Voyage dans l’Empire du Milieu : de la Cité Interdite à la Grande Muraille de Chine

Contre toute attente, le passage de la frontière « Vietnam-Chine » fut une simple formalité, expéditive qui plus est ! Nous ne pouvons pas en dire autant de l’obtention du visa chinois en lui-même, dont la demande ne peut se faire que dans certaines villes et à grand renfort d’informations personn
elles, sans quoi elle se voit refusée.

Légèrement ébahis de rentrer dans ce pays sans encombre, nous nous mettons en quête d’une auberge où passer la nuit. Notre paquetage volumineux et nos têtes de touriste sont un atout : un rabatteur nous repère et devine nos envies, emmenant Antoine visiter une chambre. Pendant ce temps, Benjamin essaye de se renseigner dans un autre établissement. Il finit par rentrer bredouille, car incapable de se faire comprendre. Ce qui nous amuse toujours beaucoup dans ce genre de situation, c’est que nos interlocuteurs insistent dans leur langue sans chercher à trouver d’autres moyens de communications, allant même jusqu’à nous écrire en chinois comme si l’écrit nous paraîtrait plus clair que l’oral. Peu de temps après, Antoine, qui n’avait rien demandé et s’était fait entraîné dans une autre rue, revient pour nous dire que l’endroit est parfait.

Une fois installés et rafraîchis, nous partons manger un bout dans la rue. En chemin, Benjamin négocie pour des caleçons. Soupçonneux sur la taille réelle indiquée sur la boîte, il préfère opter pour une taille XL, censée être européenne, mais il se retrouvera avec quelque chose se rapprochant du S. Inutilisable pour lui, dommage !
Après avoir arpenté quelques rues commerçantes, nous tombons sur ce que nous cherchions : des échoppes fumantes, présentant des buffets, et quelques tables basses qui ont la particularité de toujours nous faire dépasser nos genoux au-dessus de la table, nous éloignant ainsi un peu de nos assiettes dans une position peu confortable pour manger avec nos baguettes. Nous voyons toutes sortes de plats, intriguants à nos yeux, probablement appétissants pour les Chinois : oisillons entiers dans des petits pots, oeufs mouchetés contenant des embryons d’oiseaux ayant déjà leurs plumes, larves, insectes grillés, … Heureusement qu’il y a des mets moins exotiques à côté, à base de riz, légumes et viande ! Nous goûterons tout de même aux insectes grillés, juste pour le fun.

Le lendemain, nous prenons un de ces fameux bus-couchettes pour nous rendre à la ville de Kunming où nous pourrons embarquer pour un train qui nous mènera à Pékin. Hé oui, comme je vous le disais lors de l’article sur la Malaisie, il nous a fallu réviser notre itinéraire de base et faire des choix. Nous avons finalement décidé de traverser la Chine de part en part sans y faire de vélo, si ce n’est une halte d’une dizaine de jour pour visiter Pékin et la grande Muraille en attendant notre visa pour la Mongolie.
Une fois à Kunming, il nous faut nous repérer, car la ville est gigantesque, comme la plupart des villes chinoises. Il faut bien se rendre compte de ce que c’est que la Chine : 1,3 milliard d’habitants. Un sixième de la population mondiale. Plus de 100 fois la population de la Belgique. Certaines villes chinoises abritent ainsi plus d’âmes que notre pays, comme Pékin (13 millions) ou Shangai (environ 20 millions). Et La plupart des villes de Chine dépasse le million d’habitants. Il ne faut donc pas se fier aux apparences : ce qui peut paraître une petite ville de campagne à nos yeux sur la carte est en réalité une mégapole plus grande que Bruxelles. D’où la nécessité de nous procurer un plan une fois sur place, afin de nous y retrouver. Il est midi, et nous décidons de rejoindre le centre-ville pour trouver de plus jolis quartiers et avoir plus de choix dans les auberges. Cela nous prend l’après-midi, et nous voilà à peine arrivé qu’il est l’heure de souper ! Nous optons une fois de plus pour un restaurant-buffet où le choix ne manque pas. Nous avons la chance de nous faire conseiller par une Chinoise de la table d’à-côté, qui parle un excellent anglais et qui me fait goûter à plusieurs spécialités locales parmi leurs plats.

Maintenant le ventre plein, il s’agit de se trouver un gîte. D’habitude, nous repérons ce genre d’endroit facilement, ou alors, comme la veille, ce sont les gens qui viennent à nous. Mais ici, en plein centre-ville, nous ne voyons que de gigantesques hôtels aux enseignes luxueuses, dépassant de loin notre budget « nuitées sous dur ». Il nous faut déjà un petit temps avant d’arriver à déchiffrer le mot « hôtel » en chinois, dont les caractères nous sont totalement étrangers (car au Vietnam, nous avions au moins quelques points de repères). Ensuite, à force de tourner en rond sans succès, la nuit tombant, nous commençons à demander à d’autres touristes. L’un nous indique un endroit que nous ne parvenons pas à trouver. D’autres sont logés bien trop loins, ou dans des hôtels trop chers pour nous. Il est maintenant 21h et plus que temps de trouver quelque chose. Refusant obstinément de débourser 150€ pour une simple chambre, nous cherchons des solutions. Je vois une sorte de kiosque avec un ordinateur à l’intérieur, et vais demander si nous pouvons l’utiliser. Pas de problème. Au bout d’un quart d’heure passé sur le net, nous en ressortons, avec 3 adresses d’auberge bon marché. Après une demi-heure de recherches infructueuses de la plus proche d’entres-elles, nous partons en quête d’une autre. Notre souci, c’est que l’échelle de notre plan n’est pas assez précise pour nous localiser dans les petites rues du centre. Nous nous acharnons ainsi, pendant deux heures, à trouver cette satanée auberge. Cela nous donne l’occasion de faire une petite balade nocture dans cette ville aux allures de Las Vegas tant les néons et les écrans de publicité éclairent notre route ! Finalement, nous touchons au but, je monte à la réception pour demander trois lits. Et non, raté : tout est full ce soir. Il est près de 23 heure, il est trop tard pour se mettre à la recherche d’autre chose. Nous avions trouvé 5-6 autres auberges au cours de nos recherches, mais elles étaient pleine à chaque fois. Que faire? Dormir dans la rue? Trop dangereux. Rester éveillé dans un coin où il reste un tant soit peu d’activité pour limiter les risques d’agression semble être la seule solution raisonable. Vers minuit, Benjamin tente quand même de négocier un coin de salle dans un restaurant sur le point de fermer ses portes, s’aidant de dessins et de mimes. La demande est trop incongrue que pour être acceptée, mais il réussit tout de même à susciter un peu de compassion pour notre triste sort. Un Chinois appelle une connaissance à lui, qui tiendrait une sorte de dortoirs où il resterait un peu de place (du moins, c’est ce que l’on comprend). Minuit et demi. Vaille que vaille, nous n’avons rien de mieux à nous mettre sous la dent et nous décidons de voir à quoi ressemblent ces fameux dortoirs. Sur le chemin, prêts à passer une mauvaise nuit dans le froid de la rue, nous nous arrêtons à la vue d’un hôtel. Le hall à l’air plutôt chicos, mais toujours plus abordable que les grands hôtels de luxe visités précédemment. On entre, et nous n’osons pas croire à notre chance : 8€ la nuit par personne, trois lits dans une chambre luxueuse, à la salle de bain (avec douche !) majestueuse, pantoufles comprises dans le lot. Nous avions même accès à internet. Et je ne vous parle pas de la qualité de la draperie, jamais je n’ai dormi dans lit plus douillet et draps plus soyeux. Exténués et heureux de l’issue de la soirée, nous tombons comme des masses pour plonger dans les bras de Morphée.

Le lendemain, après avoir dormis comme des loirs, nous partons pour la gare de Kunming, espérant trouver un train dans la journée en partance pour Pékin.  Nous avions lu toutes sortes de mise en garde sur internet, comme quoi mieux vaut se munir au préalable de quelques mots-clef en chinois pour faciliter l’achat des tickets, car ne personne ne parle anglais dans les gares. Ou encore, une amie m’avait prévenu que le réseau féroviaire chinois est l’un des plus chargé de la planète et qu’il est préférable de réserver son ticket à l’avance pour éviter les mauvaises surprises. Malheureusement, il est quasi impossible pour nous de réserver nos tickets avant d’être sûrs de la date de départ, c’est-à-dire une fois sur place. Quant au chinois, ça ne nous fait pas peur : on s’est bien débrouillé comme on pouvait avec le thaïlandais, le khmer, le lao et le vietnamien, pourquoi aurions-nous plus de difficulté une fois en Chine?
Curieux de voir quel genre d’obstacle nous devrons surmonter, nous entrons en gare. Au point d’informations, tout se passe pour le mieux : le personnel parle un peu anglais, et nous donne toutes les informations nécessaire pour expédier nos vélos dans le même train que nous. Finalement, c’était comme pour le visa : aucun problème ! Nous avions juste à attendre 12 heure avant d’embarquer pour notre train. Après cela, 38 heures de trajet (deux nuits à passer donc) enfermés dans nos wagons. Bien entendu, nous avions opté pour la catégorie « hard seat », la moins chère de toute. Quoique, il est aussi possible d’acheter des places « debout » quand toutes les places assises sont vendues, mais nous ne sommes pas économes au point de devenir masochistes. Sans compter qu’on traîne chacun nos 5 sacoches, nos deux tentes,nos gros sacs et notre moustiquaire dans la foulée, ce qui fait un paquet de paquets à caser tant bien que mal dans le wagon. Vous imaginerez facilement les regards amusés des autres passagers qui observaient le drôle de cortège que nous formions avec tous nos sacs, clopinant comme nous pouvions sous le poids de toutes nos affaires.

Ouf, nous sommes finalement installés, toutes les affaires sont casées sans aucun risque de chute sur la tête de nos voisins et nous voilà partis pour un long trajet vers la capitale. Quand ils disent « hard seat », ils ne mentent pas : le siège est dur comme fer et il est impossible de s’affaisser pour essayer de dormir, nous sommes obligés de rester droit comme des piquets. Vous vous en doutez, nous n’aurons pas très bien dormi au cours de ces deux nuits… Mais il y a pire. Certains passagers passent une grosse partie de la nuit debout, n’ayant pas pu acheter de siège. Il nous semble que, par solidarité, une sorte de tournante s’organise avec d’autres passagers à place assise, mais nous n’en sommes pas certains. Leur situation, assurément, est moins confortable que la nôtre, et nous n’avons pas de quoi nous plaindre. Nous étions bien sûr les seuls Occidentaux du wagon. Autrement dit, l’attraction du coin. Un chinois sympathique mais surexcité se met en tête de nous apprendre un jeu de carte de chez eux. Ce qui attire un cercle de curieux tout autour de notre banquette. Il n’arrête pas de nous parler en chinois sans que l’on saisisse un traître mot de ce qu’il nous raconte. Dans ce genre de situations, on hausse les épaules, on répète les mots avec une note interrogative dans la voix comme si cela allait comme par magie leur donner un sens, et on fait la moue-de-celui-qui-ne-comprend-pas. Au bout de plusieurs minutes, si la personnes persiste à nous parler dans la langue comme si nous saisissions tout ce qu’elle dit, on acquièsce poliment et on se met à lui répondre en français pour nous donner l’illusion d’un semblant de dialogue (et aussi pour faire prendre conscience à l’autre que non, on ne parle toujours pas sa langue !).
Dans la foulée, on comprend tout de même quelques règles du jeu de carte, qui semble être une variante de notre « président ». Antoine à force d’acquiescer, a fini par donner l’impression qu’on maîtrisait le chinois sur le bout des doigts. Les gens autour de nous jouent à notre place en nous prenant les cartes des mains tout en commentant bruyamment le jeu, et tout le monde rigole. Finalement, une fille qui arrivait à nous traduire un peu les règles en anglais, finit par nous demander : « Mais est-ce que vous comprenez au moins un peu ce qu’on vous dit? ».  » Non, rien du tout », lui répondons-nous en rigolant tant la situation nous dépasse. Ce qui, une fois de plus, fait bien rire l’assemblée.

Une fois arrivés à Pékin, nous récupérons nos vélos et nous préparons à partir. Soudain, Antoine s’arrête net, regardant ses mollets et ses chevilles. Ils ont triplés de volume ! Ce qui n’est pas rien, dans le cas d’Antoine ! Benjamin et moi nous auscultons à notre tour : pareil ! Trop longtemps restés assis dans la même position, nous faisions de la rétention d’eau, avec pour effet indésirable des mollets et des chevilles d’obèse. Très moche et un peu inquiétant, mais rien de bien grave en somme.

Pékin est à l’image de la Chine : gigantesque, démesurée. Cette ville, fort « réamménagée » à l’occasion des JO de 2008, est un véritable paradis pour les cyclistes. Sur les gros boulevards à 12 bandes, les pistes cyclables sont plus larges qu’une autoroute belge. Quasi toutes les rues de la ville sont dotées de pistes cyclables protégées par des barrières. Les rues sont toutes très bien indiquées par des panneaux, et leur nom est écrit à la fois en mandarin et en anglais. La circulation y est très organisée. Il y a même des agents pour les passages pour piéton, qui indiquent quand on peut marcher dessus ou bien quand les voitures doivent y aller. Cela pourrait sembler superflu étant donné que le marquage au sol est très clair et que les feux de signalisation fonctionnent bien. Mais sans eux, les carrefours sont tellement grands et les temps d’attente tellement longs que la circulation virerait vite au chaos du côté des deux-roues et des piétons, trop impatients de traverser. En tout cas, ils sont bien rigolos, ces bénévoles en uniforme, avec leur sifflet. Et puis, cela rajoute une dimension humaine, dans ce flot de machines vrombissant. Malheureusement, ce sont surtout des retraités qui s’occupent de cette tâche, et certains pensent que le métier finira par disparaître dans les années à venir…

Nous rejoignons notre auberge, « La grenouille à trois pattes », qui nous servira de camp de base pour notre séjour dans la ville. Au programme : faire le visa mongole, se renseigner pour le visa russe, rencontrer Nathalie et Julien, deux amis belges à moi vivant depuis presque 2 ans dans la ville, visiter un max et faire un petit tour du côté de la célèbre Muraille de Chine.
Notre auberge se situe dans un « Hutong » une vieille ruelle piétonne. Ils sont un peu le coeur de la ville, on les trouve partout dans le centre et on y trouve un peu d’authenticité, hors de ces grandes artères commerciales qui sont devenues la norme récemment. Il y en a plus de 2000, mais ils tendent à disparaître petit à petit au profit de quartiers réamménagés, plus larges et plus modernes. Dans notre hutong, les mini-restaurants foisonnent, et nous nous régalons de dumplings (beignets fourrés à la viande ou aux légumes et cuits à la vapeur), de nouilles sautées, de riz sautés, de soupes, de poulet sauce aigre-douce, de grillades de toutes sortes, et j’en passe et des meilleurs. Notre côté aventurier ne nous a pas quitté, et nous nous essayons à des mets plus exotiques : brochettes de gésier et de coeur de poulet, sandwich au ver à soie grillé, cou de canards comme amuse-gueules, …
La ville ne manque pas non plus d’attractions touristiques, et nous devons faire un choix dans nos visites. Nous nous décidons pour la place Tian an men et la légendaire cité interdite pour commencer. La place est vaste et imposante, et le portrait de Mao nous domine non loin de la Cité Interdite. Cet ensemble de bâtiments constituait autrefois les quartiers de l’Empereur et de sa suite. L’accès y était interdit au peuple, d’où le nom. Toutefois, aujourd’hui, les lieux n’ont plus rien d’interdit et sont plein à craquer : nous sommes noyés dans une marée de touristes. A nouveau, le site est immense ( plusieurs dizaines d’hectares) et il faut plusieurs heures pour le visiter en le traversant d’un bout à l’autre. Il est très impressionnant de se pavaner au sein de ces cours gigantesques. Même si ce n’est pas là notre type de tourisme préféré, nous apprécions la visite de ces lieux mythiques, empreints d’histoire.

Pour notre deuxième grosse visite touristique, nous avons décidé d’aller nous pavaner au Palais du Ciel. La majorité des bâtiments construit sont des temples, érigés pour célébrer différents rituels afin de s’attirer la prospérité de l’année à venir. Les cérémonies étaient nombreuses et très codifiées. Cette complixité rendait la tâche délicate à l’Empeur, qui, au moindre pas de travers au cours du rituel annuel, encourait le risque d’attirer toutes sortes de malheurs sur son peuple et son pays. A nouveau, la démesure est le maître-mot et il faut beaucoup marcher pour se rendre d’un temple à un autre.Heureusement, cette fois-ci, nous pouvons déambuler à l’ombre des arbres du grand parc occupant une majeure partie de l’enceinte pour rallier les différents palais. D’ailleurs, nombres de locaux se rendent quotidiennement dans ce parc, pour se relaxer, s’y promener ou suivre des cours de yoga ou de tai-chi au petit matin.

Ensuite, nous nous sommes rendus à l’ambassade mongole, et on nous apprit qu’il nous faudrait attendre une semaine entière pour obtenir notre visa. Juste le temps qu’il nous faut pour organiser une petite excursion du côté de la Muraille, super !
On fait le plein de sachets de nouilles instantanées, et grâce à son astuce, son génie de l’informatique, et sa débrouillardise, Benjamin réussit à nous bricoler quelques cartes via Google maps et à les faire imprimer en gros format chez un imprimeur, à deux pas de notre auberge. La scène mérite d’être décrite. Nous avons passé un quart d’heure à communiquer, par plateforme de traduction en ligne interposée, pour exprimer nos envies. C’est beau, la technologie !

Ensuite, nous nous sommes rendus à l’ambassade mongole, et on nous apprit qu’il nous faudrait attendre une semaine entière pour obtenir notre visa. Juste le temps qu’il nous faut pour organiser une petite excursion du côté de la Muraille, super !
On fait le plein de sachets de nouilles instantanées, et grâce à son astuce, son génie de l’informatique, et sa débrouillardise, Benjamin réussit à nous bricoler quelques cartes via Google maps et à les faire imprimer en gros format chez un imprimeur, à deux pas de notre auberge. La scène mérite d’être décrite. Nous avons passé un quart d’heure à communiquer, par plateforme de traduction en ligne interposée, pour exprimer nos envies. C’est beau, la technologie ! Notre carte en poche, nos nouilles dans le sac, il ne restait plus qu’à partir. Nous avons roulé pendant plus de 50 km pour sortir de cette ville tentaculaire. Enfin sortis de la zone urbaine, certes, mais pas de la pollution pour autant. Nous éprouvons tous des difficultés à respirer, et sommes pris en début d’après-midi de quintes de toux. Antoine, est le plus touché, peut-être à cause du pollen de peuplier qui virevolte par nuages entiers un peu partour dans l’air. Cela nous force à nous arrêter plus tôt que prévu, mais nous trouvons un bon endroit où camper, à l’abri des regards et offrant une belle vue sur la vallée que nous sommes en train de remonter.

Le jour d’après, nous passons près de ruines de la Muraille, non indiquées par les guides et vides de tout touriste exceptés quelques Chinois retraités. L’endroit est sympathique, malheureusement, depuis hier, la vue est bouchée par une sorte de brouillard épais, peut-être dû à la pollution. Le moment fort de notre excursion aura lieu le lendemain, sur une portion de la muraille partiellement restaurée et censée être fermée au publique. D’emblée, nos vélos garés, nous voyons directement des panneaux signalant qu’il est interdit de grimper sur la muraille pour s’y promener. Aïe, que faire? Essayer un autre tronçon un peu plus loin? Au loin, nous voyons que plusieurs touristes marchent quand même dessus. Nous nous décidons. Gardée, l’entrée l’est, mais par un portier qui touche sa commission, avec un panneau fait maison indiquant un prix d’entrée équivalant à 1€. Au-dessus de la tête du garde, un panneau bien plus officiel, renouvellant l’interdiction de monter sur ce tronçon. Ok, on voit le genre… Nous payons, et commençons à grimper. C’est sportif ! Après avoir escaladé la colline jusqu’à la base du mur, nous empruntons une échelle métallique relativement étroite pour entrer dans l’une des tours de garde par l’équivalent d’une meurtrière. Puis l’ascension continue. La muraille épousant la crête de la montagne, certains passages sont fort abruptes, dépassant aisément les 12% d’inclinaison. Parfois, le sol est uniforme, d’autres fois, il y a des marches de hauteur inégales, ce qui rend la progression plus difficile. Certains tronçons sont particulièrement escarpés. Nous continuons de monter encore et encore jusqu’à atteindre le point de culminant, offrant une vue dégagée sur les alentours. Quel spectacle que de contempler ce serpent de pierres sinuant dans la végétation des montagnes environnantes. Nous voyons des sections du murs parallèles, qui se perdent dans le lointain. Il faut savoir que Muraille n’est pas faite d’un seul mur, traversant la Chine d’un point à un autre, mais constitue plutôt un réseau murailles parallèles qui se rejoignent par endroit, parfois interrompu par des barrières naturelles comme des falaises ou des rivières. D’est en Ouest, la longueur totale maximale est de 7200 km, barrières naturelles comprises. On estime généralement que le Mur a nécessité des centaines de milliers de travailleurs, la plupart étant des prisonniers. Le Mur avait pour fonction première de stopper les maraudeurs nomades du Nord, les Huns et les Mongols. Par la suite, il a aussi servi de voie de transport pour les armées, et également comme moyen de communication par le biais de signaux de fumées et de coups de canon.
Je pousse l’exploration un peu plus loin que Ben et Desch, désirant atteindre un autre point de vue qui semble donner sur un morceau très raide du mur. Je ne suis pas déçu de faire cet effort supplémentaire, récompensé par la beauté de lieux et la satisfaction personnelle d’avoir réussi à grimper jusque-là. Ce n’est qu’une fois sur le mur que l’on peut apprécier la beauté de la construction et entrapercevoir le travail titanesque qu’elle représente. Toutes ces pierres ont été amenées ici, au sommet des montagnes, sur ces milliers de km, par la seule force des bras… Y penser me donne le tournis.
Ravis de notre visite, nous redescendons vers nos vélos pour rentrer sur Pékin.
Nous récupérons nos passeports, et passons notre dernière soirée à Pékin en compagnie de Nathalie et Julien. Nous garderons d’excellents souvenirs de cette soirée passée à jouer à des jeux de société et à déguster de délicieux chocolats Galler et des Chokotoffs. Décidemment, rien ne vaut le chocolat belge, surtout partagé entre amis. Terminant ainsi notre séjour en Chine sur une note plus que positive, nous prenons le train le lendemain pour nous rendre en Mongolie.

 

Benoît

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La tête dans les étoiles, le clapotis de l’eau dans les oreilles

NOUVELLE : nous jouons de malchance avec la technologie, et notre ordinateur portable est présentement victime d’un virus qui le rend complètement inutilisable, du moins temporairement. Nous risquons donc de ne plus pouvoir poster de vidéos d’ici notre retour, cela exigeant du temps, une conversion de fichiers et l’utilisation d’un logiciel particulier. Par contre,  les photos devraient suivre tôt ou tard, les solutions ne manquent pas à ce niveau-là. Il vous faudra peut-être attendre un peu pour les photos de nos hôtes et des nos milliers de km. Nous tâcherons aussi de rattraper la narration de notre voyage pour être à nouveau à jour en entamant l’Europe. Nous trouverons bien le temps de rédiger manuscritement nos péripéties chinoises et mongoles au cours des 5 jours de trains que nous passerons dans le transsibérien, dans lequel nous embarquerons dans quelques heures.

NOTE : en raison de certaines circonstances, l’article de nos aventures au Nord-Vietnam fut posté récemment par Benjamin avant celui du Laos (qui suit ci-dessous). Hors, chronologiquement parlant, notre itinéraire fut « Vietnam-Laos-Vietnam ». Le récit qui suit se situe donc temporellement entre les deux derniers publiés. Je tenais juste à éclaircir ce point pour plus de clarté pour votre lecture. Enjoy ! 🙂

Notre brève incursion au Laos

Comme l’expliquait précédemment Antoine, c’est avec soulagement que nous sommes entrés au Laos. Les quelques déboires condensés en l’espace de 3 jours de route au Vietnam nous avaient rendus envieux de changer d’air. De plus, après de tels incidents, il devient difficile de rester aussi ouvert aux rencontres du quotidien. Devenu méfiant, je me rendais compte que je ne profitais plus pleinement de l’instant présent et bien que conscient de cela, je n’arrivais pas à surmonter totalement cette barrière psychologique.

D’entrée de jeu, tout s’annonçait sous les meilleures auspices pour notre séjour au Laos. Nous voilà à peine de l’autre côté de la frontière que l’on nous offre de l’eau chaude pour les nouilles instantanées au magasin le plus proche. Ensuite, un homme baragouinant un peu d’anglais vient nous proposer de partager un pot avec lui. Après réflexion, c’est à contre-coeur que nous avons refusé son offre, car le jour déclinait et nous ne savions toujours pas où dormir. Pour finir, au moment de nous en aller, nous avons droit à une dégustation de belles brochettes de viande et de légumes qu’un groupe de personnes faisait griller paisiblement sur un barbecue.

Repus et heureux, c’est donc dans une excellente disposition d’esprit que nous avons entamé ce nouveau chapitre de notre aventure asiatique. Pour couronner le tout, nous nous en allâmes sous un feux d’artifice de rose, d’orange, de mauve et de violet, excellent spectacle de mise en bouche qui ne pouvait qu’augurer que du bon.

Après une vingtaine de kilomètres dans le noir de la nuit qui nous avait rattrapé, nous finissons par atteindre ce qui était maintenant devenu pour nous une sorte de seconde maison : un temple bouddhiste. Nous avions bien cherché à éviter de rouler de nuit, mais de même que pour nos quelques nuits passées au Vietnam, les personnes auxquelles nous nous adressions nous refusaient l’hospitalité. Sur le moment, cela vexait toujours un peu. D’accord, nous ne sentons peut-être pas la rose, et certes, nous avons peut-être des grosses barbes, mais tout de même, nous n’avons pas l’air de brigands pour autant ! Et puis, on demande juste un petit carré de terre pour poser la tente, pas plus. Mais par la suite, nous avons compris que cela n’était pas dans les moeurs des laotiens. Il se peut même qu’à l’instar du Vietnam, l’état exige des habitants qu’ils signalent la présence d’étrangers dans leur demeurre quand ils les hébergent. Bref, au final des complications pour eux, et un peu pour nous aussi d’ailleurs. Heureusement qu’il nous reste les temples ! Comme de coutume, l’accueil y est poli et chaleureux. L’architecture des lieux, les décorations sur les toits, les peintures aux plafonds et sur les murs nous charment les yeux. On y respire toujours la sérénité. Et surtout, surtout, on y trouve des sanitaires ! Au passage, il faut préciser un fait important à ce sujet. Certains de nos lecteurs nous prennent peut-être pour des baroudeurs de l’extrême qui négligent occasionnellement leur toilette en dépit de conditions favorables pour la réaliser, les circonstances obligeant. Je pense surtout au triste record qui me concerne dans la page des stat’s qui m’a valu des calculs amusants de la part d’un de nos lecteurs. Je me dois donc de rétablir notre honneur sur notre odeur pour vous défaire de toute fausse image que vous pourriez avoir de nous sur ce point. Il est vrai que les conditions n’ont pas toujours été faciles dans les étendues désertiques du Chili ou encore perchés au sommet des Andes, ce qui nous a rendu parfois quelque peu oublieux de notre toilette. Mais en Asie, nous suions sang et eau au point de parfois boire jusqu’à 6 litres de flotte sur une journée. Nous nous sommes sentis sales à chaque fin de journée. Mais nous avons eu le bonheur d’accueillir de quoi nous décrasser quasi chaque soirée. Nous sommes donc, somme toute, restés relativement propres, du moins chaque début de matin et chaque soir. La vérité maintenant rétablie sur notre hygiène, je vais revenir sur le temple dans lequel nous venions de nous installer.

Comme dans chaque temple, nous palabrons avec les moines qui viennent nous tenir compagnie, intrigués par nous et notre voyage. Quelques blagues sur nos poils au menton et sur leur peau glabre, un petit topo de notre tour sur une carte du monde, et une balade sur vélos pour les plus jeunes, un sur le porte-bagage, l’autre en danseuse sur les pédales car la selle est trop haute. Des moments simples, fugaces, mais ô combien appréciables.

Le lendemain fut le théâtre d’un évènement marquant qui faillit se finir tragiquement. Je me suis réveillé ce jour-là plus dans les gaz que d’habitude (ceux qui me connaissent pourront vous dire que je ne suis pas quelqu’un du matin, ce qui est un euphémisme). Après une petite pause déjeuner dans une bicoque à la sortie du temple, nous nous remettons en route, avec une belle côte pour nous mettre en jambes. C’est derrière Ben et Antoine, que je perds vite de vue, que je l’attaque.

Perdu dans mes pensées et dans la contemplation du paysage offrant de belles collines à l’horizon, je mets un petit moment à m’apercevoir qu’il est étrange qu’ils aient pris autant d’avance en si peu de temps… Pas grave, je sais quelle est la route, et si je suis devant, ils me rattraperont. Soudain, je tique : « Tiens, il y a un léger voile sur ma roue avant, comment ne l’ai-je pas vu plus tôt? » et peu après « Mon calecon fraîchement lavé (plus frais que moi en tout cas) sècherait bien mieux si je l’accrochais à ma sacoche guidon plutôt qu’à ma corne ». Ha. PUNAISE ma sacoche guidon ! Dans un éclair d’horreur et de stupéfaction, je réalise que je roule sans cette précieuse sacoche (ce qui explique que je peux voir ma roue avant), qui contient plus que la prunelle de mes yeux : porte-feuille, argent, cartes bancaire et de crédit, passeport, caméra, mp3, permis de conduire et carte d’identité. Le seul truc à pas paumer. Et je l’oublie ! Et je m’en rends compte après 5 km de route ! Je fais recta demi-tour, passe au troisième plateau, dixième vitesse, et fonce littéralement tête baissée, pédalant comme un damné pour éviter de trop penser aux conséquences. Je pédale tellement comme un fou, tellement tête-baissée, que je n’aperçois même pas Ben et Desch, qui rigolent bien que je les manque pour la deuxième fois de la journée quand je les croise. M’arrêtant près d’eux, hors de voix, je pointe du doigt le vide de ma sacoche-guidon. « Oh punaise, mais elle est où? » s’exclame Ben? Pas le temps de répondre, je repars illico, troisième plateau, dixième vitesse. L’adrénaline me donne des ailes et je gravis les côtes comme jamais je ne l’ai fait auparavant. Me voilà de retour à la petite bicoque. Hors d’haleine cette fois, et la peur au ventre, je me dirige vers la serveuse. Occupée au téléphone, elle me montre de la main le mur, sur lequel est accroché la sacoche ! Hallelujah ! Dieu existe, et les laotiens sont bons ! Extrêmement soulagé mais me sentant un peu ridicule, je vais rejoindre Ben et Desch. Je suis tout penaud rien qu’à l’idée des conséquences qu’auraient représenté la simple perte de mon passeport, pour ne pas évoquer le reste… Il faut savoir que je suis un graaaaaand distrait. Et quand je suis relativement mal réveillé, ç’est le combo fatal. Heureusement qu’en d’autres occasions, j’avais Ben et Desch pour surveiller mes arrières. Et comme je suis un spécialiste, je peux vous dire que j’en suis à mon 4ème gant de toilette du voyage. Mais c’est une autre histoire. On a d’ailleurs tous notre spécialité. Benjamin, il perd ses affaires DANS ses sacoches, pour les retrouver 10 jours plus tard. Bref.

Les collines ne sont plus seulement à l’horizon, on arrive en plein dedans et ça commence à grimper sec. Timides tentatives de stop au cours de l’ascencion, sans succès. C’est probablement comme pour le logement, ils n’ont pas le droit de nous prendre gratos. En réalité, ce fut le cas au Vietnam : stop interdit. Nous avons perdu une heure comme ça une fois, avant de se décider à lever le pouce… Pour un bus ! Hé oui, comme il y a peu d’arrêt, on peut demander à monter n’importe où. Dans notre cas, il a fallu négocier le prix, les chauffeurs ayant une légère tendance à tout multiplier par deux quand ils voient nos vélos.

Quittons le Vietnam pour retourner au Laos. L’ascension en vaut la peine. Une fois au sommet, nous arrivons à un magnifique point de vue aménagé avec une petite terrasse en bois disposant d’un toit. Je ne suis jamais allé à Madagascar, mais les pics rocheux émergeant de la jungle par dizaines me font penser à un paysage malgache semblable que j’ai pu voir en documentaire.

C’est là que nous fîmes notre rencontre au sommet. Un groupe de trois touristes vient admirer la vue à nos côtés. Ils sont francophones, et nous en profitons donc pour engager la conversation avec eux. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que nous avions en face de nous un professeur émérite de notre université ! Un pionnier du cyclotron, nous dit-il. Nous essayons de trouver des connaissances communes, en vain : les jeunes de leur époque sont plus vieux que les vieux de la nôtre. Nous passons quelques moments à discutailler avec eux, puis ils nous quittent, nous laissant seuls pour admirer un flamboyant coucher de soleil.

Le lendemain matin, nous croisons la route de Romain, un autre voyageur à vélo qui vient de France. On boit un coup ensemble pour échanger nos histoires. Ca fait du bien de pouvoir partager nos bons moments et nos galères de cyclo dans notre langue maternelle, fait assez rare que pour être souligné, surtout en Asie où la barrière de la langue constitue un réel obstacle à des conversations dépassant les choses les plus basique (dorénavant, on accompagne nos paroles de mimes et Ben sait même vous dessiner des petites BD pour vous faire comprendre qu’il veut dormir dans votre garage, véridique). Romain, ça fait plusieurs années qu’il bourlingue en solitaire sur les routes du monde. C’est à peu près le trentième cyclo qu’on croise depuis le début du voyage. On ne dirait pas comme ça, mais les cyclo-touristes pullulent ! Certains tronçons sont très réputés pour le voyage à vélo, et il n’est pas rare de s’y croiser. Surtout en Asie du SE, où il est difficile de ne pas passer par certains axes obligatoires, car il n’y a tout bonnement pas d’autres routes ! A ce niveau, l’Europe, aux dires de certains, est le graal : les petites routes de campagnes, foisonnent, fusent de partout. Notre expérience en France va dans ce sens et nous sommes impatients de retrouver l’Europe pour cela d’ailleurs. Pour revenir aux cyclos, tant que j’en parle, il est amusant de constater qu’il y a autant de profils que de cyclistes, pour ce qu’on en a vu : en solitaire ou en groupe, restés libres et flexibles, sans autre plan que cueillir ce qu’offre chaque nouvelle journée ou bien plannifier un itinéraire un peu plus rigide, être insouciant ou prévoir, rouler beaucoup ou prendre son temps, acheter le top du matos ou bricoler, se montrer audacieux ou peser les risques, sortir des sentier battus ou rouler sur le bitume, partir au milieu de ses études ou à la retraite, voyager léger ou chargés comme des mules, faire tout à vélo comme un puriste ou prendre d’autres moyens de transport, tenir un blog ou non… Vous l’aurez compris : il n’y a pas qu’une façon de voyager en bicyclette, et nous profitons de nos rencontres avec d’autres cyclistes comme Romain pour nous enrichir des expériences de leurs expériences. Ce dernier, venant de là où on va, nous recommande chaudement de faire un arrêt à une chute d’eau située à une vingtaine de km de la route qu’on emprunte. L’accès est difficile nous dit-il, mais elle en vaut la peine : on y est seul dans la nature et on peu s’y baigner. Pour poser la tente, aucun souci, y a de la place sur les rochers à côté de la rivière. Il n’en faut pas plus pour nous convaincre, on y fera une halte le lendemain.

En attendant, aujourd’hui, il fait un soleil de plomb. Nous nous arrêtons à midi pour une petite sieste improvisée à l’ombre de la terrasse d’un café. Benjamin essaie de dormir assis, mais c’est pas évident. Tant bien que mal, assomés par cette chaleur accablante d’Asie du Sud-Est, nous reprenons tout de même la route sous le coup de 14h. Le soir venu, après une rude journée de 133 km, nous prenons un repos bien mérité dans le calme d’un temple.

Nouvelle journée, nouveau défi. Aujourd’hui, le soleil peut cogner tant qu’il veut, on aura la cascade pour se rafraichir. Mieux (on n’est jamais trop prudent), on se fabrique une glacière en vidant l’une de mes sacoches de ses vêtements pour la remplir de canettes de bière, de bouteilles d’eau, et de glace. Une fois refermée, on y accroche au sommet un tshirt mouillé de Benjamin pour faire écran, histoire d’être sûrs de garder nos précieuses boissons au frais. Romain n’avait pas menti. Route de terre poussiéreuse, en pleine jungle, pente à 10%. On est parfois obliger de poser le pied à terre et de pousser tant bien que mal notre vélo, devenu un fardeau. On glisse, on dérape, on sue, on rale, on crie de rage et on n’en voit pas le bout. On se bat dans ce cadre sauvage, splendide, pour finalement toucher au but après une heure de labeur : la cascade est là ! Enfin, plutôt un pipi de chat au milieu de quelques rochers. On espère qu’il n’y a pas d’arnaque, et qu’on n’est pas tombé dans un canular de mauvais goût… On pousse l’exploration des lieux un peu plus, et oui, gagné ! La cascade en elle-même n’est pas folichonne, l’eau stagne un peu et on glisse sur la mousse qui recouvre les rochers. Mais que diable, le cadre est parfait, on a enfin notre petite douche naturelle, et nous sommes seuls à jouir de la beauté des lieux, préservés du tourisme de masse.

Nous savourons nos bières fraîches et nos nouilles dans ce petit havre de paix et de verdure, pour ensuite installer notre bivouac à même la rivière, sur un rocher. Là, installés tous les trois dans la moustiquaire spécialement achetée pour Ben à Phnom Penh afin de lui assurer des nuits plus fraiches, nous nous couchons sur le dos, la tête dans les étoiles, le clapotis de l’eau dans les oreilles. Haaa… C’est ça, qui nous manquait depuis la Thaïlande, en fait… Le camping sauvage. Les nuits à trois en tente, ou on refait le monde, on ergotte de la philo, on se hasarde sur notre avenir. Les moments où l’on développe cette vraie camaraderie, quand l’on profite des bons moments, simples, mais mérités car suivant un effort. Ces moments qui nous soudent les uns aux autres, qui nous rapprochent sans qu’on s’en rendent compte… Cette après-midi et cette nuit, je m’en souviendrai toujours, car c’est le genre de moment où l’on touche au bonheur et qu’on en prend conscience, où l’on réalise sa simplicité et son importance.

Cette nuit, par contre, j’ai mal dormi. J’avais sous-estimé la fraicheur et l’humidité qu’apportaient le cours d’eau, et bien qu’emmailloté dans mes vêtements et mon sac à viande, je me suis réveillé plusieurs fois de froid. Le campement maintenant replié, il faut à présent refaire la route en sens inverse et se coltiner toutes les descentes de la veille qui sont maintenant devenu des montées. Mais ça va, je suis de bonne humeur, et la difficulté de la route ne m’arrête pas. Une fois l’asphalte retrouvée, on profite d’une station essence pour faire un brin de toilette à nos fières bicyclettes qui en ont bien besoin après tant de km dans la poussière. D’ailleurs, la transmission de Benjamin commence à faire des siennes et donne des signes de fin de vie, avec la chaîne qui saute parfois brutalement, sans crier gare. Il faudra changer tout ça bientôt. Ca tombe bien, car en fin de journée, nous parvenons à rejoindre la destination finale de notre séjour au Laos. Vientiane, la capitale. Une fois dans le centre, nous devons appeler Dominique, membre d’Oxfam avec qui nous avions rendez-vous. Mais nous n’avons pas le temps de nous arrêter à une auberge pour nous mettre à sa recherche que c’est lui qui nous trouve, et s’arrête en bord de route avec son 4×4, pour nous faire signe. Quel hasard ! Il nous indique un petit hôtel pas trop cher où nous logerons deux nuits avant de le rejoindre dans sa maison. Le soir même, nous nous ferons généreusement inviter à manger par Hilde, qui travaille au siège d’Oxfam-Solidarité en Belgique,à Bruxelles, et qui réalise justement une visite des différents projets menés en Asie du SE lors de notre passage.

Par la suite, nous aurons eu l’occasion de passer d’autres soirées en compagnie de Dominique, à chaque fois agréables, enrichissantes et instructives. Je me garde de vous en dire plus à ce sujet pour le moment, car nous sommes en train de faire le point sur tout ce que l’on a pu apprendre au travers de ces rencontres afin de publier incessament un article complet là-dessus. Je me dois cependant de vous faire part de notre visite des bureaux Oxfam, qui coïncidait avec le Pi Maï, fête de l’eau célébrée à l’occasion du nouvel an bouddhiste.

Cette fête commence par l’échange de voeux de bonheur, rituel symbolisé par un bracelet noué autour du poignet au moment du souhait. Plusieurs cadeaux sont échangés par la même occasion : oeuf dur, verre de bière, …

Ensuite les festivités débutent, nous pouvons nous servir dans différents plats de la cuisine locale autour d’un buffet, et de la musique lao est jouée par un claviériste qui a des allures de Stallone. La danse typique, exécutée lors de cette célébration, s’exécute à deux, une fille et un garçon. Chaque couple se fait face de façon à former une ronde, et en maintenant cette formation, on tourne, restant face à notre partenaire et dansant essentiellement avec des moulinets harmonieux des mains. Bien entendu, inutile de préciser que le tout est copieusement arrosé d’alcool, avec bière et vin à volonté !

L’ambiance est festive, tout le monde est décontracté et profite à fond de la fête. On discute, mange, boit, danse, et chante des karaokés. Et vient le moment où l’on comprend pourquoi les laotiens appellent cette fête la fête de l’eau : sans nous prévenir, on nous asperge à grandes eaux, à coup de seaux d’eau froide et chaude, lancé en pleine face ou bien laissé délicatement couler dans le dos… Et puis, sans raison apparente, encore mouillé, tout le monde se fait arroser de talc pour bébé. On en a plein les cheveux et les vêtements, mais ça ne suffit pas : le rouge à lèvre des femmes est sorti de leurs sacs et on finit par se faire barbouiller le visage ! Et cela continue jusqu’au soir, pour repartir de plus belle le jour d’après. Ambiance unique, pittoresque, que nous ne sommes pas prêt d’oublier !

La fête touchant à sa fin dans les bureaux, nous reprenons la route vers la maison de Dominique pour la soirée et nous voyons que les festivités battent leur plein partout dans la ville, avec de la musique à chaque coin de rue et des gens déambulant de toutes parts, armés de pistolet à eau, voire d’arrosoir, prêt à nous tremper depuis leur chapiteau ou encore depuis l’arrière des pick-ups nous dépassant. Partout, les gens se trémoussent sur des tables au rythme de musique pop, volume à fond, et les boissons sont gardées dans l’eau fraîche de petites piscines gonflables.

Le lendemain, nous empaquetons une fois de plus tout notre barda pour nous rendre à la gare des bus de la ville, où nous embarquerons pour un bus de nuit qui nous mènera à Hanoï. Une fois tous nos sacs entassés dans les soutes et nos vélos solidement accrochés au toit du bus, nous nous allongeons du mieux qu’on peut dans nos couchettes trop petites pour nos grandes jambes. Nous commençons à être rodés à trimballer nos nombreux sacs et nos vélos dans des trains et des bus, mais cela reste tout de même un sacré cirque à chaque fois ! Entre la négociation du bakchich à glisser dans la main du conducteur pour le transport de nos vélos, le rangement de ce derniers à surveiller de près pour limiter la casse et les mauvais traitements, on ne s’ennuie pas. Ici, l’espace est synonyme d’argent, et le moindre recoin sert à caser un peu plus de marchandises pour le voyage. Résultat des courses : un foutoire pas possible dans le bus, avec des caisses jonchant le long des allées et des soutes pleines à craquer. Ajouter à cela une conduite souvent sportive dans ce bus surchargé où nous sommes serrés comme des harengs en caque, et vous aurez un cocktail surprenant, mais typique des trajets en car en Asie du SE. Peu rassurant, mais on s’y fait vite. Chaque trajet en bus est une expérience en soi en tout cas.

Ainsi se termina notre court séjour au Laos, qui restera mémorable à bien des égards.

Benoît

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Vietnam : pour le meilleur et pour le pire (suite)

Pour le meilleur et pour le pire, mais surtout pour le meilleur !

Pour ma part notre retour au Vietnam était mêlé d’une certaine appréhension à causes de certaines expériences, disons un peu malheureuses, que nous venions de vivre quelques jours auparavant. Heureusement, c’est encore dans l’ambiance bien arrosée de pi mai (nouvel an lao) que nous quittions le Laos en bus pour rejoindre Hanoï, capitale du Vietnam. De plus, l’idée de rejoindre notre ami Seb (l’autre cyclo belge), déjà sur place, gommait définitivement les derniers nuages gris de nos pensées.
Néanmoins, je tiens à préciser à l’avance que malgré nos mésaventures déjà racontées précédemment, nous gardons un souvenir positif du Vietnam. Ceci étant dit, laissez-moi vous raconter la suite de notre séjour au pays des rizières.
Arrivés donc à Hanoï en fin de soirée, nous étions heureux de reprendre un peu le vélo pour les quelques 15 km qui nous séparaient de l’auberge. Le calme du centre-ville m’a d’ailleurs surpris ! Ses lacs éclairés, ses temples et ses ruelles m’ont vraiment charmé. A l’auberge, Seb nous attendait de pied ferme et c’est autour d’un bon riz frit et de bières que nous avons échangé nos aventures de cyclo’. Par la suite et à notre plus grand plaisir, l’obtention du visa chinois s’est fait comme pour une lettre à la poste. Incroyable, lui que nous redoutions tant.

Nous en profitons aussi pour visiter la baie d’Ha Long entre amis : lieu incontournable au Vietnam. Si la logistique vietnamienne frôle le bricolage, le décor lui était tout simplement impressionnant. A bord d’un petit bateau sans voile contrairement à ce que nous faisait miroiter les affiches touristiques, nous pénétrions à l’intérieur de ces îles qui s’élèvent quelques centaines de mètres au-dessus de l’eau.

Un petit tour en kayak entre les villages flottants ou les falaises nous permit de dégourdir un peu nos bras un peu poussiéreux depuis que nous utilisons quasi exclusivement nos jambes. La météo était brumeuse ce jour-là, ce qui ajoutait un air mystérieux à cet endroit. Certes, un coucher de soleil ne m’aurait pas déplu, mais la brume avait son propre charme et me rappelait les lochs écossais. Au loin, j’aimais admirer les différentes teintes de bleu que la silhouette des îles offrait au travers du léger voile présent. Quelle sérénité et tranquillité. De quoi se perdre dans ses pensées, pratique dans laquelle je suis devenu expert maintenant !

Le soir venu, amarrés non loin d’un petit port, j’insistai auprès de l’équipage pour la petite baignade que l’on nous avait promise en arrivant. Un petit moment d’hésitation de la part de l’un d’entre eux : « mais l’eau est froide et il fait presque noir … », mais c’est finalement gagné ! Comme des enfants excités à la piscine, nous plongions du haut du pont et recommencions de plus belle à l’étonnement de certains à bord. Le soir venu, c’était parti pour un karaoké bien arrosé !

Le lendemain, sortant de ma cabine, c’est avec surprise et plaisir que je découvrais un autre monde sous un ciel bleu et un soleil radieux. L’eau grise et sombre était alors devenue bleue, les îles montagnes étaient verdoyantes. Une bonne bouffée d’air matinal : « Wouah, on est au Vietnam, dans la baie d’Ha Long ! ». Non que je ne m’en rendais pas encore compte jusqu’à cet instant, mais j’aime me répéter les endroits que l’on traverse de vive voix. En fait, cela me permet de réaliser pleinement ce que l’on traverse tant le changement rythme notre quotidien.

De retour à Hanoï nous avons rencontré Thibaut, coordinateur d’Oxfam au Vietnam, avec qui le courant passa très bien et très rapidement. A notre plus grand plaisir, il nous fit sortir du quartier touristique pour aller manger un bout. Après quelques minutes à le suivre à vélo, lui en moto, c’est à un petit restaurant au coin d’une rue que nous nous sommes arrêtés. Aussitôt assis, il échange quelques paroles en Vietnamien, au plaisir du chef qui trouvait ça assez marrant visiblement. « Du chien, ça vous tente ? » nous demanda-il. Oh que oui ! Nous sommes toujours friands de nouvelles expériences culinaires. Il parait que ça fait suer et que cela purifie. Ma foi heureusement parce que la viande n’est pas extraordinaire … ni mauvaise pour autant. A essayer néanmoins ! Cela ne m’a pas empêché de me resservir à plusieurs reprises. Au cours de cette soirée fort sympathique, on en apprend plus sur son parcours, sur la situation au Vietnam et plus encore. Plus tard, il nous donne quelques tuyaux sur l’itinéraire à emprunter dans le nord du Vietnam avec à la clé, le Saint Graal : un atlas détaillé reprenant quasi toutes les routes du pays !

De temps à autre dans les grandes villes que nous traversons, j’aime me retrouver un peu seul. Alors, comme à Hanoï par exemple, je prends mon vélo, j’attrape le morceau de papier chiffonné qui me sert de carte et hop je file. Je peux dès lors me laisser guider au gré de mes envies. Les rues, les bâtiments et les gens défilent ! Après quelques croisements déjà, je pouvais apercevoir un grand parc orné d’une rangée impressionnante de drapeaux rouges communistes et vietnamiens. Derrière, un bâtiment s’imposait presque à lui tout seul. Carré, massif, le mausolée de l’oncle Ho (Ho Chi Minh) incarne le communisme.

Quelques coups de pédales supplémentaires et je me retrouvais au milieu d’autres parcs, plus verts et plus calme cette fois-ci. Une brève halte me permet de regarder la vie qui s’y déroule. Je décide de continuer un peu et m’enfonce dans de petites ruelles étroites et sinueuses. Même ici, dans ce dédale, les motos ronronnent dans tous les sens. Encore deux croisements, un virage à gauche puis à droite et surprise, je tombe soudain sur un marché on ne peut plus local et à la plus grande surprises des gens présents. Fruits, légumes, viande et insectes. On y trouve de tout ici ! Je m’imprègne de l’ambiance qui règne ici, scrute les détails des maisons (toujours accompagnées de cet emmêlement chaotique de fils électriques !), de la petite vendeuse de fruits, du petit vieux qui fume son « calumet » en terrasse, puis, je repars, tranquillement.

La chaleur de l’après-midi laissait à présent place à une douce moiteur de fin de journée. Seuls les derniers rayons du soleil réchauffaient encore les rues orientées à l’ouest. Les gens s’accumulent dans certaines rues pour boire un verre ensemble ou pour jouer une partie d’un jeu qui m’est encore inconnu. L’ambiance me paraissait en tout cas assez décontractée. A quelques encablures, sur le côté de la route, on y retrouvait parfois des vendeurs en tout genre étalant leur marchandise sur leur moto ou sur leur vélo. Cette fois-là, les petits poissons emballés dans des sacs en plastiques remplis d’eau m’ont plutôt bien surpris !

Enfin, le soir commençait à tomber et avec lui la fraîcheur qui l’accompagne. Aaaaah quel bonheur ! Cela me donnait envie de pédaler encore plus vite, créant d’ailleurs une délicieuse brise sur le visage … quel délice ! A grands coups de pédales, je dépassais les motos, les voitures bloquées, je me faufilais dans le trafic. Ô quel pied ! Quelle plaisir de dépasser tous ces engins à moteur, juste par la force des jambes. Quelle plaisir de sentir ses muscles chauffer, propulsant ma monture à toute allure. Je finis par rejoindre et contourner un autre petit lac afin de pénétrer dans les mille et une ruelles de l’ancienne ville. Les lumières blanches, jaunes ou colorées commençaient à s’allumer un peu partout donnant une ambiance assez typique à chaque rue traversée. Dans l’une on n’y vend que des chaussures, dans l’autre on y mange des choses étranges comme ce sang coagulé agrémenté d’un jus de méduse (on ne saura sans doute jamais ce qu’on y a réellement mangé) et dans une autre on y rencontre menuisiers, artisans ou autres métiers.

On y retrouve aussi les vendeuses de rues. Armées de leur chapeau pointu et de leurs paniers à marchandise qu’elles maintiennent en équilibre, elles sillonnent les rues en quête de clients. Beignets, fruits, sandwichs, mais aussi brosses à dent, dentifrice, peignes et toute la panoplie ! Encore une fois on y trouve de tout chez ces petites vendeuses, à condition bien entendu de croiser celle qui détient ce que vous désirez… Entre nous, ce n’est qu’une question de minutes.

Le dernier jour arriva enfin (j’avais hâte de reprendre le vélo) et c’est après un dernier festin de nems, le ventre plein, que nous sommes sortis de la ville et bien décidés de suivre les bons conseils de Thibaut. Nous avons été tout de suite surpris de la tranquillité des routes que nous empruntions. Pas de voiture ou presque, quel pied ! Et quel changement de retrouver de bonnes cartes comme avant. Nous avons d’ailleurs terminé cette première journée de vélo en beauté, notre compteur affichant 10 000 km au total ! Le lendemain, les collines réapparaissaient tout doucement et avec elles quelques bonnes montées.

Le soir venu, nous avons trouvé refuge dans un petit village chez une famille dont nous ignorons malheureusement toujours les prénoms. Nous avons passé une partie de la soirée dans ce qui nous semble être leur cuisine. En fait bien que leur maison soit en brique et de plutôt belle envergure avec plusieurs étages, intérieur carrelé et perron plutôt imposant, le coin cuisine quant à lui se trouvait à l’extérieur dans un cabanon sur pilotis. Constitué de deux pièces et tout en bambou (on y voyait facilement à travers les murs à certains endroits), nous y accédions donc par une sorte d’escalier-échelle dont les traverses n’étaient autre que de grosses tiges de bambou. Vous l’aurez compris, ce matériau ultra résistant en fait un très bon moyen de construction ici en Asie. D’ailleurs une fois assis à l’intérieur, je réalisais vraiment que l’utilisation de cette plante était omniprésente. Peu importe où je posais mon regard : du bambou, partout ! Le sol, le tapis sur lequel nous étions assis, les cloisons en nattes tressées, les baguettes que nous utilisions pour manger, le « bois » qui alimentait le feu et même la grosse pince pour chipoter à la bouilloire au-dessus des flammes étaient en bambou.

Pour la première fois depuis le début du voyage, si ma mémoire ne me fait pas défaut, je retrouvais les joies du feu ouvert avec son crépitement si caractéristique, sa douce chaleur réconfortante et sa lumière si captivante. Ajoutez à cela un soir étonnamment frais, une bonne fatigue comme celles qui suivent les grosses journées de vélo mais aussi un appétit forgé tout au long d’une après-midi et sur le point d’être rassasié, et vous comprendrez alors mon état de détente et de béatitude que cette atmosphère chaleureuse me procurait. Derrière moi, la fenêtre (ou plutôt le trou volontairement laissé à cet endroit) offrait une très chouette vue sur la forêt tropicale qui dominait les pentes assez raides de cette vallée. Ce petit trip dans le nord du Vietnam s’annonçait plutôt bien et nos mésaventures passées s’estompaient petit à petit dans nos têtes ou tout du moins la mienne. Avant d’aller dormir et à moitié sur le ton de la rigolade, je lance un petit « Bon ! En espérant que la police ne vienne pas nous réveiller cette fois … », ce qui bien entendu arriva !

Complètement dans le gaz, je ne comprenais pas trop si je me réveillais ou si je rêvais toujours. Toujours est-il que la moitié du village – il n’était pas bien grand – était réuni dans la chambre autour de nos hôtes et de notre ami policier. Je rassemble mes esprits, attrape mon passeport, sors de la moustiquaire et rejoins le nouveau comité d’accueil d’un air presque routinier ce qui me surpris, comme si je m’y étais déjà habitué et préparé. Alors qu’Antoine et Benoît émergeaient doucement à leur tour, je recevais déjà ma première question en vietnamien (ou anglais incompréhensible ?) que j’interprétai comme un : « quel est ton nom ? ». Gagné ! Il semblait satisfait après que j’ai ouvert mon passeport en lui indiquant les lignées souhaitées. Finalement plus intéressé par notre route que par nos véritables identités (je n’ai du écrire que nos trois noms sur un morceau de papier), je passai le gros quart d’heure suivant à lui montrer notre itinéraire sur nos cartes du Nord Vietnam. Puis après m’avoir lu une bonne partie des villes et villages présents sur l’itinéraire surligné au fluo (à la fin, j’acquiesçais à chaque nom de village, machinalement, avec pour seule envie de retourner me coucher), il me remercia plusieurs fois et parti d’un air plutôt satisfait après une bonne poignée de main. Je ne me suis pas trop attardé auprès de tous les autres curieux et je me suis aussitôt recouché, content de ne pas avoir eu à refuser ou négocier une quelconque extorsion d’argent.

Au petit matin, nous avons eu droit à un riz sauté d’enfer ! Parfait pour commencer une bonne journée de vélo, et surtout quel délice… La matinée fut particulièrement humide avec une petite pluie fine mais ne m’a pas empêché de me délecter du paysage. Après une bonne mise en jambe sur la route assez raide qui menait au col, la descente nous fit serpenter jusque dans la vallée, passant de village en village et de rizières en rizières. Cette partie du Vietnam me semblait plus pauvre encore, où seulement de rares maisons en briques étaient visibles contrairement à celles en bambou. Les gens que je croisais étaient si souriant et inspirait tellement la joie que n’importe quel homme sur terre, aussi bourru soit-il, ne pouvait s’empêcher de répondre aussi par le sourire. De fil en aiguilles, les rizières laissaient un peu de place à un autre type de culture nouveau pour nous : les plantations de thé. A chaque tournant, à chaque montée, j’attendais impatiemment de voir les fameuses rizières en terrasses, connue pour épouser la forme des vallées et des pentes parfois escarpées du Nord du Vietnam. J’étais donc réjoui de traverser ces cultures de thé qui, avec les jeux de lumières de fin de journée et les différents étages qui les composent, offraient une touche unique au paysage et surtout un avant-goût de ce que j’espérais. Imaginez le vert éclatant des rizières dans le fond d’une vallée fertile et bien irriguée. Puis, sur le côté de celle-ci là où le relief devient plus capricieux, les théiers au vert plus foncé forment des rangées plus distinctes et ondulent un peu comme les courbes de niveaux d’une carte. Ajoutez à cela l’une ou l’autre maison en bambou, perdue au milieu de ces plantations ou en lisière d’une forêt, mais aussi quelques agriculteurs coiffés de leur chapeau pointu et prenant soin de leurs terres. Vous obtiendrez alors un cadre très typique, qui me coupa le souffle à plusieurs reprises.

Ce jour-là notre objectif était de rejoindre le lac de Ba Be, première petite étape de notre tour dans la région. Malgré un relief de plus en plus fort, j’étais en véritable forme olympique. Je fonçais littéralement à l’avant, mes jambes pédalaient de bonne allure et je n’hésitais pas à me mettre en danseuse dès les montées venues. De temps en temps, des écoliers nous accompagnaient entre deux villages. Toujours en pleine frénésie, je me suis lancé dans un tournant en légère montée et debout à chaque coup de pédale pour maintenir ma vitesse au-dessus des 20 km/h. Soudain, un minibus me dépassa et me força à me serrer davantage sur le côté de la route. A quelques mètres devant et en travers, une branche inoffensive à première vue barrait à moitié mon chemin…
Quelques secondes plus tard, pensant l’avoir évitée de justesse …

« CLACK » ma roue arrière se bloque net ! Tout se passe tellement vite, deux secondes, tout au plus. Tout mon élan, toute l’inertie du vélo, toute l’énergie en mouvement était à présent concentrée en un seul point ou presque. C’est-à-dire là où la branche plus épaisse que mon pouce s’était coincée. Par réflexe, j’écrase mes manettes de freins pour éviter trop de dommages mécaniques. OUF, la machine est arrêtée… Pourvu qu’il n’y ait pas trop de casse ! Ne réalisant qu’à moitié ce qui venait de se passer, je contournai mon vélo pour retirer l’objet de malheur. Soulagé de voir mes rayons en bon état, j’essaie d’avancer un peu pour voir si tout va bien. Oulala… c’est quoi ce bruit bizarre quand je roule ? Cela ne pouvait provenir que du garde-boue. Je m’arrête de nouveau et retire tout l’attirail sur mon vélo avant d’examiner les dégâts. AH ! Comment vous expliquer ? C’est comme si l’extrémité de mon garde-boue s’était fait avalé d’au moins dix centimètres vers l’intérieur, entraîné par la rotation de la roue et la branche. Je n’aurais jamais pensé qu’un tel phénomène était possible. Il n’était même pas sectionné, juste avalé ! Comme si on l’avait replié sur lui-même à un endroit pour le raccourcir et gagné quelques centimètres. Incroyable. Evidemment, il était aussi quasiment contre la roue ce qui expliquait le bruit de tout à l’heure. Par où commencer ? Je tire un peu, délicatement puis de moins en moins, rien n’y fait. Tout est à moitié, si pas complètement tordu ! Je commence à détordre un peu dans l’autre sens (oui, oui, c’est ça la réparation de terrain, j’improvise !). Pendant ce temps-là, j’attirais quelques curieux. Un homme, certes bien intentionné, décida d’ailleurs de me venir en aide. C’est alors qu’il se mit à tirer comme un forcené désespéré sur à peu près toutes les pièces de l’arrière de mon vélo. STOP ! Arrêtez ça ! Alors qu’il continuait de tirer sur la gaine des fils électriques de ma lampe arrière, je dois presque l’arracher de mon vélo pour qu’il n’aggrave pas la situation et comprenne que ce n’est pas là qu’il faut agir. Pourvu qu’il ne les ait pas arrachés… Heureusement, plus de peur que de mal. Je chipote cinq à dix minutes de plus et me revoilà parti en direction du lac. Je n’avais plus aucun bruit inquiétant à l’arrière certes, mais mon garde-boue s’en revenait de loin et n’avait plus très fière allure.

Quelques km plus loin, alors que nous entrions dans le parc national de Ba Bê, nous traversions à travers de véritables nuages de papillons. Des centaines ! Non, des milliers de ces Lépidoptères volaient en file indienne, formant des spirales ou des vagues blanches dans les airs. Vraiment incroyable, je n’avais jamais vu ça de ma vie ! Finalement en début d’après-midi, après une superbe descente jusque dans la vallée creusée à flanc de montagne, nous arrivions à notre destination : le lac de Ba Bê. Encore une fois, l’endroit était magnifique, magique, comme sorti d’un tableau surnaturel. Le bleu scintillant du lac contrastait avec le vert éclatant des rizières. On y voyait aussi quelques cabanons clairsemés dans les cultures avec quelques agriculteurs en plein travail. Mais surtout on y voyait ces montagnes alentours imposantes, impressionnantes, encerclant le lac de toute part comme si celui-ci tenait dans le creux d’une main de roches et de pierres. Magique, unique, fantastique ! C’est dans ce décor idyllique que nous avons pleinement profité d’un petit repos bien mérité.

Plus tard en début de soirée, après s’être remis en route vers un endroit où dormir, nous quittions les rives du lac par cette petite route étroite et sinueuse qui se frayait un chemin tant bien que mal dans le relief escarpé… Ce soir-là j’aimais regarder les montagnes animée de temps en temps par les phares d’une voiture ou d’une moto. Tranquillement, les phares réapparaissaient à chaque tournant, dessinant doucement la route qui nous attendait demain. Une chose est sure, nous allions grimper sec !

Comme de fait, les phares de la veille ne nous avaient pas menti … Ça monte, ça monte … et finalement ça redescend (pour encore remonter après). C’est ça le plaisir du vélo en montagne ! Bon, parfois, la montée ne semble jamais se terminer comme celle en début d’après-midi. Les panneaux indiquaient : attention, pente 10% sur 800m. Soulagé d’arriver à terme, un même panneau indique hélas la même chose ou presque… Et ça continue comme ça parfois sur plusieurs kilomètres. Alors qu’on pense arriver au sommet après le prochain tournant, la route ne fait qu’en fait de s’allonger d’autant plus et les montagnes ne font qu’aller plus haut, encore plus haut ! Ouf ! Nous y sommes. Le col une fois atteint, c’est une vue grandiose et sauvage qui nous attendait, et une sacrée descente !
Alors que la route 66 est associée aux Etats-Unis, la route 279 restera à jamais gravée dans nos mémoires concernant le Vietnam ! Nous étions donc dans cette sacrée descente. Très brève … Pas la descente non, mais sa portion en bon état ! Stoppés dans notre élan, c’est une route à moitié en construction (ou destruction ?) qui s’offrait malheureusement à nous. Une petite hésitation car, il faut l’avouer, à l’époque nous n’étions même pas sûr d’être sur la bonne route. Les indications faisaient un peu défaut (bornes kilométriques présentent mais complètement vierges) et les gens avec qui on communiquait n’étaient pas forcément très convaincants. Imaginez-vous demander votre chemin avec comme direction un village à plus de 100 km, une route pas marquée, et sans qu’un seul mot prononcé ne soit compris par la personne interrogée… Bref, ce n’est pas toujours gagné et bien souvent il faut prendre les informations avec des pincettes et recouper différentes sources. Voilà comment on se retrouve en plein doute à monter des pentes à plus de 10 % qui mènent à des portions de route complètement impraticable. De plus, parce que bien trop souvent on préfère aller voir un peu plus loin plutôt que de prendre la décision de faire demi-tour, on s’est donc armé de courage et nous avons descendus les différents tronçons anéantis qui, entre nous, étaient impossible à remonter (sur le vélo en tout cas). Une fois tout en bas, nous contemplions un peu le parcours du combattant que nous venions de descendre. J’avais d’ailleurs un peu l’impression qu’une sorte de piège venait de se refermer derrière nous. Bien sûr il n’est jamais trop tard pour faire demi-tour, mais plus nous avancions et plus il était difficile de prendre cette décision. Alors dans ce cas et toujours dans le doute quant à la route empruntée, que fait-on ? Eh bien on continue en avant pardi ! Pour se donner raison, on essaie tout de même de peser le pour et le contre. L’argument de la route impraticable que nous venions de traverser (dès lors à remonter) pesait très lourd dans la balance et en défaveur du demi-tour !

Pour se donner un peu de courage et surtout pour éviter la chaleur accablante qui régnait dans cette fournaise, on décida que le moment était propice pour faire la pause casse-croute à l’ombre. Rapidement, les enfants affluèrent de partout. D’abord un ou deux. Trois, puis quatre. Un peu timides au début, puis très rapidement la glace est brisée. Antoine est assiégé de petits écoliers, tous plus intrigués les uns que les autres par nos vélos, nos cartes et évidemment nos têtes de blancs ! Voyant que nous nous apprêtions à nous remettre en selle, les enfants (dont certains à vélo) se rassemblèrent en une ligne de départ. Quelques instants plus tard, des éclats de rires et des encouragements fusaient de toute part, le départ venait d’être lancé ! Les courageux supporters qui couraient derrière nous ont vite été semés alors que nous continuions notre route avec les jeunes mais téméraires petits cyclistes vietnamiens. Je me suis toujours demandé comment ils parvenaient à pédaler sur ces bicyclettes pour adulte. La selle souvent bien trop haute, c’est en danseuse qu’ils progressent avec les bras tendus sur un guidon lui aussi trop haut et qui oscille parfois dangereusement de gauche à droite. Bref ça vaut le détour et ils s’en sortent plutôt pas mal, chapeau les petits gars !

Plus loin, la route redevenait chaotique et annonçait la fin de notre escorte. Nous arpentions d’ailleurs ce chemin au plus grand étonnement des travailleurs. Alors qu’Antoine était victime d’une crevaison et en pleine réparation, j’en profitai pour partir en éclaireur en quête de plus d’information sur cette satanée route. Suant à grosse goutte, j’ai décidé de m’arrêter dans un camp d’ouvriers un peu plus loin pour profiter d’un peu d’ombre et puis aussi de leurs bons conseils. Malgré les gestes, les croquis, les mimes, difficile de comprendre clairement ce qui nous attendait. Certes j’avais bien saisi qu’ils nous prenaient un peu pour des fous et qu’ils nous recommandaient plutôt de retourner de là où nous venions, mais nous étions bel et bien entêtés d’aller de l’avant ! Surtout, les « seuls » vingt ou vingt-cinq kilomètres de route en très mauvais état, selon eux, entretenaient en nous cette lueur d’espoir et cette obsession de ne jamais reculer. Notre décision était prise, nous voulions surmonter cette route ! Les termes « très mauvais » ne sont d’ailleurs pas totalement corrects pour qualifier l’état de cette route qui n’existait pas encore vraiment. Quand j’en parle aux autres, j’aime utiliser les mots « chaotiques » ou encore « désastreux». Jugez-en par vous-même … 😉

Néanmoins cela n’empêchait pas notre moral, le mien tout du moins, d’être au plus haut. Nous retrouvions les joies du camping sauvage et les paysages étaient splendides et rien qu’à nous (ou presque) tellement ils étaient inaccessibles. Petit à petit, elles se profilaient… Elles se dessinaient au loin avec leurs courbures tranchant le vert de chaque étage cultivé. Les rizières en terrasses ! Fascinantes et captivantes, elles que j’attendais tant se dévoilaient totalement une fois un peu de hauteur acquise. J’en étais ému tant leur beauté et leur ingéniosité m’émerveillait. J’en oubliais d’ailleurs l’état de la route.

Alors que nous progression lentement mais surement, ce qui devait arriver arriva ! Non, nous n’avons pas cassé nos vélos. Non, nous n’étions pas bloqués. Non, nous n’avons pas rebroussé chemin… Du macadam ! Victoire ! Et une borne kilométrique, toujours vide d’indications … Si les quelques dizaines de kilomètres précédents représentaient sans aucun doute l’enfer des cyclistes, ce qui s’annonçait devant pouvait définitivement être assimilé à quelque chose de paradisiaque ! Une longue descente, des panoramas fantastiques et une route de qualité.

Ce véritable petit paradis cycliste se poursuivit jusqu’en fin de journée où la météo pris soudainement des allures totalement différentes. Nous venions de souper, j’étais déjà de retour à l’auberge alors qu’Antoine et Benoît cherchaient un WIFI en rue pour profiter d’une petite séance Skype. Soudain, panne d’électricité. Les gens s’agitaient dans l’auberge, le vent grondait à l’extérieur et la pluie était impressionnante. De leur côté, surpris par la rapidité des événements,  Antoine et Bob n’ont eu d’autre choix que de s’abriter le temps que la tempête se calme. Des panneaux volaient même par moment. Une fois un calme relatif plus ou moins rétabli, ils me rejoignirent après avoir traversé la rue à présent sinistrée…

Le lendemain, nous poursuivons notre route. La tempête avait arraché beaucoup de branches voire fait tomber des arbres. Pire encore, beaucoup de toits n’avaient pas résisté à la force du vent. Dans tous les villages où nous passions, les gens réparaient, déblayaient, aidaient. Vingt-cinq kilomètres plus loin, on nous annonce que le sentier que nous voulions emprunter s’est effondré. Du moins, c’est ce que nous comprenons. Cette fois-ci, rassasiés de pousser ou porter notre vélo dans d’épouvantables conditions, nous avons pris la sage décision de rebrousser chemin quitte à faire un détour de plus de 100 km sur la seule autre route allant dans la bonne direction.

Que bien s’en fasse ! Non pas pour l’auberge où nous avons passé la nuit qui frisait la maison de passe, mais bien pour la découverte de cette majestueuse chute d’eau. En fait, alors que nous étions à l’arrêt, un groupe de jeunes vietnamiens criait au loin et nous faisait signe de venir. Apercevant déjà les prémisses de ce qui nous attendait, c’est ni une ni deux que nous avons cadenassé nos vélos ensemble. Suivant nos guides agiles, l’accès à la chute nécessitait un peu d’escalade. Dès notre arrivée en haut, la magie des lieux nous imprégnait de toute part. Jamais je n’ai vu une cascade aussi belle, aussi idyllique et fantastique. Franchement, j’ai encore du mal à y croire tant cet endroit me parait tout simplement irréel. L’eau coulait des parois inclinées sur des dizaines de mètres et chutait dans une sorte de piscine naturelle et assez profonde pour y faire le saut de l’ange. Au bout de celle-ci, une petite anfractuosité creusée sous la chute était accessible à la nage et où l’on pouvait y découvrir les gravures des quelques tourtereaux du coin. La jungle qui nous entourait laissait passer quelques rayons lumineux qui éclairaient certains endroits, un peu comme un spot sur scène qui éclaire l’acteur de la pièce. En plus de cela, il y’avait dans ces halos lumineux des spirales de papillons blancs virevoltant tranquillement, profitant sans doute de la chaleur exquise offerte par la lumière. Quant à nous, nous profitions clairement de notre chaine TV naturelle et du spectacle qui se jouait sous nos yeux : un vrai régal !

C’est ainsi que nous avons clôturé en beauté notre séjour au Vietnam. Enfin presque. Selon moi, nous l’avons plutôt bouclé le lendemain en présence de quelques jeunes. Nous étions tranquillement entrain d’acheter des ananas pour une petite pause avant la frontière chinoise quand on nous invita à boire un verre. « Un » verre, façon de parler ! Deux, trois, quatre, et j’en passe. Cela n’en fini presque jamais avec ces culs-secs d’alcool de riz. Ouf, quelques minutes plus tard, le bol rempli était à présent vide. Alors que nous pensions être sauvés d’affaire, c’est avec un grand sourire que nos amis sortirent leur réserve personnelle : un bidon de 20 L rempli presque à ras bords…

FIN !

-Benjamin

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Vietnam : pour le meilleur et pour le pire

Première partie : Malheureusement, plusieurs événements tendent vers le pire…

Mais reprenons les choses dans l’ordre et commençons par le début. Le passage de la frontière, c’est pour une fois en bus que nous l’avons effectué. De Phnom Penh, au Cambodge, c’était direction Ho Chi Minh ville, anciennement appelée Saïgon, dans le sud du Vietnam. Arrivés au terminal de bus de Ho Chi Minh ville, nous déchargeons nos vélos du bus et réinstallons nos sacoches sur les vélos. A peine le temps de tout remonter que les gardes du parking nous foutent dehors, presque en vociférant, car l’entrée du terminal n’est réservée qu’aux bus. Ils sont marrant, les cocos, comment peut-on faire autrement que d’êtres avec nos vélos sur le parking, nous qui sommes arrivés avec les vélos dans le bus… On avait déjà vu plus agréable et plus cordial comme accueil lors de notre arrivée dans un nouveau pays.

Arrivés en fin de journée, nous trouvons une petite auberge, dans une toute petite ruelle, en dehors de l’agitation des rues principales. Et quelle agitation ! On croyait avoir tout vu à Phnom Penh, avec une circulation incroyable, des motos dans tous les sens et un code de la route qui ne semble pas contenir de notion de priorité, mais ici c’est encore pire ! A Ho Chi Minh ville, ce sont de véritables embouteillages de motos qui se forment aux heures de pointe. Quand les trottoirs ne sont pas déjà envahis par les échoppes de rues, obligeant les piétons à marcher sur la route, ce sont alors les motos qui envahissent les trottoirs, pour essayer par tous les moyens de gagner quelques mètres. Conséquence de cette frénésie, les carrefours se trouvent parfois complètement bloqués, les motos continuant sans cesse à s’engager même si le carrefour est déjà totalement encombré. Nous avons bien rigolé au milieu de cette folie des deux roues, nous mêlant à cette masse impressionnante munis de nos bicyclettes 🙂

Note : les PHOTOS du Vietnam et du Laos sont maintenant en ligne.

Le lendemain, nous avons consacré la majeure partie de notre journée à visiter et à prendre l’ambiance de la ville. Ayant rencontré un chouette couple de Français, ceux-ci nous ont renseigné les bons plans à voir et à faire. Ils ont été de très bon conseil et nous avons pu les remercier en les recroisant à 2 – 3 autres reprises dans les environs de notre auberge. Leur enthousiasme pour le Vietnam, après leurs 3 semaines de voyage dans ce pays, augurait le meilleur pour nous ! Au programme des activités à Ho Chi Minh ville, la visite de plusieurs bâtiments majestueux hérités de la domination française : la mairie locale, la poste centrale, l’une ou l’autre belle église et quelques hôtels de style colonial. En dehors de ça, quelques beaux parcs et jardins, et puis surtout l’impressionnant Musée des Souvenirs de Guerre. Ce musée retrace l’histoire de la guerre du Vietnam et des atrocités commises par les américains dans cette guerre contre le communisme, avec notamment l’utilisation d’exfoliants et de l’Agent Orange, ce désherbant extrêmement toxique ayant fait des dégâts indescriptibles sur la nature, et plus encore sur la population… Le musée transpire cependant un peu trop la propagande anti-américaine, dans un pays où le drapeau communiste (avec le marteau et la faucille) est presque toujours accolé au drapeau vietnamien. Au départ, le musée avait d’ailleurs été appelé « Musée des Crimes de Guerre de l’Impérialisme Américain », puis « Musée des Atrocités Américaines », avant de prendre son nom actuel, plus politiquement correct. Ainsi, seules les armes américaines, seuls les soldats américains, seules les prisons et les tortures américaines sont présentés ici, alors que toutes les victimes sont vietnamiennes et que les enfants vietnamiens sont présentés en exemple pour les gestes de « résistance » et de courage contre l’envahisseur impérialiste. Et puis, l’histoire s’arrête à la victoire nord-vietnamienne, et passe sous silence ce que les forces du nord ont fait subir à leurs concitoyens du sud après la prise de pouvoir.

Après avoir visité à Phnom Penh, quelques jours plus tôt, une ancienne prison de haute sécurité utilisée par les Khmers Rouges, atteints d’une incompréhensible folie meurtrière qui les a menés à commettre un terrible génocide contre leur propre population, cette nouvelle visite bouleversante nous a fort touchés.

Nous avons rejoint Ho Chi Minh ville en bus et c’est de cette même manière que nous avons quitté la ville. Au programme, pour arriver à Hué au centre du Vietnam, 24h passés dans un bus à couchette, au milieu des marchandises entassées sur toutes les places libres et à regarder des films doublés en vietnamiens. Enfin, peut-on vraiment parler de doublage, quand toute la bande son est supprimée et que le seul son du film est le fait d’un seul et même doubleur, parlant de façon monotone et sans intonation, et surtout doublant tous les acteurs sans aucune variation, que ce soit Schwarzenneger ou Van Damme, transpirant la testostérone, autant qu’une petite fille fluette… !

A Hué, nous nous sommes un peu baladés dans la ville durant la soirée, nous perdant dans les petites ruelles calmes, longeant les canaux, et nous arrêtant ça et là, à une table de café ou chez une famille vietnamienne nous invitant à partager une bière devant un match de football de Premier League (championnat anglais de foot). Le lendemain, reprise du vélo, sans manquer de passer par l’ancienne cité impériale de la dynastie Nguyen. Ce palais somptueux et les jardins l’entourant ont été fortement détruits par la guerre, mais les rénovations et reconstructions vont bon train pour rendre à cette cité impériale sa splendeur d’antan.

Pour une fois, on arrive à sortir de la ville par des petites routes, et nous nous retrouvons très vite au milieu des rizières. Que c’est beau, ces paysages aux milles verts très intenses, au milieu desquels s’agitent des petits chapeaux chinois (vietnamiens, en l’occurrence 😉 ). Emerveillés par ces beaux paysages et enjoués par les « Hellos » et les quelques mots échangés en anglais avec les enfants sortant de l’école à vélo et nous accompagnant parfois quelques instants, le jour commence à tomber et il est temps pour nous de trouver un endroit où dormir. Après quelques recherches, nous avons la possibilité de poser nos tentes dans le jardin d’un jeune d’une vingtaine d’année, derrière sa maison. Ce garçon nous parait bien sympathique et, une fois installés, nous lui proposons d’aller ensemble se boire une petite bière au café d’en face. Avec ses quelques mots d’anglais, il nous propose de goûter des nems, les « Number One du Vietnam » nous dit-il, et nous acceptons avec joie. Ces nems, que nous préparons nous-même à la main en suivant l’exemple de notre hôte du jour, sont véritablement succulents ! Au cours de la soirée, à 3-4 reprises, deux autres personnes présentes au café passent le téléphone à Benjamin. Au bout du fil, une voix féminine lui demande « Do you need help ? ». De l’aide, non, nous n’en avons pas besoin, nous sommes bien installés, tout se passe bien pour nous, nous n’avons pas l’intention de bouger d’ici pour aller dormir ailleurs. Peu à peu, au fil des appels, les demandes se font plus insistantes et de plus en plus directes, « Do you want to have fun ? », et finalement « I want to sleep with you ! ». En fait, au téléphone, on nous mettait tout simplement en contact avec des « copines » (comprenez des filles de joie, qu’on appelle « copines » depuis que quelqu’un nous en avait parlé de la sorte plus tôt pendant le voyage) ! Assez étrange comme manière de procéder, mais Benjamin a finalement réussi à refuser les demandes de manière assez claire pour qu’on ne nous passe plus le téléphone.

Un peu plus tard, la chouette soirée se termine doucement. Notre hôte a l’air de devenir un peu nerveux, fait quelques allers-retours jusqu’à sa maison, à quelques mètres de là, pendant que nous payons le repas, et nous presse de finir nos bières pour aller se coucher. En revenant chez lui, on observe un petit attroupement de gens devant sa maison. Notre hôte s’agite de plus en plus et nous dit alors qu’on ne peut plus dormir dans son jardin, que c’est dangereux, que la police va venir pendant la nuit pour nous tabasser et nous voler nos affaires. Ca devient franchement inquiétant et, bien que nous n’ayons pas vu un seul uniforme policier parmi les gens présents devant chez lui, nous obtempérons à sa demande de replier nos tentes et de ranger nos affaires. Il nous propose alors de le suivre pour aller dormir dans une autre maison à quelques kilomètres de là, mais nous ne savons pas trop quoi en penser et nous n’avons plus trop confiance en ses dires. Nous décidons alors de reprendre la route, au milieu de la nuit noire, pour rejoindre une ville à 15-20 minutes de route et nous trouver une chambre. Notre hôte et un ami à lui nous accompagnent avec leurs vélos et nous indiquent une Guest House dans la ville. Merci à eux, nous passerons donc la nuit à l’intérieur. Et comme on le sentait venir, notre « ami » nous demande un pourboire pour lui et son ami pour nous avoir conduit jusque-là (alors qu’on connaissait très bien la route, nous l’avions fait dans l’autre sens quelques heures plus tôt). Aucune envie de le rémunérer, alors qu’on lui a déjà payé le repas et les bières précédemment et qu’on avait un peu l’impression qu’il nous avait raconté cette histoire pour nous soutirer de l’argent. Finalement, c’est avec quelques fruits et quelques biscuits qu’ils repartiront, pour soulager la « faim » qu’ils nous mimaient (mime transformé en tabassage par la police à la réception de nos denrées alimentaires…).

Quelle étrange mélange de sentiments que nous avons vécus au cours de cette soirée, passant du bien-être dans les rizières, à la joie de la chouette soirée, puis à un peu de peur et finalement de rancœur envers notre rencontre du jour.

Le lendemain, c’est dans un paysage assez différent que nous reprenions la route. Ayant quitté les rizières, c’est à présent au milieu de belles collines boisées que nous pédalions, sur la route Ho Chi Minh, encore lui (Ho Chi Minh fut un dirigeant emblématique lors de l’acquisition de l’indépendance du Vietnam en 1945 ainsi que lors de la guerre du Vietnam ; aujourd’hui, son corps embaumé, exposé dans un mausolée, fait toujours l’objet d’une véritable vénération). La route était assez agréable, assez calme, dû sans doute à la densité de population bien moindre dans ces collines qu’au milieu des rizières ou le long des routes principales.

Mais cette impression de calme annonçait malheureusement une bien mauvaise aventure… En début d’après-midi, roulant chacun à notre rythme, à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, c’est Benoît qui en a fait les frais. Roulant avec la musique dans les oreilles, il n’entend pas qu’une moto est venue se positionner juste derrière lui. Le conducteur de la moto interpelle alors Benoît, qui enlève ses écouteurs pour arriver à le comprendre. Celui-ci indique les écouteurs et demande à Benoît de les lui donner, puis lui demande de lui donner de l’argent. Aucune envie de donner quoi que ce soit à cet inconnu, qui se montre de plus en plus insistant… Il agrippe le bras de Benoît pour tenter de l’arrêter, se met devant lui pour lui bloquer le passage et en vient même à lui donner des coups de pied et à rentrer dans la roue arrière de son vélo avec sa moto pour essayer de le faire tomber. Après quelques minutes de ce triste « jeu », une moto arrive dans l’autre sens. Benoît ne laisse pas passer l’occasion, fait de grands signes à cette moto pour lui demander de s’arrêter et explique par signes à ses passagers que le Vietnamien à côté de lui essaye de l’agresser. Alors que les Vietnamiens commencent à discuter entre eux, Benoît s’en va aussi rapidement que possible. Quelques instants plus tard, son agresseur à moto le rattrape à nouveau, mais cette fois pour s’excuser. A contrecœur, Benoît accepte de lui serrer la main et l’histoire s’arrête-là. Un peu plus tard, une fois qu’on s’est tous rejoints quelques kilomètres plus loin, c’est choqué par cette agression que nous décidons de rejoindre une ville pour passer la nuit dans la sécurité d’un hôtel.

Le lendemain, nous nous essayons au stop de façon à gagner quelques heures de vélo et d’être plus à l’aise sur notre planning, ayant un rendez-vous fixé à Vientiane, au Laos, quelques jours plus tard. Le stop est un cuisant échec, dans ce pays où le système politique interdit aux camionneurs de prendre des auto-stoppeurs, autant qu’aux Vietnamiens d’accueillir des étrangers chez eux, par exemple. C’est alors en bus que nous faisons quelques heures de route. A la descente du bus, on reprend le vélo sur quelques kilomètres, avant que la nuit tombe. Pas découragés par la mauvaise expérience passée, nous nous réessayons à trouver un endroit où dormir chez des Vietnamiens. Après quelques refus et redirections vers l’auberge la plus proche, un petit monsieur nous fait signe de venir chez lui. Très gentiment, il nous propose de dormir chez lui et nous propose même son lit pour la nuit ! Nous ne pouvons pas accepter d’occuper son lit, mais nous installons nos tentes dans sa petite cour. Nous ne sommes pas près d’oublier cette magnifique soirée, passée au milieu de cette chouette famille, mais surtout entourés par tout le village qui s’est regroupé autour de la maison pour venir voir les étranges visiteurs que nous sommes 🙂 Au programme, volley, football, présentation de notre pays sur le globe gonflable, présentation de quelques photos du voyage, essai de fumer avec l’espèce de pipe locale typique du Vietnam, propositions « osées » de quelques femmes du village de dormir avec nous dans nos tentes, tentative de nous « marier » à l’une des filles du village, discussions avec Google Translate comme interface de communication et même présentation de nos maisons en Belgique à l’aide de Google Street View, accessible depuis leur téléphone portable ! (incroyable ce que nous permet aujourd’hui internet et la technologie !) Quel bel accueil et quelle chouette soirée, assurément une des plus chouette dans une famille locale depuis notre arrivée en Asie ! Voilà de quoi nous réconcilier un peu avec le Vietnam 🙂

Plus que quelques dizaines de kilomètres avant de rejoindre le Laos, prochaine étape de notre voyage. Et malheureusement, encore une rencontre assez malheureuse au programme… Comme souvent, nous nous arrêtons dans un petit bui-bui pour dîner. Nous demandons de quoi manger à l’aide de gestes et de notre petit imagier, et nous recevons un bon petit repas (Benjamin a d’ailleurs été enchanté par la viande, une des meilleures depuis longtemps, trouve-t-il). Bien repus et prêts à reprendre la route, c’est alors qu’une nouvelle mésaventure survient, lorsque vient le moment de payer le repas. En mangeant dans ces bui-bui, les prix ne sont que rarement indiqués et nous ne recevons généralement la note qu’en fin de repas. Jusque-là, ça n’avait jamais vraiment posé de problème, même si nous nous doutons que les prix sont parfois peut-être un peu « gonflés » pour nos petites têtes d’occidentaux… Rien de bien scandaleux, et puis nous négocions les prix au rabais lorsqu’on estime que c’est exagéré. Mais cette fois, c’est plus de 3 fois le prix normal d’un repas que la dame nous demande ! Nous ne pouvons pas accepter un prix pareil, plus par principe que pour le prix en tant que tel. Mais impossible de négocier quoique ce soit, la dame reste sur sa position et ne veut pas bouger d’un iota. Rapidement, la tension monte… Nous décidons alors de lui laisser un montant plus que correct sur la table et de s’en aller, mais c’était sans compter sur le fait qu’elle allait agripper fermement le vélo de Benoît afin de nous empêcher de partir sans s’être acquitté la somme qu’elle souhaitait. Finalement, après quelques échanges verbaux musclés (en vietnamien, anglais, français et surtout par signes, bien sûr), nous partirons enfin après lui avoir donné encore quelques billets de plus.

C’est dans cet état d’énervement que nous gravissons alors un long dernier col pour quitter le Vietnam et entrer au Laos, avec, il faut bien l’admettre, une certaine joie et un certain soulagement… Pour la suite du voyage, nous avions prévu de revenir à nouveau au Vietnam une dizaine de jours plus tard, plus au nord, du côté d’Hanoï. Nous croisions déjà les doigts pour avoir alors une image plus positive de ce beau pays !

 –  Antoine

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Séjour dans le livre de la jungle

Notre arrivée au Cambodge était pour du moins contrastante et bouleversante. Contrairement aux soleil de plomb thaïlandais qui ne nous avait pas quitté de la journée, des nuages menaçants se profilaient au dessus de nos têtes, accompagnés d’un vent soutenu qui soulevait la terre et nous la fouettait contre le visage. Tout paraissait brun, gris, sale, triste.

À la douane, des billets étaient passés en douce aux douaniers, sous nos yeux. L’intérêt ? Faire passer des groupes plus vite… mais peut-être aussi pour d’autres raisons plus obscures… Passés la frontière, la pauvreté était criante. Pantalons déchirés, visages sales, des enfants nous regardaient débarquer d’un autre monde. La circulation était elle aussi anarchique. Ça roule à gauche, à droite et à gros coup de klaxon.  Bref, changement assez radical !

Quelques centaines de mètres plus loin, un autre changement ou tout du moins un petit aperçu d’une cuisine différente. Ce soir là, nous avons pu refaire un cours d’anatomie du poulet. Tout ça dans une soupe ! Morceau de colonne vertébrale, cœur, veines, artères, foie, pattes et bien autre encore. Bienvenue au Cambodge !

Plus tard, comme à notre habitude depuis la Thaïlande,  nous avons logé dans un temple bouddhiste, accueillis par des moines. Ma première discussion avec l’un d’entre-eux  m’a d’ailleurs frappée : « Cambodia is very dangerous now » ! Sans rentrer dans les détails de cette conversion, il évoquait les tensions notamment avec le Vietnam et les prochaines élections cambodgiennes. Alors que nous installions nos tentes, le moine suivant me raconte qu’il y a des cobras qui rôdent par terre. Cherchent-ils donc à nous effrayer ? Ajoutez à cela un moine un peu hystérique du genre fofolle et vous aurez là plus ou moins le tableau de notre première soirée au Cambodge, inoubliable au final !

D’ailleurs ce n’est pas tout… Le bivouac étant installé juste à côté de leur lieu de prière, à l’endroit d’ailleurs recommandé par nos hôtes, notre ami nous averti tout de même que le lendemain serait un jour de fête et que les gens viendraient donc y prier. Est-ce que cela nous convient me demande-t-il ? Évidemment lui dis-je, du moment que nous ne dérangeons personne ! Il m’expliqua finalement qu’ici, il commenceraient à prier vers 4 h du matin. Pas de soucis, je ne suis pas contre un réveil en douceur par d’éventuels chants religieux et spirituels. Au lit, ou plutôt sur mon matelas trempé de sueur dans une atmosphère digne d’un ham-ham, je dormais tant bien que mal. OUF, je suis enfin parvenu à trouver sommeil et m’endormir complètement …

Quel bonheur, dormir …

Soudain, c’est comme si un chaman en trans hurlait ses incantations magiques dans mes oreilles. Hein quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Quelle heure est-il ? Environ 4 h du matin. Noooon, c’est pas possible ! J’hallucine ! Ils prient ! Enfin, rectification : un baffle au volume max, programmé en boucle, vocifère des paroles enregistrée sur un ton et un rythme de voix si anormal ! Vraiment, rien que d’écouter, je me sentais mal, comme si un gourou essayait de me laver le cerveau. Je n’en revenais pas. Comment une religion si spirituelle et paisible d’apparence pouvait engendrer des prières de la sorte. Mystère qui restera sans réponse … Nous sommes tout de  même parvenus à lutter et à ne sortir de la tente qu’à 5h30, sous le regard étonné de quelques villageois venus se recueillir. On ne s’attarda d’ailleurs pas trop pour replier tentes et bagages afin de prendre le déjeuner à plusieurs centaines de mètres plus loin, d’où il était toujours possible d’entendre les fameuses prières.

Ce jour-là, nous avons passé une longue journée à vélo. Les paysage était d’ailleurs très différent de la Thaïlande. On devinait une forêt tropicale au loin, qui était précédée d’une vaste plaine très sèche faisant penser un peu à la savane africaine !

Le ciel paraissait blanchâtre tellement la luminosité était forte et surplombait ce paysage d’un jaune desséché. De temps en temps , une colline de terre rouge émergeait du sol à mon plus grand plaisir, rompant la platitude du paysage. A chaque village nous étions accueillis par d’innombrables « Hello! » lancés par les enfants.

Je ne pense pas exagérer en disant entendre au moins une centaine de « hello » par  jour. Par moment, cela fusait de partout ! Impossible de savoir où donner de la tête et à qui répondre. Le plus marrant, ce sont les tous petits, parfois complètement à poil, qui piquent littéralement un sprint pour nous saluer et parfois nous taper dans la main. Pour une première journée au Cambodge, c’était vraiment éprouvant. J’étais d’ailleurs très content à l’idée de retrouver la sérénité d’un temple bouddhiste, pourvu qu’ils ne priaient pas.

Après avoir roulé dans la poussière toute la journée et lutter contre une chaleur accablante, quelle réjouissance de pouvoir se laver en fin de journée. Je ne pensais pas que cela pouvait procurer autant de bien ! Surtout après une partie de volley improvisée avec deux cambodgiens !

Hop le temps d’attraper mon essui (serviette de bain pour nos amis français qui nous suivent ;-)) et mon savon, je file me rafraîchir éclairé par la petite lampe à pétrole qui m’était soigneusement prêtée par un moine ! Je me faufile alors dans la petite allée qui mène au cabanon, faisant office de salle de bain. Une fois à l’intérieur, imaginez une petite petite pièce carlée de rouge et disposant d’un grand réservoir d’eau pour se laver. Sur le côté, je souris quand j’aperçu un éclat de miroir minuscule déposé pour qui eut la patience de s’y regarder. Démuni d’électricité comme beaucoup d’autres endroits, celui ci était néanmoins garni de deux belles bougies jaunes, disposées par nos hôtes attentionnés. Leur flammes donnaient d’ailleurs une lumière rassurante et apaisante. Tout en plongeant un bole pour le remplir d’eau et me savonner, je contemplais les ombres projetées sur les murs orangés. Elles animaient la pièce à leur façon, dansaient gracieusement, me captivaient. Tout était si calme. Quelle tranquillité. L’eau ruisselait et le bruit qu’elle procurait renforçait la sérénité qui régnait en ces lieux. A l’autre bout du monde, dépourvu de toute grosse technologie ou de confort ultra-moderne, je vivais là un moment inoubliable en toute simplicité. Épuisé par la journée, je me suis vite couché. Hélas, la sensation de fraîcheur après la douche est éphémère. Très vite, trop vite, la chaleur redevenait omniprésente et écrasante. Comme à son habitude depuis le début de nos nuits à l’extérieur en Asie, elle m’empêchait de dormir convenablement. Je me réveille sans arrêt, me retourne, ne dormant d’ailleurs que d’un demi sommeil. Cette nuit là, aussi trempé que sortant d’une douche, la chaleur dans la tente était insupportable. Comme pris soudain d’un malaise, j’essaie de m’évader de cette fournaise … Ouf, un peu de fraîcheur sur les pavés du perron où nous avions installés les tentes. Trop beau pour être vrai, nos amis les moustiques venaient de trouver une nouvelle proie. Je suis filé me mettre la tête sous l’eau avant de retourner dans la tente, où mon calvaire m’attendait…

Heureusement le lendemain nous nous dirigions vers Siem Reap, porte d’entrée vers le monde archéologique d’Angkor Wat regroupant par extension de nombreuses constructions datant de l’empire khmer du XIIe siècle. Je dis heureusement, car qui dit gros site touristique dit aussi auberge avec ventilateurs ! Arrivés sur les lieux en début de journée, nous en avons profité pour commencer notre visite. Benoît décida d’ailleurs d’acheter un livre sur le Cambodge pour s’improviser notre guide au milieu de ses ruines. C’est ainsi qu’il nous décrit les bas-reliefs représentants nymphes et sages.

Nous voyagions également au travers des légendes ancestrales comme le barattage de la mer de lait; combat mythique entre les hommes et les démons qui tirent chacun sur la queue d’un serpent gigantesque lui même enroulé sur une montagne qui repose sur une tortue ! Oui oui ! Pour couronner le tout, des nymphes nues chantent dans le ciel ce qui visiblement influença l’issue du combat ! Plongés dans cette fresque de plusieurs dizaines de mètres de long, on ne peut tout de même s’empêcher de sourire tant la scène est magique et un peu farfelue.

Nous avons continué notre visite sur deux jours. Nous sommes ainsi passés par des temples-montagnes arborant d’énigmatiques visages de pierre, des ruines retournées à mère nature à moitié prisonnières de racines gigantesques. Ces arbres ont d’ailleurs été dénommé « fromagers » par les colons français, pour la forme particulière de leur racine qui ressemble à des fromages qui coulent sur les murs. Sympathique !

Le sentiment d’exploration était à son comble lorsque après avoir atteint un endroit plus reculé dans la jungle, plus éloigné des itinéraires touristiques, renfermant une ruine complètement déserte. C’est au milieu des murs effondrés, que nous progressions silencieusement, ébahis par la magie de ces lieux.

Après quelques jours véritablement transportés dans des décors du livre de la jungle, nous avons repris la route en direction de Phnom Penh, la capitale du pays. Nous avons d’ailleurs décidé de quitter le grand axe au profit de plus petite routes campagnardes.

Comme à chaque fois, quelle plaisir de progresser de cette façon. La campagne s’offre à nous et c’est un délice de poser son regard, calmement, sur ce qui nous entour. La route est plus longue certes, puis se transforme très vite en chemin de terre difficilement praticable, mais ça nous change !

D’ailleurs, on fit la chouette rencontre d’un instituteur allemand qui travaillait à Phnom Penh la semaine et dans ce petit village le week-end ! 80 km entre les deux tout de même, respect ! Surtout quand vous savez l’état des routes… Visiblement, il était en pleine ébullition quand je suis arrivé. Le système éducatif n’est pas encore au top et surtout trop de corruption dit-il. Dure dure ça on le comprend bien, en tout cas chapeau !

Le soir même, Antoine et Benoît revêtirent leur casquette d’écolier et s’adonnèrent à l’apprentissage du cambodgien auprès de moines bouddhistes. Moi comme d’hab’, j’étais déjà couché, épuisé par l’accumulation de la fatigue due à la chaleur. Rétrospectivement, je suis quand même un peu déçu de louper ces soirées à cause de ça !

Lendemain : mal de tête, je me sentais faible, moral en chute libre,… Encore une nuit sans vraiment dormir ! L’accumulation est telle que cela devient très dure physiquement de continuer. Heureusement que je me savais dans une auberge avant midi, au frais !

D’ailleurs pour rentrer dans la capitale, l’allemand nous avait averti, la route était loin d’être une partie de plaisir. Beaucoup de trafic et surtout BEAUCOUP de poussière et de terre ! Plus de 40 km là dessus, quelle plaie. C’est vraiment, encore une fois, avec une allure de mineurs que nous sommes arrivés dans la ville. Aussitôt l’auberge trouvée, je file me rafraîchir et je m’étale sur le lit. Quel bien fou !

En ville, j’en ai profité pour changer mon roulement de pédalier complètement usé (il avait subi un choc récemment et se détériorait à vue d’oeil !).

D’ailleurs cette ville est une véritable jungle urbaine comme j’aimais le répéter ! Au carrefour, c’est à celui qui forcera le plus. Ce sont de véritables flots de motos qui se déversent dans les rues, anarchiquement, dans tous les sens les moteurs pétardent ! Nous ça nous faisait rigoler tellement ce bordel routier était incroyable. Je serais tenté de vous dire que l’auberge était une sorte de havre de paix pour nous, dans tout ce chaos. La rue n’était pas trop fréquentée mise à part les nombreux conducteurs de Tuk-Tuk qui y établissaient littéralement leur domicile (oui, il dorment même dans leur véhicule la nuit). L’auberge offrait un restaurant avec terrasse donnant sur la rue. Jusque là, sympathique non (excepté pour les chauffeurs…) ? Sauf qu’à Phnom Penh, la consommation d’électricité semble supérieure à la production. Alors souvent, c’est dans un vrombissement générale que les générateurs se mettent en route après les coupures de courant fréquentes. Au même instant, d’énormes pots d’échappement recrachaient leur fumée noire dans la rue et embaumaient les alentours avec ce si délicat parfum de combustion loin d’être parfaite ! Que de souvenirs !

On en profita aussi pour visiter le palais royal ainsi que la pagode d’argent, aux centaines dalles… d’argent !

De plus, comme ville rime maintenant avec visa, nous partions en quête de celui pour la Chine. Au moins, c’était très rapide, pas plus de 5 minutes à l’ambassade. Un bon « Non! Pas ici! » catégorique de la part de sœur sourire au comptoir, nous fit comprendre que c’était à Hanoï, au Vietnam, qu’il faudra régler ce détail administratif. Rapide je vous dis !

Finalement, c’est le dernier jour dans la capitale que nous avons rencontré notre ami Sébastien, cyclo belge parti aussi depuis un bon moment. Véritable phénomène à lui tout seul, c’est autour de bonnes bières qu’on éclatait de rire ou qu’on se remémorait nos galères de cyclos’. Une chose est sure, cela nous a fait un bien fou de partager nos aventures !

Nous sommes actuellement à Hanoï au Vietnam pour notre visa chinois (obtenu aujourd’hui! youhou !). Dans quelques jours nous mettrons le cap au Nord pour passer la frontière chinois, et passerons par les magnifiques rizières en terrasse du Nord.

A bientôt !

– Benjamin

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Vidéo du Pérou en ligne !

Nouvelle vidéo.

Pour vous faire patienter en attendant les nouvelles du Cambodge (on est d’ailleurs déjà au Laos pour le moment!), voici une petite vidéo de notre épopée au Pérou !

Régalez-vous (je l’espère) !

– Benjamin

Retrouvez les autres vidéos dans notre rubrique vidéos

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Thaïlande : un voyage au fil de l’eau

NOTE : Mise à jour des photos des hôtes et de la page statistiques.

Il y a une vingtaine de jours, c’est de la frontière thaïlandaise que nous approchions. Alors que, jusque-là, la route en Malaisie avait été parfaitement plate, il nous fallait franchir une petite côte pour atteindre la frontière. Ici, quand c’est plat, c’est tout plat, mais quand ça monte, ça monte sec ! Petit plateau, petite vitesse, et toute la force qu’on peut sur les pédales pour faire avancer notre lourd vélo. Après quelques kilomètres de cette manière, nous avons atteint la frontière en fin de journée. Cela n’a pas fait la joie des douaniers, pressés de fermer le poste, et qui nous l’ont bien fait comprendre… (ce n’était pas vraiment en accord avec le panneau affiché à quelques pas : « In Thaïland, we welcome people with a smile ») Quelques centaines de mètres plus loin, c’est un accueil tout à fait différent que nous recevions : en nous asseyant dans un petit restaurant, Thong Thaï, le restaurateur, s’adresse à nous dans un très bon anglais et semble très heureux de rencontrer des personnes venues de Belgique, une première pour lui. Après avoir mangé un excellent repas, Thong Thaï nous offre le thé, des fruits, d’utiliser ses toilettes et sa « salle d’eau » (la salle de bain locale, en gros une pièce avec un grand bac à eau, un petit récipient pour puiser l’eau de ce bac et un avaloir pour récupérer l’eau utilisée) et finalement de poser nos tentes sous le toit d’une annexe à sa maison. Merci à lui, car l’orage de cette nuit-là nous aurait sans doute fait prendre l’eau (l’imperméabilité de nos tentes commence à montrer quelques signes de vieillesse…).

Le lendemain matin, c’était vraiment parti pour les routes thaïlandaises ! L’accueil de la veille annonçait un voyage sous les meilleurs auspices, sentiment renforcé par le bon petit plat raffiné de Thong Thaï que nous avions savouré. Mais je m’arrête là concernant la nourriture, je ne vous parlerai pas autant de gastronomie que Benoît dans l’article précédent 😉 Sachez toutefois qu’on rigole souvent avec ça, en disant qu’un bon plat peut à lui seul suffire pour que Benoît passe une bonne journée ! A contrario, il faut aussi voir sa mine déconfite lorsqu’il reçoit quelque chose de différent de ce qu’il aurait aimé (par exemple, pour le petit déjeuner, une soupe avec quelques nouilles dans le fond en lieu et place d’un plat de nouilles sautées).

Depuis notre passage à Penang, nous nous étions dit qu’on ne pouvait pas passer en Thaïlande sans visiter au moins l’une de ses fameuses îles. Notre choix s’était arrêté sur Koh Samui et c’était donc là notre prochain objectif. Quelques journées à longer la côte Ouest, puis changement de trajectoire, pour aller vers la mer de Chine et longer la côte Est, en continuant à remonter toujours vers le Nord, direction Koh Samui. En suivant les côtes, nous avons droit à quelques très chouettes passages et paysages. Ainsi, le lever de soleil sur la mer, nous baladant sur une petite route très calme et très paisible, à quelques pas de l’eau, fait partie de ces moments d’exception vécus sur la route !

Tout comme en Malaisie, en Thaïlande aussi les « Hello » ont fusé à tout va, surtout sortis de la bouche des enfants. Et les sourires radieux ont continué à illuminer nos journées ! Les Thaïlandais nous ont souvent offert d’installer nos tentes dans leur jardin ou sous un toit, accompagné la plupart du temps par une petite boisson ou un petit biscuit. Ces accueils, toujours d’une extrême gentillesse mais avec une certaine distance, nous ont fort touchés.

Sur la route, régulièrement, étaient indiquées des chutes d’eau ou des grottes à visiter. Finalement, sur le conseil de quelques locaux, nous nous sommes décidés à aller voir une de ces grottes, une des plus belles de Thaïlande, paraît-il. Et effectivement, nous sommes contents d’avoir fait le crochet jusque-là. En fait, plus que la grotte en elle-même, relativement grande et assez belle, c’est surtout la manière d’y entrer et d’en sortir qui a été assez épique ! A trois sur une petite barque, accompagnés de deux guides, c’est par une sorte de rivière souterraine qu’on pouvait accéder à la grotte. Dans un premier temps, pour entrer dans la grotte, pas de problème, le petit trajet sur l’eau dans l’obscurité étant assez paisible et relaxant. Par contre, la séquence « sensations fortes » a eu lieu lors de la sortie de la grotte. En avançant dans le chemin choisit par les guides, eau et plafond se rapprochaient peu à peu. A un moment donné, les guides nous demandent de nous coucher sur les bancs de la barque, puis de nous aplatir de plus en plus et même d’enlever nos chaussures pour mieux aplatir nos pieds. Et c’était bien nécessaire : le plafond étant à certains moments tellement proche de nous que nous frottions un peu la roche, alors même que nos guides poussaient de toutes leurs forces sur le plafond pour enfoncer plus profondément la barque dans l’eau et la faire ainsi avancer sans que nous ne fassions mal avec le plafond. Voilà donc une petite aventure que nous retiendrons ! (et qui ne serait sans doute pas autorisée en Belgique, car il n’y avait pas intérêt à ce que l’eau monte de quelques centimètres de plus…)

Pour en revenir à la route, il n’a pas toujours été facile de quitter les axes principaux. Cependant, dès que nous l’avons pu, nous avons essayé d’emprunter des voies secondaires, ou même de nous orienter à la boussole sur les petits chemins parmi les rizières. Les innombrables canaux et différents bras de mer nous ont valu pas mal de détours et de kilomètres supplémentaires, mais c’est sans regret que nous les avons effectués (même si chaque demi-tour nous fait chaque fois un peu râler…). En effet, au milieu des rizières et de ces travailleurs avec sans cesse les pieds dans l’eau, c’est à une nouvelle belle rencontre que nous avons eu droit ! Alors que nous étions à la recherche d’un petit restaurant pour manger un bout en fin de journée, une (très) jeune fille arrête son scooter à quelques pas de nous afin de nous venir en aide, voyant que nous avions l’air un peu perdu. En fait, je devrais plutôt dire « un groupe de jeune fille », puisque c’est 4 personnes qui se trouvaient sur le scooter : la conductrice, Pond de son prénom (dont on saura plus tard qu’elle a 14 ans), deux passagères à l’arrière et un tout petit enfant dans un panier sur les genoux de la conductrice. Alors que nous commençons à communiquer en signe pour montrer que nous cherchons à manger, Pond nous répond spontanément en anglais « Turn right ». Surpris par cette réponse si rapide, nous ne pouvons que nous exécuter. Après être arrivés au bui-bui en question et nous être bien rassasiés, c’est un lieu où dormir que nous devions trouver. Nous nous adressons à nouveau à Pond et à sa cousine plus âgée, May, qui se trouvait là également, pour demander où pourrait-on planter nos tentes ? C’est finalement chez elles que nous sommes invités ! Quelques minutes plus tard, nous arrivons au beau milieu d’une grande famille, au moins une quinzaine de personnes, enfants, parents et grands-parents, et c’est très chaleureusement que nous sommes accueillis. Seuls Pond et May baragouinant quelques mots d’anglais, c’est essentiellement par gestes que nous nous présentons. Nous passerons toute la soirée dans l’ambiance joyeuse et inoubliable de cette famille nombreuse, à échanger rires et sourires, à présenter le globe terrestre gonflable pour montrer d’où l’on vient, à montrer quelques photos imprimées des différents endroits traversés au cours de notre voyage, à leur expliquer un petit jeu de société, et surtout à observer, subjugués, leurs discussions incessantes en thaïlandais ! Finalement, épuisés de notre longue journée, mais surtout heureux de cette rencontre et de cette belle humanité, nous nous endormons sur des nattes, dans la pièce principale de la maison, à deux pas des grands-parents.

Deux-trois jours plus tard, nous arrivions à l’embarcadère pour voguer en direction de Koh Samui. Une heure et demi de traversée en ferry et nous atterrissions sur l’île, accueillis par une fameuse drache ! Sur Koh Samui, nous avons pu profiter à souhait des magnifiques plages de sable fin et de la mer azur. Pas mal de plongeons au programme, dont une après-midi complète sur la plage, à se reposer et à jouer au foot avec la balle acquise pour l’occasion (et à nous croire plus fort que le soleil, qui a fini par nous donner quelques coups…). En plus de la mer et des belles plages, le centre de l’île regorge de charmantes cascades qui nous ont également permis quelques petites baignades ! Les deux journées consacrées à faire le tour de l’île étaient donc sous le signe de la détente, à l’image de la petite bière sirotée face à la mer pour profiter encore mieux du magnifique coucher de soleil 🙂

Ensuite, ferry dans l’autre sens, une journée de vélo jusqu’à la gare la plus proche, suivi d’un train de nuit, histoire d’arriver à Bangkok dans les temps pour respecter notre planning. Au moment d’acheter nos tickets de train, 3 possibilités s’offraient à nous : 1ère, 2e ou 3e classe. C’est pour l’option la plus économique, et la plus « folklorique » !, que nous avons opté. Notre nuit n’aura pas été très reposante, mais l’atmosphère de ce wagon restera gravée dans nos mémoires. Au milieu des Thaïlandais – et de leurs marchandises –, assis sur des banquettes très rigides et sans place pour mettre ses jambes, fenêtres et portes du train grandes ouvertes pour avoir un peu d’air et avec des vendeurs rythmant la nuit en passant tous les quarts d’heure, criant à tue-tête le nom de leur produit, voilà à peu près l’ambiance de ce voyage en train !

A Bangkok, nous avions à nouveau une série de choses pratiques à faire : demande de visas (Cambodge, Laos, Vietnam), réparation des vélos (toute la « transmission », c’est-à-dire la chaîne, les plateaux à l’avant et les pignons à l’arrière, étant trop usés chez Benoît et moi, Antoine, il a fallu les remplacer) et, finalement, mise à jour du site, bien entendu ! 😉

Mais nous voulions aussi profiter de notre passage à Bangkok pour visiter quelques sites d’intérêt touristique et pour prendre l’ambiance de différents quartiers. Le quartier des affaires, avec les grosses avenues, les grands buildings et les centres commerciaux, nous ne l’avons que trop visité en y venant plusieurs fois à vélo pour aller aux ambassades… Pas très agréable, tellement encombré, pollué par les gaz d’échappement et avec ses buildings et ses « mall » (prononcé à l’anglaise) commerciaux à taille inhumaine. Notre seul petit amusement constituant à se faufiler entre les voitures et à les dépasser lorsqu’elles sont bloquées dans les embouteillages (c’est-à-dire environ les ¾ du temps). Par contre, nos passages dans des quartiers plus traditionnels, à déambuler entre les échoppes au milieu du marché, à se faufiler dans les petites ruelles, à longer les canaux, à profiter du calme des temples, ont été des moments vraiment agréables. Et notre visite du grandiose palais royal, avec le fameux Wat Phra Kaeo (un temple grandiose, couvert d’or) en son centre et l’ensemble des somptueux temples et autres bâtiments tous plus éclatants les uns que les autres nous a permis d’en prendre plein la vue (et de prendre plein de belles photos, souvent sur « conseil » du sympathique petit guide qui nous a fait la visite). Enfin, notre tour en bateau à moteur sur les canaux de la ville – Bangkok est parfois appelée » la Venise de l’Est » en raison de ses innombrables canaux – fait partie de ces bons moments passés à Bangkok !

Malheureusement, aucun de nous trois n’est expert en négoce, et presque tout ici se marchande. De plus, les Thaïlandais ont été experts dans les frais supplémentaires ajoutés à la dernière minute, frais que nous avons parfois dû contester pour ne pas nous sentir roulés. Tous ces marchandages n’ont pas toujours été négociés au mieux et cela nous a parfois causé quelques petites tensions. Difficile, en effet, de se mettre rapidement d’accord sur un montant qu’on veut bien donner pour telle ou telle dépense, ni de savoir comment s’y prendre pour obtenir le prix qu’on souhaite. Mais, à présent, on commence petit à petit à s’en sortir mieux et à s’accorder à trois plus rapidement pour négocier convenablement 😉

Après ces petites aventures et découvertes citadines, retour dans la campagne pour quelques dernières journées de route avant d’arriver au Cambodge. La chaleur, toujours aussi importante, devenait encore plus difficile à supporter en s’éloignant de la mer… Comment arriver à s’en accommoder ? Partout sur la route, on trouve des petits magasins, avec souvent un bac-frigo contenant généralement un bloc de glace entouré de quelques cannettes de boissons diverses. La glace est d’ailleurs une véritable industrie ici, on ne comptait plus les camions et mobylettes transportant de grands blocs qu’ils revendent aux petits commerçants pour refroidir leurs bacs-frigo ou pour en faire des petits glaçons à mettre dans les verres. Mais les boissons fraiches, prises çà et là en cours de journée, n’apportent qu’un cours moment de réconfort. Ainsi, c’est dans une transpiration incessante que nous vivions… Incessante la journée, mais tout aussi importante la nuit ! Pour s’endormir, c’est loin d’être agréable que de sentir les gouttes perler de tous les pores de notre peau et d’être couchés dans une véritable flaque de transpiration, sur notre matelas…

Heureusement, le souvenir de ces jours de voyage ne se limite pas à cette chaleur accablante. Plusieurs fois, nous avons réitéré l’expérience de demander l’accueil dans des temples bouddhistes. Nous avons toujours été bien accueillis, et quelques moines parlant parfois anglais, cela nous a permis de converser sur la philosophie bouddhiste, sur leurs parcours, sur la Thaïlande ou sur le monde. Nous avons même eu droit à un petit cours de méditation (cours donné par un moine parlant de manière rapide et survoltée, un comble pour nous apprendre la méditation !), ainsi qu’à une petite interview sur la radio bouddhiste locale ! En tout cas, l’accueil, le calme et la sérénité de ces temples bouddhistes a toujours été réellement agréable et très relaxant.

Avant de finir avec ce chapitre thaïlandais, une dernière petite anecdote qui nous renvoie à notre chère Belgique ! Au fin fond de la Thaïlande, alors que nous roulions sur une route de taille moyenne, sans caractéristique particulière, nous voyons peu à peu fleurir çà et là quelques drapeaux belges le long de la route. Plus nous avançons et plus les drapeaux deviennent fréquents, pour finalement devenir une véritable allée de drapeaux belges, accompagnés de portraits géants de la Princesse Mathilde lui souhaitant la bienvenue. Benjamin et Benoît ont alors continué à suivre les drapeaux jusqu’à un grand chapiteau garni d’innombrables banderoles noir-jaune-rouge. Là, après s’être présentés, on leur a expliqué que la Princesse viendrait visiter le lieu 2 jours plus tard, pour avoir une présentation sur la culture du riz dans cette région. Voilà donc une bien belle manière de clôturer notre passage en Thaïlande, en quittant le pays avec cette petite touche de Belgique en tête 🙂

A l’heure où nous publions cet article, nous voici déjà à Ho Chi Minh ville, au Vietnam, après avoir traversé le Cambodge d’Ouest en Est ces derniers jours. Notre traversée du Cambodge vous sera contée dans un très prochain article !

– Antoine

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