Rencontres avec Oxfam-Solidarité: échanges, enseignements, enrichissements

 

Voici déjà de longs mois que nous sommes rentrés au pays, mais c’est en vous communiquant le goût du voyage, en vous contant nos aventures, en vous racontant nos rencontres et en vous exprimant tout l’enrichissement que nous avons tiré de ce voyage, que nous pouvons réellement boucler la boucle. Après les conférences réalisées il y a quelques mois, il est enfin temps de vous parler du travail d’Oxfam-Solidarité et des rencontres que nous avons eues avec ses travailleurs.

Notre vision d’Oxfam avant la grande aventure

Lorsque nous avons décidé de soutenir une association à l’occasion de notre voyage à vélo, notre choix s’est porté sur Oxfam-Solidarité. A l’époque, notre vision du travail d’Oxfam n’était pas tout à fait complète. Nous savions que cette ONG œuvre à lutter contre la pauvreté, à protéger les droits des travailleurs et les droits des femmes dans les pays en voie de développement, à garantir à chaque homme et femme un salaire décent et des conditions de travail acceptables, à permettre à chaque travailleur de pouvoir faire entendre sa voix, de bénéficier d’une certaine « sécurité sociale » et de vivre dans un monde en paix. Dans les pays en voie de développement, Oxfam-Solidarité travaille constamment en partenariat avec des acteurs locaux, des associations locales qui militent et œuvrent à défendre les droits des travailleurs.  C’est en soutenant l’action de ces associations locales, en les conseillant, en les supportant financièrement et matériellement, qu’Oxfam est actif dans le sud. Parallèlement, Oxfam-Solidarité est actif dans les pays du nord, à travers un plaidoyer politique auprès des instances belges et européennes, ainsi que par un travail de sensibilisation et de conscientisation de la population occidentale, sans oublier enfin la levée de fonds et la recherche de dons pour soutenir les projets dans le sud.

Avant de rencontrer les employés d’Oxfam, en Belgique, au Laos et au Vietnam, nous avions déjà en tête que cette ONG œuvre au développement des pays les plus pauvres, non pas en période de crise, mais effectue principalement un travail de fond et de longue haleine pour améliorer durablement la vie d’êtres humains nés dans un monde moins favorable et moins confortable que le nôtre. Ainsi, cette ONG n’a pas comme volet d’action principal d’apporter nourriture ou aide médicale d’urgence en cas de guerre ou de catastrophe naturelle. Oxfam-Solidarité n’a pas non plus comme philosophie d’aller construire des puits ou des écoles dans des pays du sud, ni d’aller apprendre à des pêcheurs de ces pays de pêcher à la « méthode belge » pour assurer leur subsistance.

Par contre, Oxfam-Solidarité encourage les initiatives prises localement par les personnes les plus concernées par les difficultés auxquelles il faut faire face, c’est-à-dire les travailleurs eux-mêmes. Elle soutient ces initiatives, les conseille, les aide à se développer, à se renforcer, et à se nourrir des expériences similaires apparaissant dans d’autres pays en voie de développement.

Dis comme ça, ça doit sans doute vous paraitre encore assez flou. Et il en était un peu de même pour nous avant de rencontrer différents de leurs membres et d’avoir un regard un peu plus attentif sur le fonctionnement d’Oxfam-Solidarité, éclairé par les explications de ceux-ci.

Et notre vision d’Oxfam après le voyage !

Notre arrivée dans les bureaux d’Oxfam-Solidarité du Laos.

 Rencontre avec les acteurs d’Oxfam-Solidarité

Avant le départ et lors de notre passage en Asie du Sud-Est, nous avons pu rencontrer différentes personnes actives au sein d’Oxfam :

  • Dominique, responsable des programmes au Laos, et toute l’équipe d’Oxfam-Belgique au Laos
  • Hilde, basée à Bruxelles et coordinatrice des programmes pour l’Asie du Sud-Est
  • Thibaut, responsable des programmes au Vietnam et au Cambodge
  • Sandrine et Julien, basés à Bruxelles et actifs dans la récolte de fonds et la communication de l’ONG

Un problème concret : l’accaparement des terres

Prenons un exemple concret pour vous expliquer l’action d’Oxfam-Solidarité.

La problématique est la suivante : un des grands défis actuels pour lequel Oxfam travaille est la lutte contre « l’accaparement des terres ». Cette expression un peu saugrenue définit un phénomène croissant et inquiétant dans les pays du sud, voyant divers investisseurs et de grosses multinationales s’emparer des terres de paysans démunis. Les paysans sont souvent bien impuissants pour résister contre ces grandes entreprises qui profitent de la moindre faiblesse du propriétaire pour lui voler ses terres (besoin d’argent après une mauvaise année, problème de santé, terres rendues impropres aux semences classiques dû à l’utilisation de produits chimiques divers, vantés comme bénéfiques pour le producteur), quand ce ne sont pas les autorités qui facilitent les manœuvres…

Le comble de cette histoire est que l’ancien propriétaire est souvent engagé pour travailler ensuite sur ces mêmes terres, mais pour cultiver des plantes toutes autres que celles nécessaires à la subsistance de sa famille, ou à ne toucher qu’une part de la production trop faible pour pouvoir vivre dignement et se nourrir suffisamment.

Comment peut-on lutter contre cette problématique ? En voici un exemple.

Lao Farmer Products

 

Au Laos, nous avons eu l’occasion de rencontrer une association locale partenaire d’Oxfam, Lao Farmer Products. Des producteurs du Laos se sont réunis pour tenter de se protéger, de s’entraider et de se développer afin d’améliorer leurs conditions de vie. Oxfam-Solidarité appuie cette association, lui donne des moyens financiers et logistiques pour se développer et fonctionner efficacement. A l’initiative d’Oxfam, des rencontres et des formations sont organisées en rassemblant les membres de différentes associations locales d’Asie du Sud-Est (Laos, Cambodge, Vietnam), afin que ces partenaires s’échangent et partagent leurs idées, leurs vécus, leurs expériences et leurs stratégies d’action. Oxfam encourage les coopératives et les syndicats et s’appuie sur la structure sociale et associative déjà existante pour faire avancer les choses en termes de défense des travailleurs, tout en les conseillant ou en proposant des stratégies nouvelles. Souvent, l’action d’Oxfam passe également par l’utilisation de leviers jouant sur le niveau politique pour défendre les travailleurs.

Ainsi, pour lutter contre l’accaparement des terres, le développement de l’agriculture biologique peut se révéler être une stratégie payante. En plus de permettre au producteur de tirer un meilleur revenu de ses ventes, grâce au label « bio » qu’il peut apposer sur ses produits, la production biologique nécessite que des zones entières de villages soient certifiées par les autorités locales, zones devant être groupées et isolées afin d’éviter la contamination par les pesticides utilisés sur les champs voisins. Ce regroupement des terres les assure une meilleure protection face aux multinationales qui désireraient se les approprier, les activités agricoles de ces dernières n’étant pas souvent compatibles avec l’agriculture biologique… Hélas, ceci n’est pas une garantie absolue mais dans le meilleur des cas, le paysan s’en trouve ainsi mieux protégé et peut durablement améliorer sa santé et ses conditions de vie. Ce n’est pas tout ! Par ces actions de groupe, les paysans s’unissent sous une même bannière pour faire entendre leur voix, qui pèse dès lors plus lourd auprès des autorités.

Par toutes ses actions, Oxfam tente de conscientiser les paysans, de les rendre attentifs aux problématiques qui les touchent le plus directement, et de leur donner des clés pour se défendre et se développer.

Pour conclure

Le travail d’Oxfam est véritablement un travail de fond, complexe et difficilement mesurable. La défense des travailleurs du sud autant que la conscientisation des populations du nord n’est pas quantifiable, comme pourrait l’être un nombre de médicaments ou une quantité de nourriture envoyés pour aider une population démunie. Un don n’est pas directement correspondant à un objet « concret » qui aide une famille ou qui permet la scolarisation d’un enfant dans une école tout nouvellement construite grâce aux dons. Mais votre soutien a malgré tout permis des avancées pour les populations démunies soutenues par Oxfam !

En continuant à soutenir Oxfam-Solidarité et son travail de longue haleine, les choses s’amélioreront peu à peu pour s’approcher d’un monde plus juste, plus solidaire, plus respectueux de chacun et de notre planète !

Au terme de notre voyage, nous sommes fiers d’avoir soutenu cette ONG et d’avoir apporté, à notre petite échelle, notre pierre à l’édifice. Nous nous sentons toujours plus en phase avec les valeurs que défend Oxfam-Solidarité, et nous sommes heureux d’avoir pu vous faire part de cela à l’occasion de notre voyage à vélo.

Encore un énorme merci à vous tous, suiveurs et donateurs, pour la confiance et l’enthousiasme que vous nous avez témoignés tout au long de ce périple, autant humain et personnel, que sportif et solidaire !!

Antoine, Benjamin et Benoît,

Les Belgian Solidarity Bikers

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And the winner is…

Bonjour à tous !

Voici quelque temps que nous n’avions plus donné signe de vie sur le blog, pourtant l’aventure n’est pas encore complètement finie ! Je pense notamment à l’article sur Oxfam qui est enfin terminé et qui devrait bientôt être publié. En l’attendant nous tenons à vous communiquer les noms des gagnants de nos paris.

–       La meilleure estimation de la distance totale revient à Françoise Nols, qui avait évalué notre trajet total à 16 237 km, un peu plus que les 14 622 que nous avons réellement parcouru.

–       En ce qui concerne la vitesse moyenne, les packs d’Orval reviennent à Marie-Thérèse Nols, qui est tombée juste avec son estimation de 16,8 km/h.

–       Nous n’avons qu’une vague idée du nombre total  de crevaisons que nous avons essuyé (environ 70), mais comme il n’y a qu’un unique joueur quant à ce pari, le lot revient à François Mayence qui avait misé sur 300 crevaisons!

–       Pour finir, nous avions proposé un petit pari lors de notre départ sur le nombre de km qu’il nous faudrait parcourir pour rallier Barcelone. C’est Jean Mayence qui a vu juste, avec 1732 km, pas très loin de 1891 que nous avons roulé.

Bravo à tous les gagnants qui pourront savourer leur Orval vieilli, et encore merci à tous les participants pour leur donc à Oxfam !

Bonne journée à tous,

 

Benoît, pour les BSB

 

 

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Conférence à Louvain-la-Neuve 03/12/13

Conference LLN

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Conférence à Virton 29/11/13

Affiche conférence

Trailer en bonus :

 

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Le Grand retour :)

Ca y est ! Nous l’avons fait ! Après plus de 14 000 km soit environ 870 heures passées sur la selle, nous sommes de retour en Belgique ! Certaines personnes ont émis le souhait de nous accueillir sur la ligne d’arrivée. Voici donc un petit message avec plus de précision sur ce fameux retour.

Nous convions ainsi tous ceux qui le veulent à un petit drink pour notre retour à Louvain-la-Neuve le mercredi 17, à 16 heures, à la Grand Place (la même que lors de notre départ). Je sais qu’il n’est pas facile pour beaucoup d’entre-vous de vous déplacer en pleine semaine et je m’excuse d’emblée auprès de toutes les personnes souhaitant être présentes mais qui ne pourront pas nous rejoindre. Dans tous les cas, à très bientôt 😀

Benoît, pour la team

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Au pays des dresseurs de chevaux… Enfin, pas pour tout de suite.

A quelques kilomètres de la frontière mongole, sortant du bus en provenance de Pékin, nous y étions presque. Presque. Quel euphémisme ! Ce matin là, dans un froid glacial  – nous n’y étions plus habitués- nous ne nous doutions pas encore de l’épopée qui nous attendait pour passer en Mongolie.

Une bonne bouffée d’oxygène. Du froid, du frais, enfin ! Je me réjouissais déjà de parcourir les steppes du grand Gengis Khan. Comme après chaque voyage en bus, on remonte nos bécanes, refixant les pièces détachées et accrochant nos sacoches. Souvent, cela attire pas mal de curieux. Parmi-eux, certains restent tranquilles, contemplent silencieusement. D’autres par contre font aller la sonnette (au plus grand plaisir des autres), examinent, palpent, touchent et posent des questions. Ah ces questions ! Souvent, on les regarde en souriant et on tente d’apporter une réponse à ce que pouvait être leur question. Une chose était sure, tous n’étaient pas chinois dans le tas. Quelque chose de plus russe dans la langue et plus bourru dans leur visage. Oui, nous approchions…

Bien qu’aux limites du territoire chinois, nous pouvions déjà déceler quelques caractères cyrilliques sur quelques enseignes dans les rues. Enfin les rues, plutôt ces avenues imposantes quoique désertes que j’associe maintenant au régime communiste. Sur les abords de cette ville frontalière : le Gobi (il me semble), le désert à perte de vue. Nous apercevons au loin le pré-poste frontière. Une barrière barrait la route. Nous avions entendu des rumeurs comme quoi la frontière ne pouvait être passée qu’à pied. Dans notre cas, nous ne nous sentions qu’à moitié concernés. Bah quoi ? A vélo, ce n’est pas à pied tout de même ! Je précise « à moitié concernés », car nous étions tout de même bien conscient de l’inflexibilité dont peuvent faire preuve certains douaniers. Rétrospectivement, nous avions donc à moitié vu juste !

Arrivés aux abords du pré-poste (qui n’était pas celui où l’on tamponne le passeport), je me faufile au travers de la barrière comme si de rien n’était, espérant que cela puisse passer. Des ennuis en moins me disais-je, des histoires en moins à expliquer en anglais à quelqu’un qui de toute façon ne parle pas l’anglais. Quelques coups de pédale et …  » Beeeeeeeeenn! » Zut ! Visiblement on ne passe pas comme ça, ma technique de l’indifférence n’a pas marché, au moins j’aurai essayé. Ah ! Un garde. D’où sortait-il d’ailleurs ? Sa cabine m’avait semblée totalement vide. Bref, un garde à moitié réveillé (j’ai l’impression) nous explique qu’il n’est pas encore l’heure de passer la frontière. OK, nous coopérons et repartons en quête d’un petit déjeuner en attendant l’heure indiquée.

Quelques centaines de mètres en arrière, nous jetons notre dévolu sur une petite épicerie qui paraissait d’ailleurs fermée à première vue. Les emplettes une fois réalisées, c’est tout simplement dehors, sur le trottoir, assis par terre, que nous allions commencer notre petit festin du matin. Je vous l’accorde, ça faisait un peu clodo comme comportement mais bon voilà, avait-on vraiment le choix ? D’ailleurs on devait surement faire un peu (beaucoup?) pitié parce qu’il n’a pas fallu une minute, pas une, pour que le sympathique petit commerçant nous invite à l’intérieur de son magasin. C’est donc avec nos nouilles instantanées, nos casseroles et quelques autres bric-à-brac que nous sommes rentrés bien volontiers dans son commerce, qui semble-t-il était aussi sa pièce de tous les jours (du genre salon, là où l’on y passe du temps). Assis sur des six-pack de bière (gracieusement prêtés par notre hôte attentionné) au milieu de la boutique, entre l’étalage des fruits et légumes et je ne sais plus quel rayon, nous concoctions alors notre frugal déjeuner. De temps en temps un client rentrait, surpris, faisait ses petites courses et s’interrogeait sans doute quant à la présence de ces trois inconnus en plein milieu du jeu de quilles. Pour d’autres par contre, cela paraissait presque normal.

Une fois le petit-déj’ englouti, nous en avons profité pour faire davantage de courses ici, le petit monsieur étant fort sympathique envers nous. Une fois les biscuits achetés – mais aussi fruits, nouilles, nouilles et encore un peu de nouilles – nous étions prêts pour réitérer notre tentative du côté de la frontière. Tiens tiens, une fois de retour là-bas, une nouvelle barrière était apparue entre temps. On essaie de passer, parfois ça marche, et « STOP! ». Encore raté. « Vous ne pouvez pas passer » nous disent les bras du soldat (lui, on ne comprend rien de ce qu’il nous dit de toute façon). Visiblement, il est écrit sur le panneau qu’il faut passer en véhicule. « Allez mon brave, nous sommes gentils, les vélos ça compte non? » On insiste, un peu sur le ton de la rigolade pour ne pas trop offenser ce jeune homme de l’armée, en vain. Déjà, quelques intéressés se rapprochent, attirés plus par l’appât du gain que nous représentions que part la réelle aide qu’ils voulaient nous offrir. Ca fait un peu mauvaise langue de dire ça comme ça mais je ne suis peut-être pas si loin de la réalité. Il faut rappeler que nous avions encore le goût amère de la dernière expérience en bus pour venir jusque là. Bref, on nous explique qu’il faut passer obligatoirement en voiture. Aucun problème. Si ! Problème ! Les vélos. On nous explique qu’on doit payer plus, plus, toujours plus et vraiment plus, pour transporter nos deux-roues. »Aaaaaaarghh ! Ras-le-bol nom de D*** ! On fait demi-tour sentant le guet-apens à plein nez. Finalement, on rencontre un gars prêt à nous aider. Bon signe, il semblait assez  optimiste sur le « comment caser les vélos et les sacs » alors que la voiture était déjà pleine à craquer. Il nous explique aussi qu’il ne peut pas nous charger ici même, mais un peu plus loin. La raison ? Il nous montre Un policier, arrêté au carrefour, à 50 mètres de nous. Pour éviter toute hypothèse non fondée de ma part, je ne vous décris que ce que j’ai vu : un monsieur en uniforme empochant les billets de chaque 4×4 voulant passer la frontière. En suivant donc notre nouvel « ami » hors de portée du policier, nous allions surement faire l’objet de ce qu’on pourrait appeler une fraude en notre faveur. Rectification : un bakchich en sa faveur. Une fois les vélos posés sur le toit de la Jeep, Antoine et Bob littéralement repliés à l’arrière et moi à l’avant. Le moment fatidique tomba, la question d’argent arriva comme une claque en pleine figure. Enfin, le genre de claque qu’on voit arriver à l’avance certes.

Trois cents yuans (40€). TROIS CENTS YUANS ?! Pour faire cent mètres, alors qu’on pourrait le faire nous même en cinq coups de pédale. Il est en plein délire ou quoi ? Nous rétorquons, 100 Yuans, et c’est déjà cher payé. Il regarde son pote en dehors (notez qu’ils sont tous les deux assez basés, en tout cas celui dans la Jeep pour sûr!) puis lève le ton laissant un peu trahir son impatience. Non, 300 Yuans. Non, non et non. Je sors un billet de 100. Je le sens bouillir de plus en plus. Après quelques instants :  » OK, 200 pour le tout et on en parle plus, tu nous conduis en Mongolie ». Non, 300. J’admets être de nature bornée, mais alors lui, c’est le champion ! « Les gars, dis-je, on descend tous, enlevons nos vélos ». Après tout, on avait la journée devant nous de toute façon. Finalement, il accepte. Tu m’étonne John il se fait déjà de l’or en barre avec ce qu’on lui propose. C’est parti, la voiture démarre. Nous, nous sommes toujours empaquetés à l’intérieur. Le chauffeur discute avec le même soldat qui nous avait refoulé juste avant. On passe. OUF ! Soulagé, ou presque. Ce n’était pas fini.

Arrivés près d’un gros bâtiment : terminus tout le monde descend. « Enlevez vos vélos, passez vos bagages via la douane et remplissez les formalités » nous dit-il. Je ne sais pas pourquoi, mais ça sentait l’entourloupe son histoire de descendre les vélos, nous n’étions même pas encore en Mongolie ! Enfin de toute façon, puisqu’il était quasi impossible de discuter avec, écoutons-le. Une fois à l’intérieur, nous étions prêts à nous faire tamponner le passeport pour sortir de Chine. Seulement, ça serait trop facile. Il nous manquait encore quelque chose, une sorte de ticket. Bon, essayant de garder notre sang froid, on demande calmement où se procurer ce dernier. L’homme derrière son guichet nous indique la direction de dehors, ou des toilettes. On ne savait pas vraiment à cet instant. On exclue assez rapidement la seconde option, celle des WC, et on se dirige vers l’extérieur. Alors que nous allions sortir, une dame essaie de nous communiquer quelque chose en nous faisant signe de venir. Quelle dame? Celle des toilettes! Elle nous sort quelques tickets de sa poche déjà cachetés et officialisés, en échange de quelques yuans supplémentaires. Officiel ou officieux ? Etrange dans tous les cas. Bref, TICKETS OK ! Nous parvenons finalement à obtenir le tampon de sortie et récupérons nos vélos. Mongolie nous voilà ! Ou pas… De retour à l’extérieur mais sans de réelle surprise, notre ami en Jeep n’était déjà plus là. Génial, merci, et il reste encore une barrière à franchir… en véhicule. Allez, jamais deux sans trois. On essaie de passer le dernier poste chinois ni vu ni connu. Eh bien non, on ne la leur fait pas à eux non plus, bien trop formé à ce genre de subterfuge. Rebelote, ça discutaille, ça se demande comment on est arrivé là en vélo, ça ne pète pas un mot d’anglais et ça commence sérieusement à nous gonfler ! « Vous devez payer une Jeep ». On grince tous les trois des dents tellement la situation devient insupportable. Enfin je crois, moi je commençais à bouillir en tout cas. Bon, comment leur expliquer que notre chauffeur s’est gentiment fait la malle ? Après une multitude de dessins, de gestes pour expliquer… Rien. Après avoir envisagé d’attendre jusqu’à ce qu’ils cèdent ou d’attendre la tombée de la nuit pour franchir cette satanée barrière, nous retentons une autre Jeep. Cette fois, BINGO, on passe ces foutus 100 m de route en Jeep, nos vélos sur le toit, et presque pour une bouchée de pain (par rapport au reste en tout cas…).

Enfin !

PAM-PAM, PAM-PAM, PAM-PAM ! Le bruit des cachets d’entrée sur nos VISA mongols mettaient enfin un trait à toute cette mascarade. Nous y étions, finalement. Arrivés à Zamin Uud, ville frontière côté mongol, j’avais l’impression de me retrouver en Bolivie. Non pas pour ces montagnes, il n’y en avait pas. Non pas pour une langue familière, on n’y comprenait rien. Mais bien pour les vieilles carrioles sur le point de rendre l’âme, les enfants aux vêtements troués et sales, pour la poussière et la terre omniprésente, pour les routes en mauvais état, pour la pauvreté tout simplement criante…

L’objectif à présent était de trouver un moyen de rejoindre Ulaan Baatar (Oulan-Bator qui signifie Héros rouges, capitale de la Mongolie). Heureusement, un train quotidien rejoint la ville. Ne restait alors plus qu’à régler le problème des vélos qui, encore une fois, se termina par des demandes de pourboires supplémentaires. L’amertume de la douane était encore palpable.  Cette fois-là, nous les avons donc bien envoyé balader.

Plus tard, quand le soir tomba enfin, le train arrivait lui aussi. Malgré la chaleur de la journée, le frais voire le froid de la soirée prenait rapidement le dessus. Sur le quai à demi éclairé, nous transportions tout notre équipement, beaucoup trop lourd soit dit en passant.  Le train quant à lui, aux allures d’une ancienne locomotive, crachait de la vapeur ou de la fumée comme le Poudlard Express de Harry Potter. Tout du moins, c’est l’idée que j’en garde. Tout semblait si calme et rien n’aurait pu rompre ce soulagement d’arriver enfin en cabine. Sauf que nous, nous n’étions pas sur le quai 9 3/4 d’Harry (c’est la dernière allusion à ce roman, promis ;-)) nous étions à Zamin Uud au fin fond de la Mongolie. Or là-bas, si tu as le malheur de montrer ne serait-ce qu’une fraction de seconde de ce qui aurait pu être l’ombre d’un moment de répit, on te prend tes sacs pour les conduire en cabine. On te les prend, oui ! Sans vraiment avoir le choix si ce n’est que de les arracher pour les récupérer. Sympa non ? Non. Enfin, si. Mais nous, nous n’en n’avions pas besoin de cette aide. Imaginez donc, près de 20 sacs à transporter (incluant les tentes) au total, ça en donne de la possibilité aux gens de vouloir nous aider, et ça n’a pas raté ! Du coup, une fois installés dans notre compartiment avec tout notre barda et perlant de sueur, ce que nous avions prévu arriva forcément. Trois hommes le visage arrondi, les pommettes rouges et saillantes, les yeux bridés mais pas trop, le nez écrasé, baraqués, trapus…bref trois mongols. Il ne fallut pas bien longtemps avant un « Money » lancé par l’un d’entre eux et accompagné de ce geste qui ne trompe pas. Vous savez, celui où l’on  frotte son pousse et son index d’un but cupide pour avoir du…cash money ! « Eh bien mon gros, tu n’auras rien, pas l’ombre d’un cesters ! », ça c’est ce que j’aurais aimé lui dire. « No », c’est ce que je lui ai dit, plus international et compréhensible. Bien sur, il répétait sa proposition en « monglais » (c’est du mongol et de l’anglais) comme un robot. On commençait vraiment à s’énerver, je pense qu’ils le voyaient bien, j’ajoute en Anglais (j’aurais très bien pu le faire en français, ce qui revenait au même) qu’on en ras le bol de leurs histoires à deux balles, qu’on n’a jamais voulu de leur aide et qu’ils, s’il-vous-plait, nous foutent la paix une bonne fois pour toute ! Cette fois-ci, en position de force, nous n’avons pas cédé. Un d’entre eux venait de capituler, le deuxième quelques instants plus tard. Il ne restait plus que le plus têtu de la bande qui s’installa sur notre banquette, les bras croisés, bien décidé à ne pas bouger d’un iota (comme dirait Antoine!). Heureusement, alors que nous commencions presque à nous faire à sa présence, la Provodnitsa (chef de wagon dans ce genre de transport) se chargea de notre ami avec une autorité impressionnante, sans doute habituée à ce genre d’énergumènes.

Quelques instants plus tard, enfin, le train se mit en route. Nous avons savouré et partagé nos quelques bières avec notre compagnon de cabine, Erdene Bayar, qui nous en apprend plus sur la Mongolie. Fils d’un dresseur de chevaux, lui travaille désormais dans une ville minière en tant que contrôleur de marchandise. Cependant, il m’explique qu’il adore parcourir la steppe à cheval, pêcher dans les rivières, dormir à la belle étoile, ce qui ne peut empêcher mon imagination de prendre le large. Les vastes étendues sauvages … J’en frissonnais déjà de plaisir !

Au milieu de la nuit, on me secoua doucement l’épaule pour me réveiller. Je mis quelques instants pour sortir de mon sommeil profond, bercé par le « dough-dough » continu du train. On y était. Pas à Oulan-Bator, non. A Selenge, encore dans le Gobi, là où Erdene travaille.

J’avais insisté la veille pour qu’il me réveille afin de lui dire au revoir tant cet échange m’avait ému. C’est étrange, on n’aura peut-être parlé que quelques heures, lui et moi, tout au plus. Néanmoins,  son histoire me touchait, me fascinait. Pourquoi lui et pas un autre ? Je n’en sais rien. Une chose est sure, je me souviendrai longtemps de cette poignée de main sincère avant qu’il ne quitte la cabine. Dans son regard, je pouvais vraiment lire qu’on était les bienvenus chez lui, si jamais nos chemins se recroisaient. J’en avais la gorge nouée …

Le réveil du lendemain était spectaculaire. Le désert étant traversé et terminé, nous étions à présent dans les légendaires steppes mongoles. Des plaines à perte de vue clairsemées de yourtes par-ci et là et de nombreux chevaux. On dit que la Mongolie est le pays du ciel bleu, on ne nous avait pas menti. Le bleu du ciel était magnifique, d’une pureté qui me paraissait incroyable par rapport au bleu laiteux de Chine. La fenêtre du couloir entrouverte,  je respirais à pleines bouffées l’air frais qui s’engouffrait dans l’allée. Je me sentais extraordinairement bien, paré et fin prêt mentalement pour arpenter ces vastes étendues à vélo.

–          Benjamin

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Mise à jour des photos

Nouvelle mise à jour des photos  de Chine, Mongolie, Russie et Ukraine !

Un article sur la Mongolie sera bientôt posté !

Enjoy

Chine

Mongolie

Russie

Ukraine

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Voyage dans l’Empire du Milieu : de la Cité Interdite à la Grande Muraille de Chine

Contre toute attente, le passage de la frontière « Vietnam-Chine » fut une simple formalité, expéditive qui plus est ! Nous ne pouvons pas en dire autant de l’obtention du visa chinois en lui-même, dont la demande ne peut se faire que dans certaines villes et à grand renfort d’informations personn
elles, sans quoi elle se voit refusée.

Légèrement ébahis de rentrer dans ce pays sans encombre, nous nous mettons en quête d’une auberge où passer la nuit. Notre paquetage volumineux et nos têtes de touriste sont un atout : un rabatteur nous repère et devine nos envies, emmenant Antoine visiter une chambre. Pendant ce temps, Benjamin essaye de se renseigner dans un autre établissement. Il finit par rentrer bredouille, car incapable de se faire comprendre. Ce qui nous amuse toujours beaucoup dans ce genre de situation, c’est que nos interlocuteurs insistent dans leur langue sans chercher à trouver d’autres moyens de communications, allant même jusqu’à nous écrire en chinois comme si l’écrit nous paraîtrait plus clair que l’oral. Peu de temps après, Antoine, qui n’avait rien demandé et s’était fait entraîné dans une autre rue, revient pour nous dire que l’endroit est parfait.

Une fois installés et rafraîchis, nous partons manger un bout dans la rue. En chemin, Benjamin négocie pour des caleçons. Soupçonneux sur la taille réelle indiquée sur la boîte, il préfère opter pour une taille XL, censée être européenne, mais il se retrouvera avec quelque chose se rapprochant du S. Inutilisable pour lui, dommage !
Après avoir arpenté quelques rues commerçantes, nous tombons sur ce que nous cherchions : des échoppes fumantes, présentant des buffets, et quelques tables basses qui ont la particularité de toujours nous faire dépasser nos genoux au-dessus de la table, nous éloignant ainsi un peu de nos assiettes dans une position peu confortable pour manger avec nos baguettes. Nous voyons toutes sortes de plats, intriguants à nos yeux, probablement appétissants pour les Chinois : oisillons entiers dans des petits pots, oeufs mouchetés contenant des embryons d’oiseaux ayant déjà leurs plumes, larves, insectes grillés, … Heureusement qu’il y a des mets moins exotiques à côté, à base de riz, légumes et viande ! Nous goûterons tout de même aux insectes grillés, juste pour le fun.

Le lendemain, nous prenons un de ces fameux bus-couchettes pour nous rendre à la ville de Kunming où nous pourrons embarquer pour un train qui nous mènera à Pékin. Hé oui, comme je vous le disais lors de l’article sur la Malaisie, il nous a fallu réviser notre itinéraire de base et faire des choix. Nous avons finalement décidé de traverser la Chine de part en part sans y faire de vélo, si ce n’est une halte d’une dizaine de jour pour visiter Pékin et la grande Muraille en attendant notre visa pour la Mongolie.
Une fois à Kunming, il nous faut nous repérer, car la ville est gigantesque, comme la plupart des villes chinoises. Il faut bien se rendre compte de ce que c’est que la Chine : 1,3 milliard d’habitants. Un sixième de la population mondiale. Plus de 100 fois la population de la Belgique. Certaines villes chinoises abritent ainsi plus d’âmes que notre pays, comme Pékin (13 millions) ou Shangai (environ 20 millions). Et La plupart des villes de Chine dépasse le million d’habitants. Il ne faut donc pas se fier aux apparences : ce qui peut paraître une petite ville de campagne à nos yeux sur la carte est en réalité une mégapole plus grande que Bruxelles. D’où la nécessité de nous procurer un plan une fois sur place, afin de nous y retrouver. Il est midi, et nous décidons de rejoindre le centre-ville pour trouver de plus jolis quartiers et avoir plus de choix dans les auberges. Cela nous prend l’après-midi, et nous voilà à peine arrivé qu’il est l’heure de souper ! Nous optons une fois de plus pour un restaurant-buffet où le choix ne manque pas. Nous avons la chance de nous faire conseiller par une Chinoise de la table d’à-côté, qui parle un excellent anglais et qui me fait goûter à plusieurs spécialités locales parmi leurs plats.

Maintenant le ventre plein, il s’agit de se trouver un gîte. D’habitude, nous repérons ce genre d’endroit facilement, ou alors, comme la veille, ce sont les gens qui viennent à nous. Mais ici, en plein centre-ville, nous ne voyons que de gigantesques hôtels aux enseignes luxueuses, dépassant de loin notre budget « nuitées sous dur ». Il nous faut déjà un petit temps avant d’arriver à déchiffrer le mot « hôtel » en chinois, dont les caractères nous sont totalement étrangers (car au Vietnam, nous avions au moins quelques points de repères). Ensuite, à force de tourner en rond sans succès, la nuit tombant, nous commençons à demander à d’autres touristes. L’un nous indique un endroit que nous ne parvenons pas à trouver. D’autres sont logés bien trop loins, ou dans des hôtels trop chers pour nous. Il est maintenant 21h et plus que temps de trouver quelque chose. Refusant obstinément de débourser 150€ pour une simple chambre, nous cherchons des solutions. Je vois une sorte de kiosque avec un ordinateur à l’intérieur, et vais demander si nous pouvons l’utiliser. Pas de problème. Au bout d’un quart d’heure passé sur le net, nous en ressortons, avec 3 adresses d’auberge bon marché. Après une demi-heure de recherches infructueuses de la plus proche d’entres-elles, nous partons en quête d’une autre. Notre souci, c’est que l’échelle de notre plan n’est pas assez précise pour nous localiser dans les petites rues du centre. Nous nous acharnons ainsi, pendant deux heures, à trouver cette satanée auberge. Cela nous donne l’occasion de faire une petite balade nocture dans cette ville aux allures de Las Vegas tant les néons et les écrans de publicité éclairent notre route ! Finalement, nous touchons au but, je monte à la réception pour demander trois lits. Et non, raté : tout est full ce soir. Il est près de 23 heure, il est trop tard pour se mettre à la recherche d’autre chose. Nous avions trouvé 5-6 autres auberges au cours de nos recherches, mais elles étaient pleine à chaque fois. Que faire? Dormir dans la rue? Trop dangereux. Rester éveillé dans un coin où il reste un tant soit peu d’activité pour limiter les risques d’agression semble être la seule solution raisonable. Vers minuit, Benjamin tente quand même de négocier un coin de salle dans un restaurant sur le point de fermer ses portes, s’aidant de dessins et de mimes. La demande est trop incongrue que pour être acceptée, mais il réussit tout de même à susciter un peu de compassion pour notre triste sort. Un Chinois appelle une connaissance à lui, qui tiendrait une sorte de dortoirs où il resterait un peu de place (du moins, c’est ce que l’on comprend). Minuit et demi. Vaille que vaille, nous n’avons rien de mieux à nous mettre sous la dent et nous décidons de voir à quoi ressemblent ces fameux dortoirs. Sur le chemin, prêts à passer une mauvaise nuit dans le froid de la rue, nous nous arrêtons à la vue d’un hôtel. Le hall à l’air plutôt chicos, mais toujours plus abordable que les grands hôtels de luxe visités précédemment. On entre, et nous n’osons pas croire à notre chance : 8€ la nuit par personne, trois lits dans une chambre luxueuse, à la salle de bain (avec douche !) majestueuse, pantoufles comprises dans le lot. Nous avions même accès à internet. Et je ne vous parle pas de la qualité de la draperie, jamais je n’ai dormi dans lit plus douillet et draps plus soyeux. Exténués et heureux de l’issue de la soirée, nous tombons comme des masses pour plonger dans les bras de Morphée.

Le lendemain, après avoir dormis comme des loirs, nous partons pour la gare de Kunming, espérant trouver un train dans la journée en partance pour Pékin.  Nous avions lu toutes sortes de mise en garde sur internet, comme quoi mieux vaut se munir au préalable de quelques mots-clef en chinois pour faciliter l’achat des tickets, car ne personne ne parle anglais dans les gares. Ou encore, une amie m’avait prévenu que le réseau féroviaire chinois est l’un des plus chargé de la planète et qu’il est préférable de réserver son ticket à l’avance pour éviter les mauvaises surprises. Malheureusement, il est quasi impossible pour nous de réserver nos tickets avant d’être sûrs de la date de départ, c’est-à-dire une fois sur place. Quant au chinois, ça ne nous fait pas peur : on s’est bien débrouillé comme on pouvait avec le thaïlandais, le khmer, le lao et le vietnamien, pourquoi aurions-nous plus de difficulté une fois en Chine?
Curieux de voir quel genre d’obstacle nous devrons surmonter, nous entrons en gare. Au point d’informations, tout se passe pour le mieux : le personnel parle un peu anglais, et nous donne toutes les informations nécessaire pour expédier nos vélos dans le même train que nous. Finalement, c’était comme pour le visa : aucun problème ! Nous avions juste à attendre 12 heure avant d’embarquer pour notre train. Après cela, 38 heures de trajet (deux nuits à passer donc) enfermés dans nos wagons. Bien entendu, nous avions opté pour la catégorie « hard seat », la moins chère de toute. Quoique, il est aussi possible d’acheter des places « debout » quand toutes les places assises sont vendues, mais nous ne sommes pas économes au point de devenir masochistes. Sans compter qu’on traîne chacun nos 5 sacoches, nos deux tentes,nos gros sacs et notre moustiquaire dans la foulée, ce qui fait un paquet de paquets à caser tant bien que mal dans le wagon. Vous imaginerez facilement les regards amusés des autres passagers qui observaient le drôle de cortège que nous formions avec tous nos sacs, clopinant comme nous pouvions sous le poids de toutes nos affaires.

Ouf, nous sommes finalement installés, toutes les affaires sont casées sans aucun risque de chute sur la tête de nos voisins et nous voilà partis pour un long trajet vers la capitale. Quand ils disent « hard seat », ils ne mentent pas : le siège est dur comme fer et il est impossible de s’affaisser pour essayer de dormir, nous sommes obligés de rester droit comme des piquets. Vous vous en doutez, nous n’aurons pas très bien dormi au cours de ces deux nuits… Mais il y a pire. Certains passagers passent une grosse partie de la nuit debout, n’ayant pas pu acheter de siège. Il nous semble que, par solidarité, une sorte de tournante s’organise avec d’autres passagers à place assise, mais nous n’en sommes pas certains. Leur situation, assurément, est moins confortable que la nôtre, et nous n’avons pas de quoi nous plaindre. Nous étions bien sûr les seuls Occidentaux du wagon. Autrement dit, l’attraction du coin. Un chinois sympathique mais surexcité se met en tête de nous apprendre un jeu de carte de chez eux. Ce qui attire un cercle de curieux tout autour de notre banquette. Il n’arrête pas de nous parler en chinois sans que l’on saisisse un traître mot de ce qu’il nous raconte. Dans ce genre de situations, on hausse les épaules, on répète les mots avec une note interrogative dans la voix comme si cela allait comme par magie leur donner un sens, et on fait la moue-de-celui-qui-ne-comprend-pas. Au bout de plusieurs minutes, si la personnes persiste à nous parler dans la langue comme si nous saisissions tout ce qu’elle dit, on acquièsce poliment et on se met à lui répondre en français pour nous donner l’illusion d’un semblant de dialogue (et aussi pour faire prendre conscience à l’autre que non, on ne parle toujours pas sa langue !).
Dans la foulée, on comprend tout de même quelques règles du jeu de carte, qui semble être une variante de notre « président ». Antoine à force d’acquiescer, a fini par donner l’impression qu’on maîtrisait le chinois sur le bout des doigts. Les gens autour de nous jouent à notre place en nous prenant les cartes des mains tout en commentant bruyamment le jeu, et tout le monde rigole. Finalement, une fille qui arrivait à nous traduire un peu les règles en anglais, finit par nous demander : « Mais est-ce que vous comprenez au moins un peu ce qu’on vous dit? ».  » Non, rien du tout », lui répondons-nous en rigolant tant la situation nous dépasse. Ce qui, une fois de plus, fait bien rire l’assemblée.

Une fois arrivés à Pékin, nous récupérons nos vélos et nous préparons à partir. Soudain, Antoine s’arrête net, regardant ses mollets et ses chevilles. Ils ont triplés de volume ! Ce qui n’est pas rien, dans le cas d’Antoine ! Benjamin et moi nous auscultons à notre tour : pareil ! Trop longtemps restés assis dans la même position, nous faisions de la rétention d’eau, avec pour effet indésirable des mollets et des chevilles d’obèse. Très moche et un peu inquiétant, mais rien de bien grave en somme.

Pékin est à l’image de la Chine : gigantesque, démesurée. Cette ville, fort « réamménagée » à l’occasion des JO de 2008, est un véritable paradis pour les cyclistes. Sur les gros boulevards à 12 bandes, les pistes cyclables sont plus larges qu’une autoroute belge. Quasi toutes les rues de la ville sont dotées de pistes cyclables protégées par des barrières. Les rues sont toutes très bien indiquées par des panneaux, et leur nom est écrit à la fois en mandarin et en anglais. La circulation y est très organisée. Il y a même des agents pour les passages pour piéton, qui indiquent quand on peut marcher dessus ou bien quand les voitures doivent y aller. Cela pourrait sembler superflu étant donné que le marquage au sol est très clair et que les feux de signalisation fonctionnent bien. Mais sans eux, les carrefours sont tellement grands et les temps d’attente tellement longs que la circulation virerait vite au chaos du côté des deux-roues et des piétons, trop impatients de traverser. En tout cas, ils sont bien rigolos, ces bénévoles en uniforme, avec leur sifflet. Et puis, cela rajoute une dimension humaine, dans ce flot de machines vrombissant. Malheureusement, ce sont surtout des retraités qui s’occupent de cette tâche, et certains pensent que le métier finira par disparaître dans les années à venir…

Nous rejoignons notre auberge, « La grenouille à trois pattes », qui nous servira de camp de base pour notre séjour dans la ville. Au programme : faire le visa mongole, se renseigner pour le visa russe, rencontrer Nathalie et Julien, deux amis belges à moi vivant depuis presque 2 ans dans la ville, visiter un max et faire un petit tour du côté de la célèbre Muraille de Chine.
Notre auberge se situe dans un « Hutong » une vieille ruelle piétonne. Ils sont un peu le coeur de la ville, on les trouve partout dans le centre et on y trouve un peu d’authenticité, hors de ces grandes artères commerciales qui sont devenues la norme récemment. Il y en a plus de 2000, mais ils tendent à disparaître petit à petit au profit de quartiers réamménagés, plus larges et plus modernes. Dans notre hutong, les mini-restaurants foisonnent, et nous nous régalons de dumplings (beignets fourrés à la viande ou aux légumes et cuits à la vapeur), de nouilles sautées, de riz sautés, de soupes, de poulet sauce aigre-douce, de grillades de toutes sortes, et j’en passe et des meilleurs. Notre côté aventurier ne nous a pas quitté, et nous nous essayons à des mets plus exotiques : brochettes de gésier et de coeur de poulet, sandwich au ver à soie grillé, cou de canards comme amuse-gueules, …
La ville ne manque pas non plus d’attractions touristiques, et nous devons faire un choix dans nos visites. Nous nous décidons pour la place Tian an men et la légendaire cité interdite pour commencer. La place est vaste et imposante, et le portrait de Mao nous domine non loin de la Cité Interdite. Cet ensemble de bâtiments constituait autrefois les quartiers de l’Empereur et de sa suite. L’accès y était interdit au peuple, d’où le nom. Toutefois, aujourd’hui, les lieux n’ont plus rien d’interdit et sont plein à craquer : nous sommes noyés dans une marée de touristes. A nouveau, le site est immense ( plusieurs dizaines d’hectares) et il faut plusieurs heures pour le visiter en le traversant d’un bout à l’autre. Il est très impressionnant de se pavaner au sein de ces cours gigantesques. Même si ce n’est pas là notre type de tourisme préféré, nous apprécions la visite de ces lieux mythiques, empreints d’histoire.

Pour notre deuxième grosse visite touristique, nous avons décidé d’aller nous pavaner au Palais du Ciel. La majorité des bâtiments construit sont des temples, érigés pour célébrer différents rituels afin de s’attirer la prospérité de l’année à venir. Les cérémonies étaient nombreuses et très codifiées. Cette complixité rendait la tâche délicate à l’Empeur, qui, au moindre pas de travers au cours du rituel annuel, encourait le risque d’attirer toutes sortes de malheurs sur son peuple et son pays. A nouveau, la démesure est le maître-mot et il faut beaucoup marcher pour se rendre d’un temple à un autre.Heureusement, cette fois-ci, nous pouvons déambuler à l’ombre des arbres du grand parc occupant une majeure partie de l’enceinte pour rallier les différents palais. D’ailleurs, nombres de locaux se rendent quotidiennement dans ce parc, pour se relaxer, s’y promener ou suivre des cours de yoga ou de tai-chi au petit matin.

Ensuite, nous nous sommes rendus à l’ambassade mongole, et on nous apprit qu’il nous faudrait attendre une semaine entière pour obtenir notre visa. Juste le temps qu’il nous faut pour organiser une petite excursion du côté de la Muraille, super !
On fait le plein de sachets de nouilles instantanées, et grâce à son astuce, son génie de l’informatique, et sa débrouillardise, Benjamin réussit à nous bricoler quelques cartes via Google maps et à les faire imprimer en gros format chez un imprimeur, à deux pas de notre auberge. La scène mérite d’être décrite. Nous avons passé un quart d’heure à communiquer, par plateforme de traduction en ligne interposée, pour exprimer nos envies. C’est beau, la technologie !

Ensuite, nous nous sommes rendus à l’ambassade mongole, et on nous apprit qu’il nous faudrait attendre une semaine entière pour obtenir notre visa. Juste le temps qu’il nous faut pour organiser une petite excursion du côté de la Muraille, super !
On fait le plein de sachets de nouilles instantanées, et grâce à son astuce, son génie de l’informatique, et sa débrouillardise, Benjamin réussit à nous bricoler quelques cartes via Google maps et à les faire imprimer en gros format chez un imprimeur, à deux pas de notre auberge. La scène mérite d’être décrite. Nous avons passé un quart d’heure à communiquer, par plateforme de traduction en ligne interposée, pour exprimer nos envies. C’est beau, la technologie ! Notre carte en poche, nos nouilles dans le sac, il ne restait plus qu’à partir. Nous avons roulé pendant plus de 50 km pour sortir de cette ville tentaculaire. Enfin sortis de la zone urbaine, certes, mais pas de la pollution pour autant. Nous éprouvons tous des difficultés à respirer, et sommes pris en début d’après-midi de quintes de toux. Antoine, est le plus touché, peut-être à cause du pollen de peuplier qui virevolte par nuages entiers un peu partour dans l’air. Cela nous force à nous arrêter plus tôt que prévu, mais nous trouvons un bon endroit où camper, à l’abri des regards et offrant une belle vue sur la vallée que nous sommes en train de remonter.

Le jour d’après, nous passons près de ruines de la Muraille, non indiquées par les guides et vides de tout touriste exceptés quelques Chinois retraités. L’endroit est sympathique, malheureusement, depuis hier, la vue est bouchée par une sorte de brouillard épais, peut-être dû à la pollution. Le moment fort de notre excursion aura lieu le lendemain, sur une portion de la muraille partiellement restaurée et censée être fermée au publique. D’emblée, nos vélos garés, nous voyons directement des panneaux signalant qu’il est interdit de grimper sur la muraille pour s’y promener. Aïe, que faire? Essayer un autre tronçon un peu plus loin? Au loin, nous voyons que plusieurs touristes marchent quand même dessus. Nous nous décidons. Gardée, l’entrée l’est, mais par un portier qui touche sa commission, avec un panneau fait maison indiquant un prix d’entrée équivalant à 1€. Au-dessus de la tête du garde, un panneau bien plus officiel, renouvellant l’interdiction de monter sur ce tronçon. Ok, on voit le genre… Nous payons, et commençons à grimper. C’est sportif ! Après avoir escaladé la colline jusqu’à la base du mur, nous empruntons une échelle métallique relativement étroite pour entrer dans l’une des tours de garde par l’équivalent d’une meurtrière. Puis l’ascension continue. La muraille épousant la crête de la montagne, certains passages sont fort abruptes, dépassant aisément les 12% d’inclinaison. Parfois, le sol est uniforme, d’autres fois, il y a des marches de hauteur inégales, ce qui rend la progression plus difficile. Certains tronçons sont particulièrement escarpés. Nous continuons de monter encore et encore jusqu’à atteindre le point de culminant, offrant une vue dégagée sur les alentours. Quel spectacle que de contempler ce serpent de pierres sinuant dans la végétation des montagnes environnantes. Nous voyons des sections du murs parallèles, qui se perdent dans le lointain. Il faut savoir que Muraille n’est pas faite d’un seul mur, traversant la Chine d’un point à un autre, mais constitue plutôt un réseau murailles parallèles qui se rejoignent par endroit, parfois interrompu par des barrières naturelles comme des falaises ou des rivières. D’est en Ouest, la longueur totale maximale est de 7200 km, barrières naturelles comprises. On estime généralement que le Mur a nécessité des centaines de milliers de travailleurs, la plupart étant des prisonniers. Le Mur avait pour fonction première de stopper les maraudeurs nomades du Nord, les Huns et les Mongols. Par la suite, il a aussi servi de voie de transport pour les armées, et également comme moyen de communication par le biais de signaux de fumées et de coups de canon.
Je pousse l’exploration un peu plus loin que Ben et Desch, désirant atteindre un autre point de vue qui semble donner sur un morceau très raide du mur. Je ne suis pas déçu de faire cet effort supplémentaire, récompensé par la beauté de lieux et la satisfaction personnelle d’avoir réussi à grimper jusque-là. Ce n’est qu’une fois sur le mur que l’on peut apprécier la beauté de la construction et entrapercevoir le travail titanesque qu’elle représente. Toutes ces pierres ont été amenées ici, au sommet des montagnes, sur ces milliers de km, par la seule force des bras… Y penser me donne le tournis.
Ravis de notre visite, nous redescendons vers nos vélos pour rentrer sur Pékin.
Nous récupérons nos passeports, et passons notre dernière soirée à Pékin en compagnie de Nathalie et Julien. Nous garderons d’excellents souvenirs de cette soirée passée à jouer à des jeux de société et à déguster de délicieux chocolats Galler et des Chokotoffs. Décidemment, rien ne vaut le chocolat belge, surtout partagé entre amis. Terminant ainsi notre séjour en Chine sur une note plus que positive, nous prenons le train le lendemain pour nous rendre en Mongolie.

 

Benoît

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La tête dans les étoiles, le clapotis de l’eau dans les oreilles

NOUVELLE : nous jouons de malchance avec la technologie, et notre ordinateur portable est présentement victime d’un virus qui le rend complètement inutilisable, du moins temporairement. Nous risquons donc de ne plus pouvoir poster de vidéos d’ici notre retour, cela exigeant du temps, une conversion de fichiers et l’utilisation d’un logiciel particulier. Par contre,  les photos devraient suivre tôt ou tard, les solutions ne manquent pas à ce niveau-là. Il vous faudra peut-être attendre un peu pour les photos de nos hôtes et des nos milliers de km. Nous tâcherons aussi de rattraper la narration de notre voyage pour être à nouveau à jour en entamant l’Europe. Nous trouverons bien le temps de rédiger manuscritement nos péripéties chinoises et mongoles au cours des 5 jours de trains que nous passerons dans le transsibérien, dans lequel nous embarquerons dans quelques heures.

NOTE : en raison de certaines circonstances, l’article de nos aventures au Nord-Vietnam fut posté récemment par Benjamin avant celui du Laos (qui suit ci-dessous). Hors, chronologiquement parlant, notre itinéraire fut « Vietnam-Laos-Vietnam ». Le récit qui suit se situe donc temporellement entre les deux derniers publiés. Je tenais juste à éclaircir ce point pour plus de clarté pour votre lecture. Enjoy ! 🙂

Notre brève incursion au Laos

Comme l’expliquait précédemment Antoine, c’est avec soulagement que nous sommes entrés au Laos. Les quelques déboires condensés en l’espace de 3 jours de route au Vietnam nous avaient rendus envieux de changer d’air. De plus, après de tels incidents, il devient difficile de rester aussi ouvert aux rencontres du quotidien. Devenu méfiant, je me rendais compte que je ne profitais plus pleinement de l’instant présent et bien que conscient de cela, je n’arrivais pas à surmonter totalement cette barrière psychologique.

D’entrée de jeu, tout s’annonçait sous les meilleures auspices pour notre séjour au Laos. Nous voilà à peine de l’autre côté de la frontière que l’on nous offre de l’eau chaude pour les nouilles instantanées au magasin le plus proche. Ensuite, un homme baragouinant un peu d’anglais vient nous proposer de partager un pot avec lui. Après réflexion, c’est à contre-coeur que nous avons refusé son offre, car le jour déclinait et nous ne savions toujours pas où dormir. Pour finir, au moment de nous en aller, nous avons droit à une dégustation de belles brochettes de viande et de légumes qu’un groupe de personnes faisait griller paisiblement sur un barbecue.

Repus et heureux, c’est donc dans une excellente disposition d’esprit que nous avons entamé ce nouveau chapitre de notre aventure asiatique. Pour couronner le tout, nous nous en allâmes sous un feux d’artifice de rose, d’orange, de mauve et de violet, excellent spectacle de mise en bouche qui ne pouvait qu’augurer que du bon.

Après une vingtaine de kilomètres dans le noir de la nuit qui nous avait rattrapé, nous finissons par atteindre ce qui était maintenant devenu pour nous une sorte de seconde maison : un temple bouddhiste. Nous avions bien cherché à éviter de rouler de nuit, mais de même que pour nos quelques nuits passées au Vietnam, les personnes auxquelles nous nous adressions nous refusaient l’hospitalité. Sur le moment, cela vexait toujours un peu. D’accord, nous ne sentons peut-être pas la rose, et certes, nous avons peut-être des grosses barbes, mais tout de même, nous n’avons pas l’air de brigands pour autant ! Et puis, on demande juste un petit carré de terre pour poser la tente, pas plus. Mais par la suite, nous avons compris que cela n’était pas dans les moeurs des laotiens. Il se peut même qu’à l’instar du Vietnam, l’état exige des habitants qu’ils signalent la présence d’étrangers dans leur demeurre quand ils les hébergent. Bref, au final des complications pour eux, et un peu pour nous aussi d’ailleurs. Heureusement qu’il nous reste les temples ! Comme de coutume, l’accueil y est poli et chaleureux. L’architecture des lieux, les décorations sur les toits, les peintures aux plafonds et sur les murs nous charment les yeux. On y respire toujours la sérénité. Et surtout, surtout, on y trouve des sanitaires ! Au passage, il faut préciser un fait important à ce sujet. Certains de nos lecteurs nous prennent peut-être pour des baroudeurs de l’extrême qui négligent occasionnellement leur toilette en dépit de conditions favorables pour la réaliser, les circonstances obligeant. Je pense surtout au triste record qui me concerne dans la page des stat’s qui m’a valu des calculs amusants de la part d’un de nos lecteurs. Je me dois donc de rétablir notre honneur sur notre odeur pour vous défaire de toute fausse image que vous pourriez avoir de nous sur ce point. Il est vrai que les conditions n’ont pas toujours été faciles dans les étendues désertiques du Chili ou encore perchés au sommet des Andes, ce qui nous a rendu parfois quelque peu oublieux de notre toilette. Mais en Asie, nous suions sang et eau au point de parfois boire jusqu’à 6 litres de flotte sur une journée. Nous nous sommes sentis sales à chaque fin de journée. Mais nous avons eu le bonheur d’accueillir de quoi nous décrasser quasi chaque soirée. Nous sommes donc, somme toute, restés relativement propres, du moins chaque début de matin et chaque soir. La vérité maintenant rétablie sur notre hygiène, je vais revenir sur le temple dans lequel nous venions de nous installer.

Comme dans chaque temple, nous palabrons avec les moines qui viennent nous tenir compagnie, intrigués par nous et notre voyage. Quelques blagues sur nos poils au menton et sur leur peau glabre, un petit topo de notre tour sur une carte du monde, et une balade sur vélos pour les plus jeunes, un sur le porte-bagage, l’autre en danseuse sur les pédales car la selle est trop haute. Des moments simples, fugaces, mais ô combien appréciables.

Le lendemain fut le théâtre d’un évènement marquant qui faillit se finir tragiquement. Je me suis réveillé ce jour-là plus dans les gaz que d’habitude (ceux qui me connaissent pourront vous dire que je ne suis pas quelqu’un du matin, ce qui est un euphémisme). Après une petite pause déjeuner dans une bicoque à la sortie du temple, nous nous remettons en route, avec une belle côte pour nous mettre en jambes. C’est derrière Ben et Antoine, que je perds vite de vue, que je l’attaque.

Perdu dans mes pensées et dans la contemplation du paysage offrant de belles collines à l’horizon, je mets un petit moment à m’apercevoir qu’il est étrange qu’ils aient pris autant d’avance en si peu de temps… Pas grave, je sais quelle est la route, et si je suis devant, ils me rattraperont. Soudain, je tique : « Tiens, il y a un léger voile sur ma roue avant, comment ne l’ai-je pas vu plus tôt? » et peu après « Mon calecon fraîchement lavé (plus frais que moi en tout cas) sècherait bien mieux si je l’accrochais à ma sacoche guidon plutôt qu’à ma corne ». Ha. PUNAISE ma sacoche guidon ! Dans un éclair d’horreur et de stupéfaction, je réalise que je roule sans cette précieuse sacoche (ce qui explique que je peux voir ma roue avant), qui contient plus que la prunelle de mes yeux : porte-feuille, argent, cartes bancaire et de crédit, passeport, caméra, mp3, permis de conduire et carte d’identité. Le seul truc à pas paumer. Et je l’oublie ! Et je m’en rends compte après 5 km de route ! Je fais recta demi-tour, passe au troisième plateau, dixième vitesse, et fonce littéralement tête baissée, pédalant comme un damné pour éviter de trop penser aux conséquences. Je pédale tellement comme un fou, tellement tête-baissée, que je n’aperçois même pas Ben et Desch, qui rigolent bien que je les manque pour la deuxième fois de la journée quand je les croise. M’arrêtant près d’eux, hors de voix, je pointe du doigt le vide de ma sacoche-guidon. « Oh punaise, mais elle est où? » s’exclame Ben? Pas le temps de répondre, je repars illico, troisième plateau, dixième vitesse. L’adrénaline me donne des ailes et je gravis les côtes comme jamais je ne l’ai fait auparavant. Me voilà de retour à la petite bicoque. Hors d’haleine cette fois, et la peur au ventre, je me dirige vers la serveuse. Occupée au téléphone, elle me montre de la main le mur, sur lequel est accroché la sacoche ! Hallelujah ! Dieu existe, et les laotiens sont bons ! Extrêmement soulagé mais me sentant un peu ridicule, je vais rejoindre Ben et Desch. Je suis tout penaud rien qu’à l’idée des conséquences qu’auraient représenté la simple perte de mon passeport, pour ne pas évoquer le reste… Il faut savoir que je suis un graaaaaand distrait. Et quand je suis relativement mal réveillé, ç’est le combo fatal. Heureusement qu’en d’autres occasions, j’avais Ben et Desch pour surveiller mes arrières. Et comme je suis un spécialiste, je peux vous dire que j’en suis à mon 4ème gant de toilette du voyage. Mais c’est une autre histoire. On a d’ailleurs tous notre spécialité. Benjamin, il perd ses affaires DANS ses sacoches, pour les retrouver 10 jours plus tard. Bref.

Les collines ne sont plus seulement à l’horizon, on arrive en plein dedans et ça commence à grimper sec. Timides tentatives de stop au cours de l’ascencion, sans succès. C’est probablement comme pour le logement, ils n’ont pas le droit de nous prendre gratos. En réalité, ce fut le cas au Vietnam : stop interdit. Nous avons perdu une heure comme ça une fois, avant de se décider à lever le pouce… Pour un bus ! Hé oui, comme il y a peu d’arrêt, on peut demander à monter n’importe où. Dans notre cas, il a fallu négocier le prix, les chauffeurs ayant une légère tendance à tout multiplier par deux quand ils voient nos vélos.

Quittons le Vietnam pour retourner au Laos. L’ascension en vaut la peine. Une fois au sommet, nous arrivons à un magnifique point de vue aménagé avec une petite terrasse en bois disposant d’un toit. Je ne suis jamais allé à Madagascar, mais les pics rocheux émergeant de la jungle par dizaines me font penser à un paysage malgache semblable que j’ai pu voir en documentaire.

C’est là que nous fîmes notre rencontre au sommet. Un groupe de trois touristes vient admirer la vue à nos côtés. Ils sont francophones, et nous en profitons donc pour engager la conversation avec eux. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que nous avions en face de nous un professeur émérite de notre université ! Un pionnier du cyclotron, nous dit-il. Nous essayons de trouver des connaissances communes, en vain : les jeunes de leur époque sont plus vieux que les vieux de la nôtre. Nous passons quelques moments à discutailler avec eux, puis ils nous quittent, nous laissant seuls pour admirer un flamboyant coucher de soleil.

Le lendemain matin, nous croisons la route de Romain, un autre voyageur à vélo qui vient de France. On boit un coup ensemble pour échanger nos histoires. Ca fait du bien de pouvoir partager nos bons moments et nos galères de cyclo dans notre langue maternelle, fait assez rare que pour être souligné, surtout en Asie où la barrière de la langue constitue un réel obstacle à des conversations dépassant les choses les plus basique (dorénavant, on accompagne nos paroles de mimes et Ben sait même vous dessiner des petites BD pour vous faire comprendre qu’il veut dormir dans votre garage, véridique). Romain, ça fait plusieurs années qu’il bourlingue en solitaire sur les routes du monde. C’est à peu près le trentième cyclo qu’on croise depuis le début du voyage. On ne dirait pas comme ça, mais les cyclo-touristes pullulent ! Certains tronçons sont très réputés pour le voyage à vélo, et il n’est pas rare de s’y croiser. Surtout en Asie du SE, où il est difficile de ne pas passer par certains axes obligatoires, car il n’y a tout bonnement pas d’autres routes ! A ce niveau, l’Europe, aux dires de certains, est le graal : les petites routes de campagnes, foisonnent, fusent de partout. Notre expérience en France va dans ce sens et nous sommes impatients de retrouver l’Europe pour cela d’ailleurs. Pour revenir aux cyclos, tant que j’en parle, il est amusant de constater qu’il y a autant de profils que de cyclistes, pour ce qu’on en a vu : en solitaire ou en groupe, restés libres et flexibles, sans autre plan que cueillir ce qu’offre chaque nouvelle journée ou bien plannifier un itinéraire un peu plus rigide, être insouciant ou prévoir, rouler beaucoup ou prendre son temps, acheter le top du matos ou bricoler, se montrer audacieux ou peser les risques, sortir des sentier battus ou rouler sur le bitume, partir au milieu de ses études ou à la retraite, voyager léger ou chargés comme des mules, faire tout à vélo comme un puriste ou prendre d’autres moyens de transport, tenir un blog ou non… Vous l’aurez compris : il n’y a pas qu’une façon de voyager en bicyclette, et nous profitons de nos rencontres avec d’autres cyclistes comme Romain pour nous enrichir des expériences de leurs expériences. Ce dernier, venant de là où on va, nous recommande chaudement de faire un arrêt à une chute d’eau située à une vingtaine de km de la route qu’on emprunte. L’accès est difficile nous dit-il, mais elle en vaut la peine : on y est seul dans la nature et on peu s’y baigner. Pour poser la tente, aucun souci, y a de la place sur les rochers à côté de la rivière. Il n’en faut pas plus pour nous convaincre, on y fera une halte le lendemain.

En attendant, aujourd’hui, il fait un soleil de plomb. Nous nous arrêtons à midi pour une petite sieste improvisée à l’ombre de la terrasse d’un café. Benjamin essaie de dormir assis, mais c’est pas évident. Tant bien que mal, assomés par cette chaleur accablante d’Asie du Sud-Est, nous reprenons tout de même la route sous le coup de 14h. Le soir venu, après une rude journée de 133 km, nous prenons un repos bien mérité dans le calme d’un temple.

Nouvelle journée, nouveau défi. Aujourd’hui, le soleil peut cogner tant qu’il veut, on aura la cascade pour se rafraichir. Mieux (on n’est jamais trop prudent), on se fabrique une glacière en vidant l’une de mes sacoches de ses vêtements pour la remplir de canettes de bière, de bouteilles d’eau, et de glace. Une fois refermée, on y accroche au sommet un tshirt mouillé de Benjamin pour faire écran, histoire d’être sûrs de garder nos précieuses boissons au frais. Romain n’avait pas menti. Route de terre poussiéreuse, en pleine jungle, pente à 10%. On est parfois obliger de poser le pied à terre et de pousser tant bien que mal notre vélo, devenu un fardeau. On glisse, on dérape, on sue, on rale, on crie de rage et on n’en voit pas le bout. On se bat dans ce cadre sauvage, splendide, pour finalement toucher au but après une heure de labeur : la cascade est là ! Enfin, plutôt un pipi de chat au milieu de quelques rochers. On espère qu’il n’y a pas d’arnaque, et qu’on n’est pas tombé dans un canular de mauvais goût… On pousse l’exploration des lieux un peu plus, et oui, gagné ! La cascade en elle-même n’est pas folichonne, l’eau stagne un peu et on glisse sur la mousse qui recouvre les rochers. Mais que diable, le cadre est parfait, on a enfin notre petite douche naturelle, et nous sommes seuls à jouir de la beauté des lieux, préservés du tourisme de masse.

Nous savourons nos bières fraîches et nos nouilles dans ce petit havre de paix et de verdure, pour ensuite installer notre bivouac à même la rivière, sur un rocher. Là, installés tous les trois dans la moustiquaire spécialement achetée pour Ben à Phnom Penh afin de lui assurer des nuits plus fraiches, nous nous couchons sur le dos, la tête dans les étoiles, le clapotis de l’eau dans les oreilles. Haaa… C’est ça, qui nous manquait depuis la Thaïlande, en fait… Le camping sauvage. Les nuits à trois en tente, ou on refait le monde, on ergotte de la philo, on se hasarde sur notre avenir. Les moments où l’on développe cette vraie camaraderie, quand l’on profite des bons moments, simples, mais mérités car suivant un effort. Ces moments qui nous soudent les uns aux autres, qui nous rapprochent sans qu’on s’en rendent compte… Cette après-midi et cette nuit, je m’en souviendrai toujours, car c’est le genre de moment où l’on touche au bonheur et qu’on en prend conscience, où l’on réalise sa simplicité et son importance.

Cette nuit, par contre, j’ai mal dormi. J’avais sous-estimé la fraicheur et l’humidité qu’apportaient le cours d’eau, et bien qu’emmailloté dans mes vêtements et mon sac à viande, je me suis réveillé plusieurs fois de froid. Le campement maintenant replié, il faut à présent refaire la route en sens inverse et se coltiner toutes les descentes de la veille qui sont maintenant devenu des montées. Mais ça va, je suis de bonne humeur, et la difficulté de la route ne m’arrête pas. Une fois l’asphalte retrouvée, on profite d’une station essence pour faire un brin de toilette à nos fières bicyclettes qui en ont bien besoin après tant de km dans la poussière. D’ailleurs, la transmission de Benjamin commence à faire des siennes et donne des signes de fin de vie, avec la chaîne qui saute parfois brutalement, sans crier gare. Il faudra changer tout ça bientôt. Ca tombe bien, car en fin de journée, nous parvenons à rejoindre la destination finale de notre séjour au Laos. Vientiane, la capitale. Une fois dans le centre, nous devons appeler Dominique, membre d’Oxfam avec qui nous avions rendez-vous. Mais nous n’avons pas le temps de nous arrêter à une auberge pour nous mettre à sa recherche que c’est lui qui nous trouve, et s’arrête en bord de route avec son 4×4, pour nous faire signe. Quel hasard ! Il nous indique un petit hôtel pas trop cher où nous logerons deux nuits avant de le rejoindre dans sa maison. Le soir même, nous nous ferons généreusement inviter à manger par Hilde, qui travaille au siège d’Oxfam-Solidarité en Belgique,à Bruxelles, et qui réalise justement une visite des différents projets menés en Asie du SE lors de notre passage.

Par la suite, nous aurons eu l’occasion de passer d’autres soirées en compagnie de Dominique, à chaque fois agréables, enrichissantes et instructives. Je me garde de vous en dire plus à ce sujet pour le moment, car nous sommes en train de faire le point sur tout ce que l’on a pu apprendre au travers de ces rencontres afin de publier incessament un article complet là-dessus. Je me dois cependant de vous faire part de notre visite des bureaux Oxfam, qui coïncidait avec le Pi Maï, fête de l’eau célébrée à l’occasion du nouvel an bouddhiste.

Cette fête commence par l’échange de voeux de bonheur, rituel symbolisé par un bracelet noué autour du poignet au moment du souhait. Plusieurs cadeaux sont échangés par la même occasion : oeuf dur, verre de bière, …

Ensuite les festivités débutent, nous pouvons nous servir dans différents plats de la cuisine locale autour d’un buffet, et de la musique lao est jouée par un claviériste qui a des allures de Stallone. La danse typique, exécutée lors de cette célébration, s’exécute à deux, une fille et un garçon. Chaque couple se fait face de façon à former une ronde, et en maintenant cette formation, on tourne, restant face à notre partenaire et dansant essentiellement avec des moulinets harmonieux des mains. Bien entendu, inutile de préciser que le tout est copieusement arrosé d’alcool, avec bière et vin à volonté !

L’ambiance est festive, tout le monde est décontracté et profite à fond de la fête. On discute, mange, boit, danse, et chante des karaokés. Et vient le moment où l’on comprend pourquoi les laotiens appellent cette fête la fête de l’eau : sans nous prévenir, on nous asperge à grandes eaux, à coup de seaux d’eau froide et chaude, lancé en pleine face ou bien laissé délicatement couler dans le dos… Et puis, sans raison apparente, encore mouillé, tout le monde se fait arroser de talc pour bébé. On en a plein les cheveux et les vêtements, mais ça ne suffit pas : le rouge à lèvre des femmes est sorti de leurs sacs et on finit par se faire barbouiller le visage ! Et cela continue jusqu’au soir, pour repartir de plus belle le jour d’après. Ambiance unique, pittoresque, que nous ne sommes pas prêt d’oublier !

La fête touchant à sa fin dans les bureaux, nous reprenons la route vers la maison de Dominique pour la soirée et nous voyons que les festivités battent leur plein partout dans la ville, avec de la musique à chaque coin de rue et des gens déambulant de toutes parts, armés de pistolet à eau, voire d’arrosoir, prêt à nous tremper depuis leur chapiteau ou encore depuis l’arrière des pick-ups nous dépassant. Partout, les gens se trémoussent sur des tables au rythme de musique pop, volume à fond, et les boissons sont gardées dans l’eau fraîche de petites piscines gonflables.

Le lendemain, nous empaquetons une fois de plus tout notre barda pour nous rendre à la gare des bus de la ville, où nous embarquerons pour un bus de nuit qui nous mènera à Hanoï. Une fois tous nos sacs entassés dans les soutes et nos vélos solidement accrochés au toit du bus, nous nous allongeons du mieux qu’on peut dans nos couchettes trop petites pour nos grandes jambes. Nous commençons à être rodés à trimballer nos nombreux sacs et nos vélos dans des trains et des bus, mais cela reste tout de même un sacré cirque à chaque fois ! Entre la négociation du bakchich à glisser dans la main du conducteur pour le transport de nos vélos, le rangement de ce derniers à surveiller de près pour limiter la casse et les mauvais traitements, on ne s’ennuie pas. Ici, l’espace est synonyme d’argent, et le moindre recoin sert à caser un peu plus de marchandises pour le voyage. Résultat des courses : un foutoire pas possible dans le bus, avec des caisses jonchant le long des allées et des soutes pleines à craquer. Ajouter à cela une conduite souvent sportive dans ce bus surchargé où nous sommes serrés comme des harengs en caque, et vous aurez un cocktail surprenant, mais typique des trajets en car en Asie du SE. Peu rassurant, mais on s’y fait vite. Chaque trajet en bus est une expérience en soi en tout cas.

Ainsi se termina notre court séjour au Laos, qui restera mémorable à bien des égards.

Benoît

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Vietnam : pour le meilleur et pour le pire (suite)

Pour le meilleur et pour le pire, mais surtout pour le meilleur !

Pour ma part notre retour au Vietnam était mêlé d’une certaine appréhension à causes de certaines expériences, disons un peu malheureuses, que nous venions de vivre quelques jours auparavant. Heureusement, c’est encore dans l’ambiance bien arrosée de pi mai (nouvel an lao) que nous quittions le Laos en bus pour rejoindre Hanoï, capitale du Vietnam. De plus, l’idée de rejoindre notre ami Seb (l’autre cyclo belge), déjà sur place, gommait définitivement les derniers nuages gris de nos pensées.
Néanmoins, je tiens à préciser à l’avance que malgré nos mésaventures déjà racontées précédemment, nous gardons un souvenir positif du Vietnam. Ceci étant dit, laissez-moi vous raconter la suite de notre séjour au pays des rizières.
Arrivés donc à Hanoï en fin de soirée, nous étions heureux de reprendre un peu le vélo pour les quelques 15 km qui nous séparaient de l’auberge. Le calme du centre-ville m’a d’ailleurs surpris ! Ses lacs éclairés, ses temples et ses ruelles m’ont vraiment charmé. A l’auberge, Seb nous attendait de pied ferme et c’est autour d’un bon riz frit et de bières que nous avons échangé nos aventures de cyclo’. Par la suite et à notre plus grand plaisir, l’obtention du visa chinois s’est fait comme pour une lettre à la poste. Incroyable, lui que nous redoutions tant.

Nous en profitons aussi pour visiter la baie d’Ha Long entre amis : lieu incontournable au Vietnam. Si la logistique vietnamienne frôle le bricolage, le décor lui était tout simplement impressionnant. A bord d’un petit bateau sans voile contrairement à ce que nous faisait miroiter les affiches touristiques, nous pénétrions à l’intérieur de ces îles qui s’élèvent quelques centaines de mètres au-dessus de l’eau.

Un petit tour en kayak entre les villages flottants ou les falaises nous permit de dégourdir un peu nos bras un peu poussiéreux depuis que nous utilisons quasi exclusivement nos jambes. La météo était brumeuse ce jour-là, ce qui ajoutait un air mystérieux à cet endroit. Certes, un coucher de soleil ne m’aurait pas déplu, mais la brume avait son propre charme et me rappelait les lochs écossais. Au loin, j’aimais admirer les différentes teintes de bleu que la silhouette des îles offrait au travers du léger voile présent. Quelle sérénité et tranquillité. De quoi se perdre dans ses pensées, pratique dans laquelle je suis devenu expert maintenant !

Le soir venu, amarrés non loin d’un petit port, j’insistai auprès de l’équipage pour la petite baignade que l’on nous avait promise en arrivant. Un petit moment d’hésitation de la part de l’un d’entre eux : « mais l’eau est froide et il fait presque noir … », mais c’est finalement gagné ! Comme des enfants excités à la piscine, nous plongions du haut du pont et recommencions de plus belle à l’étonnement de certains à bord. Le soir venu, c’était parti pour un karaoké bien arrosé !

Le lendemain, sortant de ma cabine, c’est avec surprise et plaisir que je découvrais un autre monde sous un ciel bleu et un soleil radieux. L’eau grise et sombre était alors devenue bleue, les îles montagnes étaient verdoyantes. Une bonne bouffée d’air matinal : « Wouah, on est au Vietnam, dans la baie d’Ha Long ! ». Non que je ne m’en rendais pas encore compte jusqu’à cet instant, mais j’aime me répéter les endroits que l’on traverse de vive voix. En fait, cela me permet de réaliser pleinement ce que l’on traverse tant le changement rythme notre quotidien.

De retour à Hanoï nous avons rencontré Thibaut, coordinateur d’Oxfam au Vietnam, avec qui le courant passa très bien et très rapidement. A notre plus grand plaisir, il nous fit sortir du quartier touristique pour aller manger un bout. Après quelques minutes à le suivre à vélo, lui en moto, c’est à un petit restaurant au coin d’une rue que nous nous sommes arrêtés. Aussitôt assis, il échange quelques paroles en Vietnamien, au plaisir du chef qui trouvait ça assez marrant visiblement. « Du chien, ça vous tente ? » nous demanda-il. Oh que oui ! Nous sommes toujours friands de nouvelles expériences culinaires. Il parait que ça fait suer et que cela purifie. Ma foi heureusement parce que la viande n’est pas extraordinaire … ni mauvaise pour autant. A essayer néanmoins ! Cela ne m’a pas empêché de me resservir à plusieurs reprises. Au cours de cette soirée fort sympathique, on en apprend plus sur son parcours, sur la situation au Vietnam et plus encore. Plus tard, il nous donne quelques tuyaux sur l’itinéraire à emprunter dans le nord du Vietnam avec à la clé, le Saint Graal : un atlas détaillé reprenant quasi toutes les routes du pays !

De temps à autre dans les grandes villes que nous traversons, j’aime me retrouver un peu seul. Alors, comme à Hanoï par exemple, je prends mon vélo, j’attrape le morceau de papier chiffonné qui me sert de carte et hop je file. Je peux dès lors me laisser guider au gré de mes envies. Les rues, les bâtiments et les gens défilent ! Après quelques croisements déjà, je pouvais apercevoir un grand parc orné d’une rangée impressionnante de drapeaux rouges communistes et vietnamiens. Derrière, un bâtiment s’imposait presque à lui tout seul. Carré, massif, le mausolée de l’oncle Ho (Ho Chi Minh) incarne le communisme.

Quelques coups de pédales supplémentaires et je me retrouvais au milieu d’autres parcs, plus verts et plus calme cette fois-ci. Une brève halte me permet de regarder la vie qui s’y déroule. Je décide de continuer un peu et m’enfonce dans de petites ruelles étroites et sinueuses. Même ici, dans ce dédale, les motos ronronnent dans tous les sens. Encore deux croisements, un virage à gauche puis à droite et surprise, je tombe soudain sur un marché on ne peut plus local et à la plus grande surprises des gens présents. Fruits, légumes, viande et insectes. On y trouve de tout ici ! Je m’imprègne de l’ambiance qui règne ici, scrute les détails des maisons (toujours accompagnées de cet emmêlement chaotique de fils électriques !), de la petite vendeuse de fruits, du petit vieux qui fume son « calumet » en terrasse, puis, je repars, tranquillement.

La chaleur de l’après-midi laissait à présent place à une douce moiteur de fin de journée. Seuls les derniers rayons du soleil réchauffaient encore les rues orientées à l’ouest. Les gens s’accumulent dans certaines rues pour boire un verre ensemble ou pour jouer une partie d’un jeu qui m’est encore inconnu. L’ambiance me paraissait en tout cas assez décontractée. A quelques encablures, sur le côté de la route, on y retrouvait parfois des vendeurs en tout genre étalant leur marchandise sur leur moto ou sur leur vélo. Cette fois-là, les petits poissons emballés dans des sacs en plastiques remplis d’eau m’ont plutôt bien surpris !

Enfin, le soir commençait à tomber et avec lui la fraîcheur qui l’accompagne. Aaaaah quel bonheur ! Cela me donnait envie de pédaler encore plus vite, créant d’ailleurs une délicieuse brise sur le visage … quel délice ! A grands coups de pédales, je dépassais les motos, les voitures bloquées, je me faufilais dans le trafic. Ô quel pied ! Quelle plaisir de dépasser tous ces engins à moteur, juste par la force des jambes. Quelle plaisir de sentir ses muscles chauffer, propulsant ma monture à toute allure. Je finis par rejoindre et contourner un autre petit lac afin de pénétrer dans les mille et une ruelles de l’ancienne ville. Les lumières blanches, jaunes ou colorées commençaient à s’allumer un peu partout donnant une ambiance assez typique à chaque rue traversée. Dans l’une on n’y vend que des chaussures, dans l’autre on y mange des choses étranges comme ce sang coagulé agrémenté d’un jus de méduse (on ne saura sans doute jamais ce qu’on y a réellement mangé) et dans une autre on y rencontre menuisiers, artisans ou autres métiers.

On y retrouve aussi les vendeuses de rues. Armées de leur chapeau pointu et de leurs paniers à marchandise qu’elles maintiennent en équilibre, elles sillonnent les rues en quête de clients. Beignets, fruits, sandwichs, mais aussi brosses à dent, dentifrice, peignes et toute la panoplie ! Encore une fois on y trouve de tout chez ces petites vendeuses, à condition bien entendu de croiser celle qui détient ce que vous désirez… Entre nous, ce n’est qu’une question de minutes.

Le dernier jour arriva enfin (j’avais hâte de reprendre le vélo) et c’est après un dernier festin de nems, le ventre plein, que nous sommes sortis de la ville et bien décidés de suivre les bons conseils de Thibaut. Nous avons été tout de suite surpris de la tranquillité des routes que nous empruntions. Pas de voiture ou presque, quel pied ! Et quel changement de retrouver de bonnes cartes comme avant. Nous avons d’ailleurs terminé cette première journée de vélo en beauté, notre compteur affichant 10 000 km au total ! Le lendemain, les collines réapparaissaient tout doucement et avec elles quelques bonnes montées.

Le soir venu, nous avons trouvé refuge dans un petit village chez une famille dont nous ignorons malheureusement toujours les prénoms. Nous avons passé une partie de la soirée dans ce qui nous semble être leur cuisine. En fait bien que leur maison soit en brique et de plutôt belle envergure avec plusieurs étages, intérieur carrelé et perron plutôt imposant, le coin cuisine quant à lui se trouvait à l’extérieur dans un cabanon sur pilotis. Constitué de deux pièces et tout en bambou (on y voyait facilement à travers les murs à certains endroits), nous y accédions donc par une sorte d’escalier-échelle dont les traverses n’étaient autre que de grosses tiges de bambou. Vous l’aurez compris, ce matériau ultra résistant en fait un très bon moyen de construction ici en Asie. D’ailleurs une fois assis à l’intérieur, je réalisais vraiment que l’utilisation de cette plante était omniprésente. Peu importe où je posais mon regard : du bambou, partout ! Le sol, le tapis sur lequel nous étions assis, les cloisons en nattes tressées, les baguettes que nous utilisions pour manger, le « bois » qui alimentait le feu et même la grosse pince pour chipoter à la bouilloire au-dessus des flammes étaient en bambou.

Pour la première fois depuis le début du voyage, si ma mémoire ne me fait pas défaut, je retrouvais les joies du feu ouvert avec son crépitement si caractéristique, sa douce chaleur réconfortante et sa lumière si captivante. Ajoutez à cela un soir étonnamment frais, une bonne fatigue comme celles qui suivent les grosses journées de vélo mais aussi un appétit forgé tout au long d’une après-midi et sur le point d’être rassasié, et vous comprendrez alors mon état de détente et de béatitude que cette atmosphère chaleureuse me procurait. Derrière moi, la fenêtre (ou plutôt le trou volontairement laissé à cet endroit) offrait une très chouette vue sur la forêt tropicale qui dominait les pentes assez raides de cette vallée. Ce petit trip dans le nord du Vietnam s’annonçait plutôt bien et nos mésaventures passées s’estompaient petit à petit dans nos têtes ou tout du moins la mienne. Avant d’aller dormir et à moitié sur le ton de la rigolade, je lance un petit « Bon ! En espérant que la police ne vienne pas nous réveiller cette fois … », ce qui bien entendu arriva !

Complètement dans le gaz, je ne comprenais pas trop si je me réveillais ou si je rêvais toujours. Toujours est-il que la moitié du village – il n’était pas bien grand – était réuni dans la chambre autour de nos hôtes et de notre ami policier. Je rassemble mes esprits, attrape mon passeport, sors de la moustiquaire et rejoins le nouveau comité d’accueil d’un air presque routinier ce qui me surpris, comme si je m’y étais déjà habitué et préparé. Alors qu’Antoine et Benoît émergeaient doucement à leur tour, je recevais déjà ma première question en vietnamien (ou anglais incompréhensible ?) que j’interprétai comme un : « quel est ton nom ? ». Gagné ! Il semblait satisfait après que j’ai ouvert mon passeport en lui indiquant les lignées souhaitées. Finalement plus intéressé par notre route que par nos véritables identités (je n’ai du écrire que nos trois noms sur un morceau de papier), je passai le gros quart d’heure suivant à lui montrer notre itinéraire sur nos cartes du Nord Vietnam. Puis après m’avoir lu une bonne partie des villes et villages présents sur l’itinéraire surligné au fluo (à la fin, j’acquiesçais à chaque nom de village, machinalement, avec pour seule envie de retourner me coucher), il me remercia plusieurs fois et parti d’un air plutôt satisfait après une bonne poignée de main. Je ne me suis pas trop attardé auprès de tous les autres curieux et je me suis aussitôt recouché, content de ne pas avoir eu à refuser ou négocier une quelconque extorsion d’argent.

Au petit matin, nous avons eu droit à un riz sauté d’enfer ! Parfait pour commencer une bonne journée de vélo, et surtout quel délice… La matinée fut particulièrement humide avec une petite pluie fine mais ne m’a pas empêché de me délecter du paysage. Après une bonne mise en jambe sur la route assez raide qui menait au col, la descente nous fit serpenter jusque dans la vallée, passant de village en village et de rizières en rizières. Cette partie du Vietnam me semblait plus pauvre encore, où seulement de rares maisons en briques étaient visibles contrairement à celles en bambou. Les gens que je croisais étaient si souriant et inspirait tellement la joie que n’importe quel homme sur terre, aussi bourru soit-il, ne pouvait s’empêcher de répondre aussi par le sourire. De fil en aiguilles, les rizières laissaient un peu de place à un autre type de culture nouveau pour nous : les plantations de thé. A chaque tournant, à chaque montée, j’attendais impatiemment de voir les fameuses rizières en terrasses, connue pour épouser la forme des vallées et des pentes parfois escarpées du Nord du Vietnam. J’étais donc réjoui de traverser ces cultures de thé qui, avec les jeux de lumières de fin de journée et les différents étages qui les composent, offraient une touche unique au paysage et surtout un avant-goût de ce que j’espérais. Imaginez le vert éclatant des rizières dans le fond d’une vallée fertile et bien irriguée. Puis, sur le côté de celle-ci là où le relief devient plus capricieux, les théiers au vert plus foncé forment des rangées plus distinctes et ondulent un peu comme les courbes de niveaux d’une carte. Ajoutez à cela l’une ou l’autre maison en bambou, perdue au milieu de ces plantations ou en lisière d’une forêt, mais aussi quelques agriculteurs coiffés de leur chapeau pointu et prenant soin de leurs terres. Vous obtiendrez alors un cadre très typique, qui me coupa le souffle à plusieurs reprises.

Ce jour-là notre objectif était de rejoindre le lac de Ba Be, première petite étape de notre tour dans la région. Malgré un relief de plus en plus fort, j’étais en véritable forme olympique. Je fonçais littéralement à l’avant, mes jambes pédalaient de bonne allure et je n’hésitais pas à me mettre en danseuse dès les montées venues. De temps en temps, des écoliers nous accompagnaient entre deux villages. Toujours en pleine frénésie, je me suis lancé dans un tournant en légère montée et debout à chaque coup de pédale pour maintenir ma vitesse au-dessus des 20 km/h. Soudain, un minibus me dépassa et me força à me serrer davantage sur le côté de la route. A quelques mètres devant et en travers, une branche inoffensive à première vue barrait à moitié mon chemin…
Quelques secondes plus tard, pensant l’avoir évitée de justesse …

« CLACK » ma roue arrière se bloque net ! Tout se passe tellement vite, deux secondes, tout au plus. Tout mon élan, toute l’inertie du vélo, toute l’énergie en mouvement était à présent concentrée en un seul point ou presque. C’est-à-dire là où la branche plus épaisse que mon pouce s’était coincée. Par réflexe, j’écrase mes manettes de freins pour éviter trop de dommages mécaniques. OUF, la machine est arrêtée… Pourvu qu’il n’y ait pas trop de casse ! Ne réalisant qu’à moitié ce qui venait de se passer, je contournai mon vélo pour retirer l’objet de malheur. Soulagé de voir mes rayons en bon état, j’essaie d’avancer un peu pour voir si tout va bien. Oulala… c’est quoi ce bruit bizarre quand je roule ? Cela ne pouvait provenir que du garde-boue. Je m’arrête de nouveau et retire tout l’attirail sur mon vélo avant d’examiner les dégâts. AH ! Comment vous expliquer ? C’est comme si l’extrémité de mon garde-boue s’était fait avalé d’au moins dix centimètres vers l’intérieur, entraîné par la rotation de la roue et la branche. Je n’aurais jamais pensé qu’un tel phénomène était possible. Il n’était même pas sectionné, juste avalé ! Comme si on l’avait replié sur lui-même à un endroit pour le raccourcir et gagné quelques centimètres. Incroyable. Evidemment, il était aussi quasiment contre la roue ce qui expliquait le bruit de tout à l’heure. Par où commencer ? Je tire un peu, délicatement puis de moins en moins, rien n’y fait. Tout est à moitié, si pas complètement tordu ! Je commence à détordre un peu dans l’autre sens (oui, oui, c’est ça la réparation de terrain, j’improvise !). Pendant ce temps-là, j’attirais quelques curieux. Un homme, certes bien intentionné, décida d’ailleurs de me venir en aide. C’est alors qu’il se mit à tirer comme un forcené désespéré sur à peu près toutes les pièces de l’arrière de mon vélo. STOP ! Arrêtez ça ! Alors qu’il continuait de tirer sur la gaine des fils électriques de ma lampe arrière, je dois presque l’arracher de mon vélo pour qu’il n’aggrave pas la situation et comprenne que ce n’est pas là qu’il faut agir. Pourvu qu’il ne les ait pas arrachés… Heureusement, plus de peur que de mal. Je chipote cinq à dix minutes de plus et me revoilà parti en direction du lac. Je n’avais plus aucun bruit inquiétant à l’arrière certes, mais mon garde-boue s’en revenait de loin et n’avait plus très fière allure.

Quelques km plus loin, alors que nous entrions dans le parc national de Ba Bê, nous traversions à travers de véritables nuages de papillons. Des centaines ! Non, des milliers de ces Lépidoptères volaient en file indienne, formant des spirales ou des vagues blanches dans les airs. Vraiment incroyable, je n’avais jamais vu ça de ma vie ! Finalement en début d’après-midi, après une superbe descente jusque dans la vallée creusée à flanc de montagne, nous arrivions à notre destination : le lac de Ba Bê. Encore une fois, l’endroit était magnifique, magique, comme sorti d’un tableau surnaturel. Le bleu scintillant du lac contrastait avec le vert éclatant des rizières. On y voyait aussi quelques cabanons clairsemés dans les cultures avec quelques agriculteurs en plein travail. Mais surtout on y voyait ces montagnes alentours imposantes, impressionnantes, encerclant le lac de toute part comme si celui-ci tenait dans le creux d’une main de roches et de pierres. Magique, unique, fantastique ! C’est dans ce décor idyllique que nous avons pleinement profité d’un petit repos bien mérité.

Plus tard en début de soirée, après s’être remis en route vers un endroit où dormir, nous quittions les rives du lac par cette petite route étroite et sinueuse qui se frayait un chemin tant bien que mal dans le relief escarpé… Ce soir-là j’aimais regarder les montagnes animée de temps en temps par les phares d’une voiture ou d’une moto. Tranquillement, les phares réapparaissaient à chaque tournant, dessinant doucement la route qui nous attendait demain. Une chose est sure, nous allions grimper sec !

Comme de fait, les phares de la veille ne nous avaient pas menti … Ça monte, ça monte … et finalement ça redescend (pour encore remonter après). C’est ça le plaisir du vélo en montagne ! Bon, parfois, la montée ne semble jamais se terminer comme celle en début d’après-midi. Les panneaux indiquaient : attention, pente 10% sur 800m. Soulagé d’arriver à terme, un même panneau indique hélas la même chose ou presque… Et ça continue comme ça parfois sur plusieurs kilomètres. Alors qu’on pense arriver au sommet après le prochain tournant, la route ne fait qu’en fait de s’allonger d’autant plus et les montagnes ne font qu’aller plus haut, encore plus haut ! Ouf ! Nous y sommes. Le col une fois atteint, c’est une vue grandiose et sauvage qui nous attendait, et une sacrée descente !
Alors que la route 66 est associée aux Etats-Unis, la route 279 restera à jamais gravée dans nos mémoires concernant le Vietnam ! Nous étions donc dans cette sacrée descente. Très brève … Pas la descente non, mais sa portion en bon état ! Stoppés dans notre élan, c’est une route à moitié en construction (ou destruction ?) qui s’offrait malheureusement à nous. Une petite hésitation car, il faut l’avouer, à l’époque nous n’étions même pas sûr d’être sur la bonne route. Les indications faisaient un peu défaut (bornes kilométriques présentent mais complètement vierges) et les gens avec qui on communiquait n’étaient pas forcément très convaincants. Imaginez-vous demander votre chemin avec comme direction un village à plus de 100 km, une route pas marquée, et sans qu’un seul mot prononcé ne soit compris par la personne interrogée… Bref, ce n’est pas toujours gagné et bien souvent il faut prendre les informations avec des pincettes et recouper différentes sources. Voilà comment on se retrouve en plein doute à monter des pentes à plus de 10 % qui mènent à des portions de route complètement impraticable. De plus, parce que bien trop souvent on préfère aller voir un peu plus loin plutôt que de prendre la décision de faire demi-tour, on s’est donc armé de courage et nous avons descendus les différents tronçons anéantis qui, entre nous, étaient impossible à remonter (sur le vélo en tout cas). Une fois tout en bas, nous contemplions un peu le parcours du combattant que nous venions de descendre. J’avais d’ailleurs un peu l’impression qu’une sorte de piège venait de se refermer derrière nous. Bien sûr il n’est jamais trop tard pour faire demi-tour, mais plus nous avancions et plus il était difficile de prendre cette décision. Alors dans ce cas et toujours dans le doute quant à la route empruntée, que fait-on ? Eh bien on continue en avant pardi ! Pour se donner raison, on essaie tout de même de peser le pour et le contre. L’argument de la route impraticable que nous venions de traverser (dès lors à remonter) pesait très lourd dans la balance et en défaveur du demi-tour !

Pour se donner un peu de courage et surtout pour éviter la chaleur accablante qui régnait dans cette fournaise, on décida que le moment était propice pour faire la pause casse-croute à l’ombre. Rapidement, les enfants affluèrent de partout. D’abord un ou deux. Trois, puis quatre. Un peu timides au début, puis très rapidement la glace est brisée. Antoine est assiégé de petits écoliers, tous plus intrigués les uns que les autres par nos vélos, nos cartes et évidemment nos têtes de blancs ! Voyant que nous nous apprêtions à nous remettre en selle, les enfants (dont certains à vélo) se rassemblèrent en une ligne de départ. Quelques instants plus tard, des éclats de rires et des encouragements fusaient de toute part, le départ venait d’être lancé ! Les courageux supporters qui couraient derrière nous ont vite été semés alors que nous continuions notre route avec les jeunes mais téméraires petits cyclistes vietnamiens. Je me suis toujours demandé comment ils parvenaient à pédaler sur ces bicyclettes pour adulte. La selle souvent bien trop haute, c’est en danseuse qu’ils progressent avec les bras tendus sur un guidon lui aussi trop haut et qui oscille parfois dangereusement de gauche à droite. Bref ça vaut le détour et ils s’en sortent plutôt pas mal, chapeau les petits gars !

Plus loin, la route redevenait chaotique et annonçait la fin de notre escorte. Nous arpentions d’ailleurs ce chemin au plus grand étonnement des travailleurs. Alors qu’Antoine était victime d’une crevaison et en pleine réparation, j’en profitai pour partir en éclaireur en quête de plus d’information sur cette satanée route. Suant à grosse goutte, j’ai décidé de m’arrêter dans un camp d’ouvriers un peu plus loin pour profiter d’un peu d’ombre et puis aussi de leurs bons conseils. Malgré les gestes, les croquis, les mimes, difficile de comprendre clairement ce qui nous attendait. Certes j’avais bien saisi qu’ils nous prenaient un peu pour des fous et qu’ils nous recommandaient plutôt de retourner de là où nous venions, mais nous étions bel et bien entêtés d’aller de l’avant ! Surtout, les « seuls » vingt ou vingt-cinq kilomètres de route en très mauvais état, selon eux, entretenaient en nous cette lueur d’espoir et cette obsession de ne jamais reculer. Notre décision était prise, nous voulions surmonter cette route ! Les termes « très mauvais » ne sont d’ailleurs pas totalement corrects pour qualifier l’état de cette route qui n’existait pas encore vraiment. Quand j’en parle aux autres, j’aime utiliser les mots « chaotiques » ou encore « désastreux». Jugez-en par vous-même … 😉

Néanmoins cela n’empêchait pas notre moral, le mien tout du moins, d’être au plus haut. Nous retrouvions les joies du camping sauvage et les paysages étaient splendides et rien qu’à nous (ou presque) tellement ils étaient inaccessibles. Petit à petit, elles se profilaient… Elles se dessinaient au loin avec leurs courbures tranchant le vert de chaque étage cultivé. Les rizières en terrasses ! Fascinantes et captivantes, elles que j’attendais tant se dévoilaient totalement une fois un peu de hauteur acquise. J’en étais ému tant leur beauté et leur ingéniosité m’émerveillait. J’en oubliais d’ailleurs l’état de la route.

Alors que nous progression lentement mais surement, ce qui devait arriver arriva ! Non, nous n’avons pas cassé nos vélos. Non, nous n’étions pas bloqués. Non, nous n’avons pas rebroussé chemin… Du macadam ! Victoire ! Et une borne kilométrique, toujours vide d’indications … Si les quelques dizaines de kilomètres précédents représentaient sans aucun doute l’enfer des cyclistes, ce qui s’annonçait devant pouvait définitivement être assimilé à quelque chose de paradisiaque ! Une longue descente, des panoramas fantastiques et une route de qualité.

Ce véritable petit paradis cycliste se poursuivit jusqu’en fin de journée où la météo pris soudainement des allures totalement différentes. Nous venions de souper, j’étais déjà de retour à l’auberge alors qu’Antoine et Benoît cherchaient un WIFI en rue pour profiter d’une petite séance Skype. Soudain, panne d’électricité. Les gens s’agitaient dans l’auberge, le vent grondait à l’extérieur et la pluie était impressionnante. De leur côté, surpris par la rapidité des événements,  Antoine et Bob n’ont eu d’autre choix que de s’abriter le temps que la tempête se calme. Des panneaux volaient même par moment. Une fois un calme relatif plus ou moins rétabli, ils me rejoignirent après avoir traversé la rue à présent sinistrée…

Le lendemain, nous poursuivons notre route. La tempête avait arraché beaucoup de branches voire fait tomber des arbres. Pire encore, beaucoup de toits n’avaient pas résisté à la force du vent. Dans tous les villages où nous passions, les gens réparaient, déblayaient, aidaient. Vingt-cinq kilomètres plus loin, on nous annonce que le sentier que nous voulions emprunter s’est effondré. Du moins, c’est ce que nous comprenons. Cette fois-ci, rassasiés de pousser ou porter notre vélo dans d’épouvantables conditions, nous avons pris la sage décision de rebrousser chemin quitte à faire un détour de plus de 100 km sur la seule autre route allant dans la bonne direction.

Que bien s’en fasse ! Non pas pour l’auberge où nous avons passé la nuit qui frisait la maison de passe, mais bien pour la découverte de cette majestueuse chute d’eau. En fait, alors que nous étions à l’arrêt, un groupe de jeunes vietnamiens criait au loin et nous faisait signe de venir. Apercevant déjà les prémisses de ce qui nous attendait, c’est ni une ni deux que nous avons cadenassé nos vélos ensemble. Suivant nos guides agiles, l’accès à la chute nécessitait un peu d’escalade. Dès notre arrivée en haut, la magie des lieux nous imprégnait de toute part. Jamais je n’ai vu une cascade aussi belle, aussi idyllique et fantastique. Franchement, j’ai encore du mal à y croire tant cet endroit me parait tout simplement irréel. L’eau coulait des parois inclinées sur des dizaines de mètres et chutait dans une sorte de piscine naturelle et assez profonde pour y faire le saut de l’ange. Au bout de celle-ci, une petite anfractuosité creusée sous la chute était accessible à la nage et où l’on pouvait y découvrir les gravures des quelques tourtereaux du coin. La jungle qui nous entourait laissait passer quelques rayons lumineux qui éclairaient certains endroits, un peu comme un spot sur scène qui éclaire l’acteur de la pièce. En plus de cela, il y’avait dans ces halos lumineux des spirales de papillons blancs virevoltant tranquillement, profitant sans doute de la chaleur exquise offerte par la lumière. Quant à nous, nous profitions clairement de notre chaine TV naturelle et du spectacle qui se jouait sous nos yeux : un vrai régal !

C’est ainsi que nous avons clôturé en beauté notre séjour au Vietnam. Enfin presque. Selon moi, nous l’avons plutôt bouclé le lendemain en présence de quelques jeunes. Nous étions tranquillement entrain d’acheter des ananas pour une petite pause avant la frontière chinoise quand on nous invita à boire un verre. « Un » verre, façon de parler ! Deux, trois, quatre, et j’en passe. Cela n’en fini presque jamais avec ces culs-secs d’alcool de riz. Ouf, quelques minutes plus tard, le bol rempli était à présent vide. Alors que nous pensions être sauvés d’affaire, c’est avec un grand sourire que nos amis sortirent leur réserve personnelle : un bidon de 20 L rempli presque à ras bords…

FIN !

-Benjamin

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