En route vers l’ancienne cité Inca : Cusco

La Paz, 16 Janvier. Nous finissons nos quelques courses dans le centre de la capitale, et à vélo ! Détail qui prend toute son importance dans cette ville perchée à flanc de montagne, où les rues pentues en décourageraient plus d’un !

Nous en profitons pour manger par ci et là. À un endroit nous savourons Tucumañia et Salteñias, à un autre nous engloutissons de très bons hot dogs !

La journée défile assez rapidement et nous nous mettons définitivement en route pour El Alto afin d’arriver avant la nuit. C’est une véritable ascension qui nous attendait là, hélas avec le trafic de la ville. Respirer à plein poumon ces gaz d’échappement me dégoûte, j’en avais presque envie de vomir … Heureusement, au fur et à mesure que nous prenions de la hauteur, la vue sur la cité et les sommets enneigés était de plus en plus incroyable. Après une petite heure de montée, nous rejoignons enfin le plat de El Alto, banlieue de La Paz, puis la Casa Waki où travaille notre ami belge en tant que volontaire.

Nous nous initions ainsi au « wally », mélange de volley et de squash, et nous en profitons pour passer de très bonnes soirées autour de pizzas (qui l’eut cru !), toasts faits maison et cervezas. Une chose est sûre, les boliviens sont de très gros fêtards, qui ne connaissent hélas pas toujours leur limite ! Difficile d’essayer de les ramener après la soirée, quand ils passent en mode « zombie »…

Nous reprenons véritablement la route le 18 Janvier pour rejoindre les rives du légendaire lac Titicaca, plus haut lac navigable du monde. Nous décidons d’ailleurs de passer par Copacabana, dernière ville bolivienne avant le Pérou, pensant pouvoir continuer sur les routes de l’Alti Plano. Pour y accéder, on se rend très vite compte que les rives de ce magnifique lac ne sont en fait que les pentes des sommets qui émergent directement de l’eau. A défaut donc d’avoir les routes plates tant attendues, nous retrouvons l’asphalte sinueux qui nous emmène toujours plus haut. L’effort est présent mais nous commençons franchement à être habitués au dénivelé. Néanmoins la beauté des montagnes verdoyantes ne cesse de nous émerveiller et ce lac, qui change de couleur au gré des nuages et du ciel, est tout simplement formidable ! A certains endroits, l’eau s’étend à perte de vue. A d’autres, la proximité des pentes rocheuses me rappellent les fjords norvégiens qu’il faut ici aussi parfois traverser en bateau. Attention, on est loin des ferry nordiques imposants et tout en métal. Non non, ici, on traverse sur de relativement grosses barques en bois mais motorisées (2 voitures max ou un bus). La notre était d’ailleurs manoeuvrée par un gosse de 10 ans, qui faisait très bien ça soit dit en passant !

Après des dizaines de kilomètres dans ce décor grandiose et après un ultime col, la vue se dégage soudainement et dévoile la très belle ville de Copacabana, entourée de petits sommets et délimitée par le bleu azur du lac.

Nous savourons ce point de vue avant d’entamer une descente bien méritée, et tant appréciée comme toujours ! En bas, nous en profitons pour échanger tous nos bolivianos en soles du Pérou, après avoir fait le ravitaillement en vivres dans un petit marché très coloré. Nous croisons notre première grosse meute de chiens errants (13 au total) qui heureusement ne nous causa pas soucis !

Avec une certaine excitation, nous passons la frontière péruvienne où nous nous voyons attribuer un nouveau tampon à notre collection. En longeant les rives, nous avons l’occasion d’installer plusieurs fois notre bivouac à côté du lac. Sans aucun doute, je me rappellerai très longtemps de celui où, de ma tente, j’entendais le doux clapotis des vagues tout en contemplant les cimes rocheuses enneigées qui semblaient flotter au loin. Inoubliable.

Le lendemain, le soleil est au rendez-vous et nous en profitons pour piquer une tête dans le lac. Un peu frisquet, ça piquotte et raffermit la peau mais cela ne nous arrête pas, quel instant exceptionnel et mémorable pour nous !

Nous poursuivons notre route et préparons déjà un peu les festivités qui s’annoncent en achetant confettis, serpentins, rhum et Pisco (alcool de raisin). Comme souvent ces derniers jours, la fin de journée s’accompagne d’un temps plutôt menaçant. Dans le cas présent : un bel orage. Avec un temps pareil, nous cherchons un endroit où nous habriter et éviter les inondations. C’est ainsi que nous bifurquons sur un sentier boueux en direction de quelques fermes situées en contrebas de belles montagnes aux sommets enneigés. Une fois arrivés, Daniel et son fils Ismael viennent à notre rencontre. La communication n’est pas des plus aisées mais le fait qu’il est loin d’avoir toute ses dents y est pour beaucoup. Nous nous retrouvons donc dans leur « cuartito », assis et buvant un bon maté. Avec une attention d’écolier, nous écoutons attentivement Daniel qui ne cesse de nous répéter que Dieu nous a mis sur son chemin, que nous sommes les bienvenus et que surtout : « tranquilo amigos ! ».

L’orage claque et gronde dans les montagnes alentours et la pluie mêlée de grêle animent la taule ondulée qui nous surplombe. Ainsi, c’est dans cette cahute en briques de terre à moitié perdu dans la cordillère, que nous levons un verre à mon 24e anniversaire.

Au réveil assez matinal nous rencontrons Léon, le propriétaire des terres et le frère de Daniel. Les sommets qui nous entourent sont maintenant recouverts d’une fraîche couche de neige. Le blanc est éclatant à cause du soleil et d’autant plus contrastant avec les contrebas verdoyants. Quel spectacle magnifique. Plus tard, Léon nous fait visiter les lieux et nous explique sa vie d’agriculteur ainsi que les problèmes que rencontre le Pérou. Alors que Benoît et moi buvons littéralement ses paroles et lui posons un tas de questions, Antoine s’adonne à la traite manuelle des vaches sous le regard attentif d’Ismael.

Nous repactons nos vélos comme nous avons si bien l’habitude de le faire maintenant et j’en profite pour remplir nos gourdes avec l’eau du puits. Je reste cependant perplexe devant ces sortes de petites larves qui gigotent à la surface de mon eau. Je ne fais mine de rien devant Léon de peur de le vexer, mais j’avertis mes deux amis de la situation. Celle là, on ne la boira pas !

Une soixantaine de kilomètres plus loin, nous franchissons la barrière des 6000 km avant de passer sans doute notre dernière plus haute nuit du voyage à 4338 m d’altitude. Quel régal ! Je contemple inlassablement, et admiratif, les crêtes vertigineuses qui nous entourent.

Nous descendons le lendemain la vallée aux allures alpines et très fertiles. Les cultures façonnent le paysages et nous décidons d’ailleurs d’y trouver un endroit confortable pour planter la tente. Chose plus difficile qu’il n’y paraît puisque nous faisons face à certaines craintes d’un habitant qui commençait sérieusement à me gonfler. Un peu énervés d’avoir discuter avec ce parano sans obtenir de réelles solutions à notre problème, nous faisons la rencontre de Léonidas qui nous propose de dormir dans son ancienne maison où dorment maintenant ses moutons. Problème résolu ! Nous passons un bout de la soirée avec lui, partageant notre « queque » (cake) chocolat d’anniversaire de Benoît autour d’une bonne discussion. Notre hôte semble très intéressé par le voyage et l’on peut lire dans ces yeux qu’il meurt d’envie d’en connaître davantage sur les autres pays. Après lui avoir montré nos cartes, on décide de partager quelques photos avec lui. Après tout, cela fait maintenant presque deux heures qu’on discute avec lui et c’est vraiment un chic type. Après quelques hesitations, nous sortons tout de même notre ordinateur pour lui montrer quelques photos avant qu’il ne rentre chez lui, on ne sait où dans le village précédent. On termine la soirée près des moutons en fêtant calmement les 24 ans de Bob, savourant chaque gorgée de Pisco.

Le matin suivant, nous harnachons nos montures avant de faire notre traditionnelle photo avec nos hôtes. Léonidas nous propose d’aller faire une autre photo un peu plus loin car le paysage y est magnifique parait-il. À quelques dizaines de mètres de là, nous y sommes. Perso, je trouvais que ça ne cassait pas des briques son point de vue mais bon… Faisons une petite photo souvenir tout de même ! Je me dit également qu’il est vachement macho ce gars pour ne pas proposer à sa femme de venir avec nous pour la photo. Soit, cultures et traditions ne se discutent pas toujours !

Cette journée là, on pète la forme. Près de 70 km sont avalés sur la matinée et nous arrivons à Urcos. Comme presque chaque jour, on se commande un « almuerzo » (dîner de midi) bien bourratif, composé d’une bonne soupe suivie d’un plat de viande avec féculents et quelques légumes.

Avant de repartir, je décide de graisser ma chaîne qui commençait non plus à chanter, mais à jouer des percussions. Tiens c’est étrange, en fouillant après la burette d’huile dans notre sac « outils », je palpe la housse de l’ordinateur qui me paraît anormalement molle.

Surprise, l’ordinateur n’est plus là. Bordel, je commence déjà à m’énerver puis je me dis que quelqu’un l’a sans doute déplacé ailleurs pour une bonne raison. Je demande à Bob qui est aussi surpris que moi. Ça commence à sentir le roussi tout ça … Ensuite à Antoine. Le verdict tombe enfin, aussi dur soit-il : notre ordinateur a disparu avec toutes les données qu’il contenait. J’en ai déjà presque mal la tête rien que d’y penser. Inutile de s’énerver davantage, trouvons plutôt une réponse rationnelle à ce mystère.

Après concertation, quatre scénarios s’offrent à nous. Le premier, peu plausible mais on veut y croire, est qu’il se trouve dans l’une de nos sacoches vélo par inadvertance. Cette hypothèse est très vite écartée après avoir fouiller les sacoches de fond en comble. Le deuxième est qu’on se le soit fait voler en traversant un petit marché le matin, grouillant de monde. Le larcin nous semble presque irréalisable mais peut-être sommes-nous les victimes d’un pick-pocket à l’audace et l’agilité démesurées. Si tel est le cas, nous ne le saurons hélas jamais. Le troisième et quatrième scénarios impliquent de retourner 70 km en arrière, et qui consistent à avoir oublier le PC « chez » nos hôtes ou de se l’être fait subtiliser par eux-même (par exemple par sa femme qui n’était pas présente pour la dernière photo et savait parfaitement où se trouvait l’objet de convoitise…). Hors de question d’y retourner à vélo ce qui pourrait compromettre nos envies d’explorer la région du Machu Picchu à vélo. Nous décidons donc de retourner en bus à deux (Benoît et moi-même) pendant qu’Antoine surveille le reste de nos affaires à l’auberge.

Plus de deux heures plus tard, nous revoilà à la case départ. Par chance, notre « ami » est là entrain de rentrer ses moutons. Aussitôt, nous lui expliquons que nous pensons avoir oublier notre ordinateur dans l’abri à moutons et demandons poliment pour y retourner. Nous inspectons l’endroit minutieusement et sans réelle surprise, pas d’ordinateur. Le nombre de scénarios commence franchement à diminuer inversement proportionnel à la colère en moi qui ne fait qu’augmenter. Ce type ne m’inspire clairement plus confiance et je perçois un ton étrange dans sa voix quand il nous parle. Je me méfie de ses gestes presque comme de la peste.

Que faire à présent ? Ça me démange tellement je suis persuadé qu’il est coupable. Nous ne savons même pas où il habite et le temps coule. Devons nous le forcer à nous amener chez lui et fouiller sa maison ? Mais comment ? Et même si nous y parvenions, il ne se laissera clairement pas faire, qu’est-ce qui nous attend là-bas ? Il peut clairement appeler ses potes en Queshua qu’on n’y comprendrait pas l’ombre d’un mot. Faire intervenir la police ? Que vaut-elle ? Comment expliquer en Espagnol qu’on le croit coupable ? Avec quelles preuves ? On doute d’ailleurs encore avec l’hypothèse du marché … Et surtout, combien de temps ça prendrait ? Ne jours sont clairement comptés avant Lima et loin de nous l’idée de sacrifier la visite du Machu Picchu au profit de quelques jours en compagnie de la police péruvienne. Tellement d’obstacles entre nous et l’ordinateur. La nuit commence d’ailleurs à tomber et avec elle vient le moment de trancher. Il faut se décider… Après réflexion, nous en concluons avec amertume que nous ne reverrons pas notre ordinateur. Au final, les seules données réellement perdues ne sont pas énormes. Toutes les photos sont encore sur les appareils ou sur clé USB. Seuls quelques séquences vidéo brutes de mon compact sont sur l’ordinateur mais déjà compilées et sur le net. La suite du voyage est plus importante à nos yeux, mais je ne peux m’empêcher d´être en colère et dégoûté.

Entassés dans le bus du retour, où une dizaine de personnes au bas mot n’ont d’autre choix que de rester debout dans l’allée centrale, je ne cesse de penser à ce qui venait d’arriver. Il fait une chaleur étouffante dans ce bus et comme si ce n’était pas suffisant pour aujourd’hui, deux espèces d’alcooliques n’arrêtent pas de se vautrer dans l’allée. Je commence à perde patience quand enfin, nous arrivons à destination…

Nous rejoignons Antoine à l’auberge. Je tente d’ouvrir la porte mais je casse la clé dans la serrure. Décidément, il y a des jours où il est mieux de rester bien sagement au lit … Bien entendu, pas de serrurier disponible à cette heure. Il y en a t il seulement un dans ce village ? A notre disposition, le propriétaire de l’auberge nous envoie un garçon d’une dizaine d’année pour résoudre le problème… Cinq-dix minutes passent à chipoter avec une aiguille. Pas très concluant. J’en profite qu’il cède sa place pour tenter ma chance. L’idée de défoncer le barillet me traverse l’esprit mais je résiste et tente une approche plus délicate. Je sors mon gros couteau et réussis à extirper le morceau de clé cassé grâce à l’extrémité de ma lame. OUF, plus qu’à demander le double au propriétaire…

Après une bonne nuit de sommeil, nous nous mettons en route pour Cusco, ancienne capitale Inca. Nous continuons de progresser dans les très belles vallées fertiles. Enfin se profile la cité. Une fois sur la place d’Armes, nous sommes épatés par les cathédrales, églises et autres bâtiments religieux construits par les Espagnols. La ville nous rappelle clairement l’Espagne avec ses toits en tuiles rouges. Nous profitons de cette halte pour se reposer, visiter et planifier la suite de notre voyage vers le légendaire Machu Picchu.

– A SUIVRE … – 😉

– Benjamin

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6 commentaires pour En route vers l’ancienne cité Inca : Cusco

  1. Corinne dit :

    Quels belles photos et quel bon récit ! Bien désolée pour vous pour l’ordi, c’est sûr que ça laisse un goût amer !… Mais je ne peux m’empêcher de penser que depuis votre départ, c’est le seul gros différent que vous ayez rencontré. C’est bien décevant mais que doit représenter la valeur d’un ordi pour un éleveur de moutons de ces lointaines contrées ?!… Cela n’excuse pas son geste, mais ça peut l’expliquer…
    En tous cas que cela ne ternisse pas la suite de votre périple !! Et pour la suite, les objets « précieux » dans le sac de couchage !

  2. Hélène dit :

    Merci pr les nouvelles 😉 !! C’est dégoûtant et triste pour votre ordi… je n’en revenais pas quand Flo me l’a appris… mais courage !! Vous avez le moral et c’est l’essentiel :-), que de belles choses vous attendent encore 🙂 !!! Profitez bien ! Bisous, Hélène.

  3. Jean dit :

    Comme les autres lectrices, merci pour vos nouvelles.
    Quelle leçon de vie finalement :tout le monde n’est pas toujours gentil et vous l’apprenez à vos dépens. Gardez toutefois confiance dans vos futurs hôtes qui n’auront plus d’ordi à vous chiper. Ce qu’il vous faut retenir : tranquilo amigos…

  4. Anonyme dit :

    C’est toujours avec grand plaisir que je me régale de vos aventures. Le vol de votre PC me laisse un goût particulièrement amer… Je vous le remplacerais bien, mais comment vous le faire parvenir au bout du monde ? Si quelqu’un a une idée…
    PS : benjamin, si tu dois passer en Laponie, tu risques de faire un tabac. On va bientôt te confondre avec le fils du Père-Noël.

    • Oui, tu l’as dis ! Enfin, nous avons tiré un trait sur cette histoire… Que l’aventure continue ! 😉
      Pour la barbe, vous n’avez pas tout vu ! Nous détenons en exclusivité une photo juste avant le rasage. Peut-être la mettrai-je un jour dans la rubrique Stat’ pour illustrer… 😉

      – Benjamin

  5. Claire Mayence dit :

    Merci beaucoup pour ce récit. Les paysages autour du lac Titica semblent vraiment splendides ! On y ferait bien un petit plongeon aussi (moi qui adore nager au milieu des montagnes! 😉 )
    Et votre forme de cycliste ne fait que progresser !
    C’est beau aussi de voir des gens qui vous accueillent comme ils sont et qui vous disent que Dieu vous a mis sur leur chemin !
    Quant au vol de l’ordi, dont Antoine nous a déjà parlé, je comprends bien que cela ne soit pas facile à vivre, d’autant plus sans doute par des gens qui vous ont accueillis et avec qui vous avez partagé une soirée et vos découvertes…C’était sans doute fort tentant pour eux qui ont si peu…Espérons au moins qu’ils puissent en faire quelque chose !… Antoine nous a dit que vous aviez préféré ne pas vous mettre en danger, c’était effectivement le plus sage !
    Je vous souhaite de vite digérer cela et de repartir heureux et confiants vers de nouvelles aventures ! Comme je l’ai lu sur un autre site que vous renseignez dans vos liens, des voyageurs comme vous concluaient après quelques mois de route qu’il y a au total bien plus de gens positifs et bienveillants à rencontrer que d’autres !
    Bonne route et bon envol dans quelques jours pour l’Asie ! Bisous,

    Claire, la maman d’Antoine

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