrouvons nos fidèles destriers. Vamos amigos ! Comme pour chaque soirée, nous cherchons un endroit où dormir. Peu de succès en France, nous ressortons tout de même notre carte « pompiers » (ou Bomberos). En fait, après une suite de malentendus, c’est finalement la police qui est venue jusqu’à nous. Imaginez-nous escortés par un gros pick-up « policia », un samedi soir, à l’heure où tout le monde est dehors. Succès assuré ! Nous avons la permission de camper dans un parc et faisons connaissance de la famille Gianoli. Nous avons droit à la totale : souper (poulet), musique, danse, bière et même une visite de la ville dans une voiture tout droit sortie d’un film des années 80. Quelle soirée, merci Enrique !

L’aventure continue, les kilomètres défilent et la chaleur devient vraiment accablante ! Le mercure affiche les 35°C. Après des heures sur ces routes de terre poussiéreuses : HALTE ! Pause, il faut souffler. Quelques minutes plus tard, un pick-up arrive, s’arrête. Question habituelle :

– De donde son ? (d’où venez-vous ?).

– De Belgica !

– A la mierda ! (Comprenez : Nom de Dieu !!!)

Quelques instants plus tard, Diego nous offre chorizo et fromage accompagnés de boissons ultra fraîches. Nous goûterons ce soir-là notre premier « asado » après un passage indispensable à la « carniceria ». Instants magiques.

La tempête

A la chaleur des jours suivants s’ajoute progressivement une humidité de plus en plus grande. Le vent se lève et on nous avertit d’un gros orage avec grêlons pour la nuit. Nous décidons tout de même de rouler encore quelques heures sans remplir totalement nos gourdes. C’est notre première erreur. Nous empruntons des routes puis des chemins de terres, loupant ainsi un petit village traversé par la nationale. Deuxième erreur. Le vent souffle à présent de plus en plus fort. La nuit commence à tomber. Toujours à la recherche d’eau, nous tombons sur une ferme en pleine campagne. Victoire ! Hélas, une meute de chiens plus que persuasifs nous fait déguerpir aussitôt. Tant pis on se passera bien d’eau pour ce soir-là… Troisième erreur. Alors que la nuit commence franchement à s’installer et le vent à siffler de plus belle, Benoît est victime d’une crevaison. Malgré la poussière qui tournoie autour de nous, la roue est de nouveau opérationnelle en quelques minutes. Nous nous remettons en route, cette fois de nuit. Avec ces conditions, il nous est difficile d’estimer notre progression dans ces champs. Je ne sais pas si c’est la faim, le manque d’eau, la fatigue ou encore le cocktail de conditions qui nous entoure mais nous décidons de nous arrêter dans un champ de terre pour planter les tentes. Encore une erreur. Le vent souffle à tel point qu’il est très difficile de monter les tentes, nous commençons déjà à manger littéralement de la poussière. Et le sol est si dur ! Quasi impossible de planter les sardines et aucune pierre en vue pour faire office de maillet. Une fois sous la tente, nous partageons un maigre repas et nous nous endormons pour quelques heures en tout cas. Deux heures du matin, c’est quoi ce bordel ? C’est quoi cet horrible goût de terre ? L’ambiance qui règne dans la tente est absolument chaotique. La poussière s’infiltre par les moustiquaires et tourbillonne à l’intérieur, recouvrant absolument tout y compris nous. Les éclairs illuminent le ciel dans le vacarme infernal des toiles qui claquent sans jamais s’arrêter. Des sardines lâchent donnant davantage de prise au vent, nous forçant à sortir et corriger la situation. De nouveau à l’intérieur, mille questions nous assaillent. Est-ce que les arceaux tiendront ? Que faire s’ils cassent ? Et la foudre, peut-elle nous toucher ? Une seule réponse : attendre…

A quelques pas de là Benoît se bat lui aussi avec les éléments, seul dans sa tente… Entre deux bourrasques et coups de tonnerres, on hurle pour communiquer, pour savoir si tout se passe bien pour chacun.

Impossible de fermer l’œil, la poussée d’adrénaline qui est en nous éveille et affûte chacun de nos sens. Soudain le vent se calme, les grondements s’éloignent petit à petit. Serait-ce fini ? Pas pour longtemps en tout cas. Ce qui semblait s’éloigner fini par revenir tout doucement. Le tonnerre redevient de plus en plus puissant mais le coup de fatigue est plus fort. Difficile de lutter, je m’assoupis un moment et « CRACK !! » j’ai l’impression que le ciel se déchire au-dessus de ma tête. Franchement, qu’est-ce qu’on fout ici ?

Finalement, la nuit passe. OUF. Assoiffé et ressemblant à un mineur ressortant d’un effondrement, je m’extirpe de la tente. Je prends quelques instants pour regarder tout autour de moi, réalisant ce que nous venions de traverser.

Avec les chemins de terres gorgés d’eau, nous rejoignons difficilement le prochain village où notre dégaine et notre histoire feront bien rire les personnes de la pompe à essence. Après un nettoyage forcé et indispensable de nos vélos, en route pour Villa del Rosario où nous cherchons un camping pour se laver et profiter d’un peu plus de confort…

Hasard, destin ou acte divin ?

Alors que nous faisons tranquillement nos courses, un jeune argentin nous demande si nous sommes bien les belges entrains de traverser l’Argentine à vélo. Dans un espagnol difficile à comprendre, il nous dit que sa mère nous invite chez elle, qu’elle nous attend et que nous pouvons dormir là-bas également. C’est à n’en rien comprendre ! Comment ça quelqu’un nous attend ? Mais on ne connait personne ici ! Pas très sûr de l’avoir bien compris, nous le suivons quand même, se disant que de toute façon nous n’avons rien à y perdre.

Nous rencontrons ainsi Maricel, la maman de Lucas, qui travaille dans un gymnase et se fait une joie de nous accueillir. Ravis mais toujours intrigués par le fait qu’elle nous connaisse déjà, nous tentons d’élucider le mystère. C’est tout simplement inouï, incroyable, inimaginable !

Pour comprendre, il faut remonter quelques jours en arrière et à plus de 180 km de là où nous avions échangés quelques paroles un peu hâtives (à cause des circonstances présentes) avec un cycliste en rue. Par la force des évènements, nous avions dû le quitter précipitamment. Il insista tout de même pour nous dire qu’une amie à lui serait sans doute ravie de nous accueillir, dans une ville plus à l’Ouest. C’est ainsi que par total hasard (appelez ça comme vous voulez !) nous rencontrons cette même amie à Villa del Rosario, prévenue par téléphone de notre éventuel passage dans cette ville.

Retour devant le gymnase, nous n’avons même pas le temps de prendre une douche que la TV locale (Channel 6) nous interview sur notre aventure autour du monde. Et en espagnol s.v.p. !

Nous sommes ensuite tous invités à manger chez le journaliste pour un autre fabuleux barbecue et moment de vie. C’est en Renault 12 (prononcez « Rénol » en roulant le R) que nous y allons. Après une bonne nuit de repos, nous sommes emmenés à la radio locale pour passer en direct à l’antenne. Pour couronner le tout, nous recevons chacun notre diplôme tamponné par la ville pour authentifier notre passage dans la ville ainsi que le caractère sportif du voyage. Tout cela se fête bien entendu par un bon barbecue à midi où l’on rencontre d’autres passionnés et invétérés de cyclisme.

Le moment de dire au revoir est toujours un peu difficile. Cependant ce jour-là, Maricel n’a pas fini de nous étonner. Nous avons la chance de parcourir nos trente premiers km avec deux amis cyclistes. Puis, arrivés au moment où ceux-ci doivent faire demi-tour, nous réalisons en fait qu’un autre cycliste nous attend en VTT pour nous accompagner sur les chemins de terre battue. Encore une fois, tout cela nous dépasse, nous parait irréel. Approchant la soixantaine, notre guide Luis trace littéralement avec son VTT pour 20 km, en jeans, comme si de rien n’était. Au village suivant, impossible de contacter la personne suivante qui devait prendre le relais. Après 20 min, Luis semble avoir tout arrangé et nous suggère d’attendre un peu au village, tandis que lui retourne chez lui c’est-à-dire d’où nous venons. Les minutes passent puis l’heure entière, toujours personne. Le soleil commence à se coucher alors qu’une voiture de police s’arrête à notre hauteur. Comment leur expliquer que nous attendons quelqu’un qui ne nous connait pas et que nous ne connaissons pas non plus ? Bref, nous dormons finalement au commissariat de police, non en cellule, mais bien dans leur « jardin ».

Après plus de 1000 km en Argentine, nous quittons les vastes champs et redécouvrons enfin des terrains vallonnés et plus montagneux. Un véritable plaisir pour les yeux ! En plein milieu de nulle part, une camionnette s’arrête, baisse la vitre, nous demande si nous sommes bien belges. Encore ? Mais c’est pas vrai, comment est-ce possible ! Des amis à Maricel en ballades, au courant de notre aventure. L’échange ne dure que quelques minutes, vingt tout au plus et nous voilà gâtés de fruits ainsi que de glaçons pour nos gourdes. Ils en profitent pour nous suggérer de passer dans une réserve naturelle. Arrivés là-bas, à Cerro Colorado, nous logeons au camping pour deux nuits et découvrons un peu les alentours caractérisés par ses nombreuses peintures sur roche datant de plusieurs centaines d’années. Antoine et moi-même goutons même aux empanadas, un régal !

La chance finit toujours par tourner…

S’il existe un quota de chance pour ces derniers jours, il est clair qu’il venait de s’épuiser à Cerro Colorado. Le lendemain, nous pédalons difficilement 55 km avec un gros vent de face mais passons tout de même le cap des 3000 km au total. Benoît ne se sent pas très bien suite à la chaleur et une à indigestion. Une nouvelle tempête approche. Cette fois-ci, forts de notre fraîche expérience, nous dormons dans une grande salle de fêtes qui selon nous devait forcément être hantée ! Ce bâtiment ressemblait plutôt à un gros hangar désaffecté, assez lugubre. Le vent de la tempête faisait grincer et claquer les portes sans arrêt et donnait l’illusion d’entendre des cris de détresse venant d’on ne sait où. Avec les quelques coupures de courant, on se croyait vraiment sortis tout droit d’un film d’horreur. La malchance continue son travaille le jour d’après. La coupure d’électricité généralisée dans la ville ne nous permet pas d’acheter les ingrédients qui doivent être pesés (fromage, charcuterie,…). Après 30 km sur des chemins inondés et boueux nous faisons face à des sentiers jonchés de branches épineuses. Pas loin de 15 crevaisons sur moins de 5 km, malgré tous nos efforts pour nettoyer délicatement roues et chambres à air après chaque drame. A 17 km de tout village et à court de rustines ; avec toutes nos chambres à air de réserve trouées ainsi que celles du vélo d’Antoine, nous décidons (Benoît et moi-même) de partir en éclaireur jusqu’à Ojo de Agua pour nous ravitailler en rustines. Actuellement, nous sommes toujours bloqués dans cette ville où nous dormons dans une église et avons passé la veille à réparer les chambres à air en vain ! Au total, nous avons déjà retiré au moins 15 épines par pneus et déjà utilisé 20-25 rustines en deux jours. Malgré l’absence quasi certaine d’épines, le mal est déjà fait et nos chambres à air sont incrustées de petits trous qui finissent tôt ou tard en crevaison. Impossible d’acheter de nouvelles chambres à air dans ce village, nous avons donc décidé de prendre un bus demain pour Santiago del Estero à 200 km d’ici. Dans cette grande ville, on nous a certifié que l’on trouverait notre bonheur. Croisons les doigts !

– Benjamin

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7 commentaires pour Grâces et disgrâces en Argentine …

  1. Fanfan dit :

    ça c’est de l’aventure!!!! Tu en auras des choses à raconter quand tu rentreras!!!!
    Que la chance revienne!
    Bises

  2. Mops dit :

    Quel voyage passionnant! Vous nous emportez avec vous grâce à vos récits et rencontres 🙂 ça m’a donné des frissons!

  3. Anonyme dit :

    Epique en tout cas 🙂

  4. Anne-Françoise dit :

    Merci pour ces récits passionnants.. Vive la vie et ses imprévus.. Courage pour les galères et profitez bien de tout le reste :-)! Bizz, Anne-Fran (la soeur de Jon’)

  5. Rousseaux Fabienne dit :

    Génial!! On a vraiment l’impression d’être présents avec vous tellements vos récits sont passionnants!! Benjamin, il faudra que tu en écrives un livre… 😉
    Gros bisous à vous 3 et que tout continue à bien rouler!!
    Fafa de Fifi

  6. Anonyme dit :

    Je pense àla même chose que Fabienne, tu as des dons d’écrivain (une face cachée de Ben???) Tu sais faire partager les pires moments comme les bons, d’une manière où on la vie en te lisant. extraordinaire!. Et bien sûr qu’on suit votre périple si prenant. Je dirais même qu’on est avide de vous lire! Que la chance soit avec vous !

    Simon

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