La Cordillère des Andes à vélo ?! Même pas peur !

Après avoir quitté Quilmes (du même nom que la bière la plus courante en Argentine 🙂 ), nous avons continué notre descente en direction de Cafayate. Après une matinée de vélo dans une large vallée, au milieu des cactus, dans un paysage toujours digne du Far West, nous sommes arrivés dans cette petite ville très touristique, sous un soleil de plomb.

Depuis quelques jours déjà, nous sentions que nous avions entamé un nouveau voyage en Argentine. Bien sûr, il y avait l’arrivée dans un paysage montagneux, dans la Cordillère des Andes, très différent des vastes plaines traversées durant nos 3 premières semaines de route dans ce pays. Mais c’est aussi l’attitude et les rencontres avec les Argentins qui avaient changé. Les questions, incessantes dans la pampa entre Buenos Aires et Cordoba, pour savoir d’où on vient, où on va, combien de temps on voyage, ont pratiquement disparu. La curiosité et l’accueil des Argentins étant peu à peu remplacés par des rencontres avec d’autres touristes. Quasi quotidiennement, ce sont alors des voyageurs Allemands, Français, Américains, Japonais, etc., voyageant à vélo, en bus ou en stop, que nous avons croisés.

Après une bonne sieste, nous nous sommes remis en route pour planter notre tente en dehors de la ville, au milieu de nulle part, dans un environnement superbe. Au loin, les montagnes rouges annonçaient déjà la couleur pour la journée à venir. Et nous n’allions pas être déçus !

C’est effectivement dans un paysage grandiose que nous avons évolué toute la journée du lendemain, au sein d’une vallée serpentant entre les montagnes. Tantôt s’élargissant, tantôt devenant plus étroite, chaque tournant de vallée révélait de nouvelles couleurs, de nouvelles formes, de nouvelles luminosités. C’est à chaque fois émerveillés que nous découvrions les teints verts, rouges, jaunes de ces splendides montagnes, « émouvantes de beauté », comme dira Benedicto (Benoît). A certains moments, on se croyait tombé en plein milieu des grands canyons américains !

Le soir venu, c’est au bord d’une pompe à essence que nous avons posé notre tente, pour un petit camping improvisé avec 5-6 autres touristes. Nous y avons passé une agréable soirée, riche en histoires et en échanges, avec ces gens venus des quatre coins du monde.

Le lendemain, nous avons rejoint la ville de Salta, où nous nous sommes accordés une journée de repos, de lessive et de préparation de la suite du voyage. A présent, deux possibilités s’offraient à nous : rejoindre directement la Bolivie en allant au Nord toute, en passant par La Quiaca ; ou bifurquer vers l’Ouest pour aller au Chili, dans la région du désert d’Atacama. Après mûre réflexion et beaucoup de renseignements pris, notre décision était arrêtée, ce serait direction le Chili ! Certainement pas la route la plus facile, et la suite nous le prouvera !, mais celle qui nous tentait le plus et qui serait la plus riche en découvertes et en paysages variés.

Avant de tourner vers l’Ouest, nous avions encore un peu de route à faire vers le Nord. Direction San Salvador de Jujuy, d’abord, en empruntant la route n° 9, étroite et sinueuse, dans un décor de forêt tropicale.

Après une courte visite de cette charmante ville, avec un centre assez agréable, mais, tout comme pour Salta que nous avions visité quelques jours plus tôt, des bidonvilles en périphérie, nous avons repris la route n° 9 sur une cinquantaine de kilomètres encore. Cette même route n° 9 que nous avions parcouru pour quitter Buenos Aires un mois auparavant et qui, après plus de 2000 km, se termine au Nord de l’Argentine, à la frontière bolivienne.

En bifurquant sur la route n° 52, on y était, on entrait en plein cœur de la Cordillère des Andes ! Après une dernière halte à Purmamarca, site touristique par excellence avec sa montagne de 7 couleurs, pour faire le plein de nourriture et d’eau (42 litres transportés à trois, de quoi tenir 48 heures), nous entamions les choses sérieuses.

Parti dans l’après-midi, après 27 km d’ascension et 1400 mètres de dénivelés avalés en 3 heures, c’est épuisés que nous avons planté nos tentes à 3500 mètres d’altitude. En s’arrêtant à côté d’une roulotte de chantier, nous avons été invités par l’unique travailleur resté sur place pour le week-end à venir nous réchauffer à l’intérieur autour d’une bonne boisson chaude.

Le lendemain matin, après un nouveau café/chocolat chaud pris chez notre ami Abel, c’était reparti pour 11 kilomètres de montée supplémentaire, pour atteindre un col à 4170 mètres d’altitude.

S’obligeant parfois à inspirer et expirer profondément pour pallier le manque d’oxygène, nous étions alors dans un nouveau monde, en haute altitude.

C’est alors que commencèrent plusieurs jours de voyage, entre des salars qui paraissent intemporels, des volcans majestueux et dans des vallées arides semblant venues d’un autre monde, presque lunaires par moments.


Seuls quelques pueblitos, petits villages, et quelques groupes de lamas semblant subsister dans ce milieu un peu hostile. Les camions de marchandise sont presque les seuls véhicules à emprunter cette route entre Chili et Argentine. Et l’éloignement entre les villages est tel qu’il faut prévoir des vivres en suffisance.

En altitude, la chaleur est moins accablante, ce qui n’empêche que le soleil cogne très fort. Sans doute dû à la combinaison de l’oxygène plus rare, du soleil et de la fatigue, nous avons chacun eu, l’un, l’autre, puis le troisième, des périodes avec mal de tête et parfois états nauséeux.

Comme si cela ne suffisait pas, un nouvel obstacle est venu nous compliquer la tâche : le vent ! Ennemi bien connu des cyclistes, ce vent venant de l’Ouest, peut-être remontant tout droit du Pacifique, arrivait tout droit face à nous. Un vent forcissant d’heure en heure au cours de la journée pour devenir presque insoutenable en cours d’après-midi et ne faiblissant que tard dans la soirée… Il a alors fallu s’adapter et changer de stratégie. Alors que nous avions pris l’habitude de rouler 40 – 50 km le matin, puis de faire une longue sieste l’après-midi, pour reprendre la route vers 16 h et faire encore 20 – 30 km, une fois le gros de la chaleur passée. C’est à présent le matin qu’il fallait faire tous nos kilomètres. Réveil à 6h, 5h, 4h du matin finalement ! En déjeunant, rangeant et démontant les tentes dans l’obscurité et en nous mettant en route avant le lever du soleil, nous pouvions effectuer nos 70 km quotidien avant que le vent ne se lève, vers 11h-midi. En commençant à rouler si tôt et à 4000 mètres d’altitude, le froid est glacial, vif et piquant !

Il faut s’habiller très chaudement et parfois même s’arrêter pour se réchauffer les pieds en les frictionnant. Pour nous réconforter, le lever du jour sur ces paysages hors du commun est tout simplement sublime !

Après quelques jours de route dans ces montagnes argentines, nous arrivions à présent à la frontière chilienne. Là, une nouvelle difficulté, et non des moindres, nous attendait. Ce n’est plus une difficulté naturelle, mais une difficulté humaine et réglementaire que nous allions devoir affronter. Effectivement, depuis quelques jours, on nous avait plusieurs fois prévenu qu’il était impossible d’entrer au Chili avec de la nourriture. Seulement voilà, entre le poste frontière et San Pedro de Atacama, la première ville chilienne, il y a 165 km sans aucun village. Impossible pour nous de parcourir cette distance sans nourriture. Si on tombait sur des douaniers intransigeants et fouillant nos affaires, on aurait alors dû se résoudre à prendre un bus ou un camion. Nous voulions effectuer toute la route à vélo et avons alors décidé de passer la frontière avec du riz caché dans nos pneus ! Quatre kilos de riz devraient suffire, emballés dans des sacs plastiques en forme de boudin et mis en lieu et place de nos chambres à air dans 2 de nos pneus.

En fin de compte, les contrôles redoutés n’ont pas eu lieu. En fait, à la frontière chilio-argentine du Paso de Jama, seuls les douaniers argentins nous ont contrôlés, le contrôle chilien n’ayant lieu que 165 km plus loin, à San Pedro de Atacama. C’est donc avec un régime alimentaire constitué presque exclusivement de riz, récupéré tant bien que mal dans nos pneus (beaucoup de sachets ayant éclatés sur les 2 – 3 km parcourus), que nous avons bouclé les 165 km restants. La dernière journée de vélo a été véritablement éreintante, avec un levé très matinal, un départ à 5h30, 120 km parcourus en 7h de route avec très peu de pauses et sur un profil fait de beaucoup de côtes (dont un passage à 4750 mètres d’altitude !). Les 40 derniers km, que nous attendions impatiemment depuis le matin, étaient constitués d’une longue descente que nous avons savourée.

Finalement, après 450 km en montagne et 7 jours passés entre 3500 et 4750 mètres d’altitude, nous voici bien arrivés à San Pedro de Atacama, fatigués mais fiers et heureux du trajet parcouru. Voici une première traversée complète de la Cordillère des Andes, d’Est en Ouest ! Nous garderons beaucoup de beaux souvenirs des paysages grandioses et surprenants que nous avons traversés dans les Andes.

Nous nous réattaquerons à cette chaine de montagne dans l’autre sens, dans quelques jours, après avoir passé Noël au Chili, et passerons peut-être le Nouvel An en Bolivie.

En cette période de fin d’année, nous pensons bien à vous et vous souhaitons à tous de très bonnes fêtes !

– Antoine

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19 commentaires pour La Cordillère des Andes à vélo ?! Même pas peur !

  1. Thib dit :

    Et dans l’autre sens on pense a planquer de la Marie Jeanne cette fois ci 🙂 joyeux Noël les gars !!

  2. Georges van den Ende dit :

    Bonjour…. Pourriez-vous m’envoyer quelques mots sur la manière dont vous passerez Noël au Chili… et vos perspectives de Nouvel an? L’Avenir est intéressée de publier un zoom particulier sur votre tour du monde…. et je pense que cela fera plaisir aussi du côté de Virton….. où nous avons déjà goûté le Champagne avec un certain Roger et son épouse Christiane… Vous connaissez? En attendant – avec impatience- votre texte et vos photos, Renée et moi nous vous souhaitons un merveilleux Noël et une bonne année…. Une cuvée 2013 qu’il vous sera à jamais impossible d’oublier.

    • Un grand merci !
      Je viens de vous envoyer quelques infos par mail. Excellente nouvelle de savoir que l’avenir est friant de nos aventures et de vous savoir savourer du champagne en si bonne compagnie ! 😉
      Joyeuses fêtes de fin d’année !
      Benjamin

  3. Hélène dit :

    Quelle aventure cette douane !!! 🙂 et quel courage pour toutes ces montées ! Bravo ! Reposez vous bien et profitez bien des fêtes de Noël chiliennes 😉 ! Joyeux Noël à tous les 3 ! Bisous

    • Bénédicte FLAMANT dit :

      joyeux Noël à vous 3, profitez bien de ces fêtes en pays étranger 🙂

    • Merci pour les commentaires et les encouragements 🙂 On va en avoir encore bien besoin pour les montées à venir, lorsqu’on remontera vers la Bolivie !
      Mais avant ça, on se repose un peu au Chili, où on passera Noël demain, autour d’un barbec avec tous les gens du camping où l’on se trouve.
      Pour la barbe asymétrique, ça n’a été que très temporaire, juste le temps de raser la deuxième partie 😀

      Joyeux Noël à toi également !

      Biz

  4. DROMOIS des "1000 km" dit :

    SUPER !!!! Bonnes fêtes de fin d’année à vous trois, de la part des dromois des « 1000 km » !! Je vous lis dès que j’ai un mail d’infos !!!

  5. Claude dit :

    Bonnes fêtes de fin d’année à vous trois. Votre voyage est vraiment extraordinaire et nous font rêver à chaque récit que nous attendons toujours avec impatience. (Claude, Village de Clinchamp où vous vous êtes arrêter pour dormir)

  6. Catherine DESCHAMPS dit :

    ….Salut à vous, les trois « Rois Mages » du 21ème siècle !!

    Voilà un beau conte de Noël à raconter aux petits chiliens cette année!
    Il était trois mages venus d’Occident, jeunes, barbus,coiffés d’étranges casques et se déplaçant sur des machines à roues….
    Ils roulaient, ils roulaient, ils roulaient et découvraient le vaste monde non seulement pour leur quête personnelle et spirituelle, mais aussi pour apporter de la myrrhe, de l’encens, mais surtout un peu d’or à ceux qui en ont besoin pour se nourrir…

    JOYEUX NOEL à vous trois, et vive la vie!
    Tantine Catherine

    • Salut Catherine et toute la famille de Stexhe !

      Merci pour tes mots sur le site. En cette période de fin d’année, je vous souhaite de très belles fêtes et une très bonne année 2013 !

      En effet, la passion pour les chiffres, je la tient certainement un peu de Bon-Papa 🙂

      A bientôt,

      Antoine

  7. Emmanuel Q. dit :

    Merveilleux et incroyable d’arriver à 4700 m à vélo! Bravo pour l’exploit …et pour avoir réalisé votre rêve d’altitude. On tremble parfois à vous lire mais on vous envie, d’autant plus que l’on sent que le moral et la complicité sont à vos côtés.
    Fêtez bien Noël au soleil sous les cactus, dans un bel échange avec ceux qui seront à vos côtés ce soir là…
    Pour un monde meilleur …encouragements et bises bien belges!!!

    • On espère à présent dépasser le cap symbolique des 5000 mètres (ce qui arrivera quasi certainement d’après nos cartes), mais on sait à présent que ce ne sera pas de la tarte ! C’est lors de cette ascension que j’ai ressenti pour la première fois la raréfaction d’oxygène, c’est étonnant comme sensation !
      Nous sommes heureux de parvenir à retranscrire nos émotions à travers nos récits, même si la réalité n’est pas toujours évidente à coucher par écrit, certains moments étant tellement intenses ! Le moral et la complicité sont toujours au rendez-vous, et ce n’est pas près de changer : tout va pour le mieux.

      Nous passerons notre premier Noël ensoleillé en compagnie des autres voyageurs du camping. Pour ce soir, gros barbecue en compagnies de personnes venues des 4 coins du monde, la soirée promet !
      Un grand merci pour votre message très encourageant, je pense fort à vous et à la famille en ces périodes de fête !

      Gros bisous,

      Benoît

  8. Quelle aventure extraordinaire. Vos récits sont palpitants et nous offrent toujours beaucoup de plaisir à chaque lecture. Le riz de Koh Lanta si nécessaire à la survie… Quelle idée géniale !
    Passez de bonnes fêtes que nous vous souhaitons riches en rencontres, et inoubliables dans un véritable esprit de Noël.
    On vous Kifffff…
    Fifi et Fafa

  9. Anonyme dit :

    Chers bikers,

    C’est avec un énorme plaisir que je suis votre aventure grâce à vos newsletters passionnantes et magnifiquement bien écrites. Sans parler des photos et des films qui sont splendides. Je vous avoue que je suis un peu jalouse…. :-)).
    Que de rêves vous nous mettez dans la tête! Même si parfois on comprend que c’est très dur, votre enthousiasme reste intact et c’est bien la preuve que ce que vous vivez là est exceptionnel.
    Bravo pour cette belle performance jusqu’à présent et mille fois merci de nous permettre d’y participer indirectement.
    Je vous souhaite de très belles fêtes dans cette belle Amérique du Sud!
    Et encore beaucoup de belles découvertes en 2013!

    Gros bisous

    Danielle Franchimont-Goossens

    • Bonjour Danielle,

      Les échanges réalisés sur ce site grâce au système de commentaires représentent à nos yeux notre plus belle réussite, car si nous (enfin, surtout Benjamin :p ) nous sommes démenés pour créer ce blog et le tenir à jour, c’est bien pour vous partager au maximum notre aventure. Je dois reconnaître que malgré le temps qu’on y consacre, le « bricolage » et autres astuces alambiquées parfois nécessaires pour parvenir à nos fins, cela nous amuse beaucoup, d’autant que dernièrement le nombre de commentaires et de retours positifs a explosé ! Tous vos encouragements et autres petits mots nous motivent beaucoup et nous redonnent même le peps dans les coups durs. Un tout grand merci à votre soutien, il nous est très précieux !

      Pour le moment, en effet, malgré quelques moments un peu plus difficiles, nous vivons le voyage très sereinement et dans la bonne humeur, en gardant à l’esprit que le principal, c’est surtout de nous amuser sans prise de tête!

      Je suis très content de te faire voyager l’espace de quelques moments à nos côtés, et j’espère en effet que les merveilles qui nous attendent pour 2013 seront aussi belles et surprenantes que cette première partie du voyage !

      Gros bisous à toute la famille et joyeuses fêtes,

      Benoît

  10. Bocken dit :

    Salut les cyclistes!
    C’est Noël! c’est Noël! alors que la joie vous emporte encore plus loin et qu’elle habite le cœur de tout ceux que vous rencontrerez! Vive la belle route et merci pour votre partage qui nous fait voyager! Nous nous rappelons avec beaucoup de joie de votre passage chez nous aux Dombes ! Bisous de nous tous réunis (famille Bocken Pierre, Maryse, Laureline, Benoît, Marie-Audenelle, Simon et Martin!)

    • Bonjour à vous tous, où que vous soyez !
      Un peu en retard, je vous souhaite également un très Joyeux Noël. J’espère que vous l’avez passé dans la joie !
      Nous nous remémorons également souvent notre passage chez vous aux Dombes, dans ce lieu très serein, cela nous avait fort marqué.
      Une très bonne année 2013 à vous !
      Antoine

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